Face à une dépendance quasi totale aux importations, le Cameroun et le Tchad multiplient les initiatives pour développer une filière locale du blé. Si la recherche agronomique et les investissements publics ouvrent de nouvelles perspectives, la compétitivité économique de cette culture demeure le principal obstacle à son essor en Afrique centrale.
Longtemps considérée comme peu adaptée aux conditions climatiques d’Afrique centrale, la culture du blé gagne progressivement du terrain dans les stratégies agricoles du Cameroun et du Tchad. Les deux pays cherchent à réduire leur dépendance aux marchés internationaux en développant une production locale, soutenue par la recherche scientifique et des programmes publics d’investissement.
Cette ambition répond à un double impératif : renforcer la sécurité alimentaire et limiter l’impact des fluctuations des prix mondiaux sur les importations de cette céréale devenue incontournable dans la consommation urbaine.
Le Cameroun prépare une filière industrielle
Au Cameroun, les autorités ont validé un plan d’action couvrant la période 2027-2029 afin de structurer une véritable filière nationale du blé.
Estimé à 30,9 milliards de FCFA, ce programme prévoit le développement de la production de semences certifiées, l’accompagnement des producteurs ainsi que la création d’infrastructures de stockage et de transformation.
L’objectif affiché est ambitieux : mettre en culture 4 500 hectares, produire près de 9 000 tonnes de semences et atteindre une production commerciale annuelle de 180 000 tonnes dans plusieurs bassins agricoles, notamment dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord, de l’Adamaoua, de l’Ouest et du Nord-Ouest.
Cette stratégie s’appuie sur les travaux des chercheurs de l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD), qui ont mis au point des variétés de blé adaptées aux différentes zones agroécologiques du pays.
Le Tchad mise sur la recherche et les semences
De son côté, le Tchad privilégie le renforcement de ses capacités scientifiques.
En mars 2026, les autorités ont officiellement lancé les activités du Centre national de spécialisation sur le blé (CNS-Blé), appelé à devenir un centre régional de référence pour la recherche, la production de semences améliorées et la formation des spécialistes de la filière.
Le projet s’inscrit dans une dynamique régionale associant notamment le Nigeria et le Sénégal, avec l’appui annoncé de partenaires techniques et financiers.
Pour N’Djamena, il s’agit également de relancer une production qui avait autrefois fait la réputation agricole des polders du lac Tchad. Aujourd’hui, cette filière a fortement décliné, la production nationale étant estimée à seulement 3 000 tonnes en 2025.
Le développement d’une production locale répond avant tout à un enjeu économique.
Premier importateur de blé d’Afrique centrale, le Cameroun a acheté 921 236 tonnes de cette céréale sur le marché international en 2025, pour une valeur d’environ 219 millions de dollars.
Même si la production visée de 180 000 tonnes ne permettrait pas d’assurer l’autosuffisance, elle contribuerait à réduire progressivement les importations et à limiter l’exposition du pays aux tensions sur les marchés mondiaux.
Au-delà des ambitions affichées, la viabilité économique de la culture du blé reste toutefois une question centrale.
Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne ayant développé cette production, les pouvoirs publics soutiennent fortement la filière à travers des subventions, des programmes d’irrigation et des aides aux intrants.
Les coûts de production demeurent élevés, notamment en raison de la dépendance aux semences sélectionnées, aux engrais et aux équipements d’irrigation. À cela s’ajoutent des rendements encore inférieurs à ceux observés dans les grands pays producteurs.
Pour le Cameroun comme pour le Tchad, le succès de cette stratégie dépendra donc autant des progrès de la recherche agronomique que de la capacité des États à créer un environnement économique permettant au blé local de rivaliser avec les céréales importées sur les marchés nationaux.




