Après avoir posé les bases juridiques de l’exploitation légale du cannabis, le Maroc s’attaque désormais à un nouveau défi : son intégration dans le système de santé. Recherche clinique, formation des médecins, protocoles thérapeutiques et suivi des patients figurent parmi les priorités identifiées pour faire émerger une filière médicale crédible et sécurisée.
Le débat autour du cannabis au Maroc évolue progressivement. Longtemps concentré sur les enjeux agricoles, économiques et réglementaires, il s’oriente désormais vers les applications médicales et pharmaceutiques de la plante.
Cette évolution traduit la volonté du Royaume de développer des usages à forte valeur ajoutée, capables de soutenir à la fois l’innovation thérapeutique, la recherche scientifique et l’industrie pharmaceutique nationale.
La question n’est plus seulement de produire du cannabis dans un cadre légal, mais de déterminer comment ses dérivés peuvent être intégrés de manière efficace, sécurisée et encadrée dans la prise en charge des patients.
Construire une médecine fondée sur les preuves
Réunis à Casablanca à l’occasion de la première rencontre scientifique consacrée au cannabis thérapeutique, médecins, chercheurs et experts ont souligné un point essentiel : le développement de cette pratique doit reposer sur des données scientifiques solides.
Les spécialistes insistent sur la nécessité de multiplier les études cliniques afin de mieux évaluer l’efficacité des traitements à base de cannabis, leurs indications médicales réelles ainsi que leurs éventuels effets indésirables.
Cette approche vise à éviter que l’utilisation thérapeutique du cannabis ne repose sur des perceptions ou des attentes insuffisamment documentées par la recherche.
L’un des principaux chantiers identifiés concerne l’encadrement des prescriptions médicales.
Les experts plaident pour l’élaboration d’une liste nationale précisant les pathologies pour lesquelles les traitements issus du cannabis pourront être prescrits. L’objectif est d’harmoniser les pratiques et de garantir un usage conforme aux standards médicaux internationaux.
La mise en place de protocoles thérapeutiques standardisés et de recommandations cliniques devrait également permettre aux professionnels de santé de disposer d’outils fiables pour accompagner les patients.
Former les professionnels de santé
L’essor du cannabis thérapeutique suppose également le développement de nouvelles compétences médicales.
Les acteurs du secteur estiment que médecins, pharmaciens, infirmiers et autres professionnels de santé doivent être formés aux spécificités de ces traitements, à leurs indications, à leurs contre-indications ainsi qu’à leur suivi clinique.
Dans cette perspective, plusieurs initiatives académiques sont en préparation afin d’intégrer cette thématique dans les cursus universitaires et les programmes de formation continue.
L’objectif est de créer progressivement une expertise nationale capable d’accompagner le développement de cette nouvelle branche thérapeutique.
Les spécialistes recommandent également la création d’un dispositif national de suivi des patients bénéficiant de traitements à base de cannabis médical.
Un tel système permettrait de collecter des données sur les résultats thérapeutiques observés, les éventuels effets secondaires et l’impact des traitements sur la qualité de vie des patients.
Ces informations constitueraient une ressource précieuse pour améliorer les protocoles médicaux et orienter les futures décisions réglementaires.
Au-delà des soins, le Maroc souhaite également renforcer sa place dans la recherche scientifique liée au cannabis médical.
Les experts encouragent le développement de programmes nationaux de recherche clinique, pharmacologique et biomédicale afin de mieux comprendre les propriétés thérapeutiques des différentes molécules issues du cannabis.
La création d’une base de données scientifique nationale ainsi que l’instauration d’un prix annuel récompensant les meilleurs travaux de recherche s’inscrivent dans cette ambition de structurer durablement l’écosystème scientifique.
Grâce à son cadre réglementaire et à l’intérêt croissant de la communauté scientifique, le Maroc cherche à se positionner comme un acteur de référence dans le domaine du cannabis thérapeutique en Afrique et dans le monde arabe.
Cette stratégie repose sur un équilibre entre innovation médicale, exigences réglementaires et protection des patients.
Pour les autorités comme pour les professionnels de santé, le développement de cette filière ne pourra être durable que s’il s’appuie sur des standards élevés de qualité, de sécurité et de rigueur scientifique.
Le cannabis thérapeutique demeure encore à un stade de structuration au Maroc. Toutefois, les initiatives engagées montrent que le pays souhaite inscrire cette question dans une vision de long terme.
Recherche, formation, encadrement médical et production pharmaceutique apparaissent désormais comme les piliers d’une stratégie visant à faire du cannabis un outil thérapeutique reconnu, au service des patients et de l’innovation en santé.
La réussite de cette transition dépendra de la capacité des différents acteurs à construire un modèle fondé sur la science, l’éthique médicale et les besoins réels du système de santé.




