Face aux défis du changement climatique et à la faible productivité des exploitations agricoles, Madagascar accélère sa transition vers une agriculture connectée. Le gouvernement déploie une infrastructure numérique nationale et plusieurs services digitaux destinés à améliorer les rendements, l’accès aux marchés et la prise de décision des producteurs.
Le numérique s’impose progressivement comme un nouvel outil de développement agricole à Madagascar. Les autorités malgaches ont franchi une nouvelle étape avec le lancement d’une infrastructure publique numérique dédiée au secteur agricole, accompagnée de plusieurs plateformes destinées à faciliter le quotidien des producteurs.
Présentée à Antananarivo lors d’un atelier consacré à la feuille de route nationale de l’agriculture numérique, cette initiative est portée conjointement par les ministères de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement numérique, avec le soutien de la Banque mondiale à travers le mécanisme Korea World Bank Partnership Facility (KWPF).
Une plateforme de données pour structurer le secteur

Le projet repose sur la création d’une infrastructure publique numérique capable de centraliser et d’harmoniser les données liées à l’agriculture, à l’élevage et à la pêche.
L’objectif est de disposer d’un système interopérable permettant aux différentes administrations et aux acteurs du secteur de partager des informations fiables, tout en garantissant la souveraineté des données agricoles du pays.
Cette plateforme constitue la pierre angulaire de la stratégie numérique engagée par Madagascar pour moderniser la gouvernance du secteur.
Dans une première phase, les autorités déploieront trois solutions destinées à améliorer les conditions de travail des producteurs.
La première est un registre national des exploitants agricoles, conçu pour constituer une base de données unique des producteurs à l’échelle du pays.
La deuxième combine un système d’information sur les prix des produits agricoles avec un dispositif d’alerte météorologique permettant aux agriculteurs de recevoir des informations actualisées sur les marchés et les conditions climatiques.
Enfin, une plateforme de conseil agricole numérique proposera des recommandations personnalisées en fonction des cultures pratiquées, des caractéristiques des exploitations et des prévisions météorologiques locales.
Le développement de ces outils a été confié à trois entreprises spécialisées, sous la coordination technique de NextA.
Renforcer la résilience face aux aléas climatiques
Au-delà de la digitalisation des services, le gouvernement cherche à renforcer la capacité d’adaptation des exploitations agricoles.
L’accès à des informations en temps réel sur les marchés, les risques météorologiques ou les pratiques culturales doit permettre aux producteurs de mieux planifier leurs activités et de limiter les pertes liées aux événements climatiques.
Des initiatives similaires sont également en cours dans le secteur de l’élevage, notamment autour de la numérisation des ruches et du suivi sanitaire des cheptels bovins.
L’agriculture demeure l’un des principaux moteurs de l’économie de Madagascar. Selon les estimations de la Banque mondiale, elle représente près de 30 % du produit intérieur brut, génère environ 40 % des recettes d’exportation et assure les moyens de subsistance de près de 70 % de la population active.
Malgré ce poids économique, le secteur reste confronté à des difficultés structurelles, parmi lesquelles une faible productivité, un accès limité aux services agricoles et une forte exposition aux effets du changement climatique.
Le lancement de ces premiers outils s’inscrit dans une stratégie nationale de long terme visant à intégrer les technologies numériques dans l’ensemble de la chaîne de valeur agricole.
Élaborée avec l’appui de partenaires internationaux, notamment la Banque mondiale et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), cette feuille de route ambitionne de développer des services numériques accessibles au plus grand nombre, de renforcer la gouvernance des données agricoles et d’améliorer durablement la compétitivité du secteur.
À travers cette transformation, Madagascar espère faire du numérique un levier majeur de modernisation de son agriculture, tout en renforçant la sécurité alimentaire et la résilience des producteurs face aux défis climatiques.




