Saturday, September 26, 2026
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Senegal : Bambaly en Casamance -La mangue pour transformer un gaspillage en industrie

Avec un investissement annoncé de 11,7 milliards de francs CFA, le projet SM10-AGRO veut s’attaquer à l’un des maillons faibles de la filière mangue au Sénégal : la transformation locale. Installé à Bambaly, en Casamance, le futur complexe agro-industriel doit convertir une partie des récoltes aujourd’hui perdues en produits à plus forte valeur ajoutée et créer plus de 1 000 emplois directs.

Le choix de la mangue n’est pas présenté comme un simple pari agricole. Pour les promoteurs de SM10-AGRO, ce fruit concentre plusieurs des difficultés mais aussi des opportunités de l’agriculture sénégalaise : une production importante, une saison relativement longue, une forte concentration en Casamance et surtout un niveau encore limité de transformation sur place. Le projet doit ainsi poser sa première pierre samedi 19 septembre 2026 à Bambaly, village natal de Sadio Mané.

L’objectif affiché est de faire de la mangue le point de départ d’un projet agro-industriel plus large. « La mangue n’est que la porte d’entrée », a expliqué Théodore Monteil, ingénieur du secteur agricole et associé au projet.

Une production importante, mais une faible transformation

Selon les chiffres avancés par les promoteurs, la mangue représente environ 47 % de la production fruitière nationale. Le Sénégal dispose également d’une campagne de production particulièrement longue à l’échelle ouest-africaine, pouvant s’étendre sur environ six mois. Le problème se situe davantage après la récolte.

Une partie importante des fruits ne trouve pas de débouchés suffisamment rapides ou adaptés. Le manque de capacités de stockage, de conservation et de transformation entraîne ainsi des pertes importantes. Les promoteurs du projet estiment que 30 à 45 % de la récolte peuvent être perdus, tandis que la transformation locale resterait limitée à environ 2 %. Cette situation crée un paradoxe : le pays produit de la matière première, mais une partie de la valeur économique potentielle est réalisée ailleurs ou tout simplement perdue.

La Casamance au centre du projet

La localisation de SM10-AGRO n’est pas anodine. La Casamance constitue l’un des principaux bassins de production de mangues du Sénégal. Selon Théodore Monteil, la région concentre entre 55 % et 75 % de la production nationale. Mais elle reste également confrontée à un déficit d’infrastructures permettant de conserver et de transformer les récoltes.

Le projet de Bambaly entend donc rapprocher l’industrie des zones de production. L’idée est simple : plutôt que de laisser les fruits parcourir de longues distances ou se dégrader faute de débouchés, une partie de la récolte doit être transformée directement dans la région.

Treize pistes de valorisation annoncées

La stratégie du futur complexe ne repose pas sur un seul produit. Les promoteurs affirment avoir identifié treize possibilités de valorisation de la mangue. Cette approche doit permettre de diversifier les débouchés et de limiter la dépendance à la vente du fruit frais.

Jus, produits transformés, ingrédients destinés à l’industrie alimentaire ou autres dérivés peuvent ainsi constituer autant de marchés potentiels. L’enjeu économique est important : plus la matière première est transformée localement, plus une part de la valeur créée reste dans le territoire. C’est précisément cette logique que les promoteurs souhaitent appliquer à la filière.

Un complexe de 500 hectares

SM10-AGRO doit s’inscrire dans un ensemble industriel annoncé sur 500 hectares. Le projet représente un investissement de 11,7 milliards de francs CFA et prévoit une capacité de production annoncée de 8 500 tonnes par an. À terme, plus de 1 000 emplois directs sont attendus.

Le dispositif doit également intégrer des infrastructures destinées aux travailleurs ainsi que des programmes de formation. La question de l’eau figure elle aussi parmi les priorités annoncées, avec des équipements destinés à améliorer sa gestion dans un secteur agricole particulièrement dépendant de cette ressource.

Plus qu’une usine, un projet de chaîne de valeur

L’ambition affichée dépasse donc la construction d’une unité industrielle. Le projet cherche à structurer une chaîne allant de la production jusqu’à la transformation, en passant par le stockage, la formation et la gestion des ressources. Cette approche répond à une difficulté récurrente des filières agricoles africaines : produire davantage ne suffit pas lorsque les infrastructures permettant de conserver, transformer et commercialiser la production restent insuffisantes.

Pour la mangue, la période de récolte est relativement courte. Sans capacités de conservation ou de transformation, les producteurs sont exposés aux pertes et aux fluctuations des prix. Une industrie installée à proximité des bassins agricoles peut, à l’inverse, créer des débouchés supplémentaires pour les producteurs.

Sadio Mané fait le choix de l’investissement local

Le projet s’inscrit également dans la stratégie d’investissement local revendiquée par Sadio Mané. L’international sénégalais a déjà financé plusieurs infrastructures à Bambaly, notamment un hôpital, une école, une station-service et des équipements sportifs. Avec SM10-AGRO, son engagement prend une dimension économique et industrielle.

Le footballeur et ses partenaires expliquent vouloir créer des activités capables de produire des emplois durables au-delà des infrastructures sociales déjà réalisées. « La mangue n’est que la porte d’entrée », résume ainsi Théodore Monteil.

Un projet accompagné par les pouvoirs publics

Le projet bénéficie par ailleurs d’un accompagnement institutionnel. Selon Bakary Séga Bathily, directeur général de l’Apix, SM10-AGRO bénéficie notamment de cinq années d’exonération fiscale.

Les autorités présentent cet investissement comme une illustration de la territorialisation du développement, avec l’objectif de faire émerger des activités économiques en dehors des principaux pôles urbains. Pour la Casamance, l’enjeu est particulièrement important : transformer une ressource agricole abondante en activité industrielle pourrait permettre de créer davantage de valeur directement dans la région.

Le véritable test sera industriel

Le lancement du projet marque toutefois le début du processus plutôt que son aboutissement. Le défi sera désormais de transformer les ambitions annoncées en une chaîne industrielle effectivement opérationnelle : sécuriser l’approvisionnement en mangues, organiser les relations avec les producteurs, garantir la qualité, maîtriser la conservation et trouver des marchés pour les produits transformés. Si ces conditions sont réunies, Bambaly pourrait devenir un laboratoire d’une approche différente de l’investissement agricole au Sénégal.

Le pari de Sadio Mané ne porte donc pas uniquement sur un fruit. Il porte sur la capacité à transformer une production locale abondante, dont une partie est aujourd’hui perdue, en une véritable industrie créatrice de valeur et d’emplois.

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