Confronté à un pic de remboursements sur le marché de la BEAC, le Cameroun a lancé fin février une mobilisation de 70 milliards FCFA via des émissions de BTA et une réouverture d’OTA. Manœuvre de trésorerie classique mais sensible aux conditions de marché, cette opération vise à rouler des dettes arrivées à échéance tout en limitant l’impact sur les finances publiques.
Le calendrier des paiements publics a mis le Trésor camerounais sous pression la dernière semaine de février 2026. Selon le tableau de bord hebdomadaire de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le pays devait faire face à 65,7 milliards FCFA d’échéances sur le marché régional des titres publics en l’espace de deux jours.
Détail des échéances
Le 25 février, une émission de bons du Trésor assimilables (BTA) à 26 semaines arrivait à maturité pour un montant de 13,442 milliards FCFA. Etle 26 février, c’est une obligation à cinq ans — principal et intérêts — qui devait être réglée pour 52,750 milliards FCFA.Réponse du Trésor : trois émissions pour 70 milliards FCFA et pour anticiper ces sorties de trésorerie, le ministère des Finances a lancé, le 23 février, trois opérations sur le même marché. L’objectif annoncé : attirer 70 milliards FCFA. Les instruments proposés étaient : des BTA à 26 semaines (objectif 20 milliards FCFA) ; des BTA à 52 semaines (objectif 30 milliards FCFA) ; une réouverture (abondement) d’une OTA à 6 ans pour 20 milliards FCFA supplémentaires.
Les adjudications ont été dénouées le 25 février, mais les résultats officiels n’étaient pas publiés au moment de la sortie du tableau de bord de la BEAC consulté.
Pourquoi recourir au marché domestique ?
Recourir au refinancement sur le marché intrarégional est une pratique désormais routinière pour de nombreux États de la zone BEAC. En « roulant » les dettes — c’est-à-dire en émettant de nouveaux titres pour payer d’anciens — le Trésor évite de puiser immédiatement dans la trésorerie disponible, préservant ainsi des marges budgétaires pour des dépenses prioritaires.
Si cette approche présente des avantages opérationnels, elle n’est pas sans risques. Il y a la sensibilité aux taux : une hausse des taux d’intérêt rend le refinancement plus coûteux et alourdit la charge de la dette à moyen terme ; l′appétit des investisseurs, la réussite des émissions dépend du niveau de souscription ; un faible intérêt obligerait l’État à chercher d’autres sources ou à augmenter les rendements offerts et enfin, la concurrence régionale avec plusieurs États emprunteurs se disputant les mêmes capitaux sur la zone BEAC, ce qui peut peser sur les conditions d’émission.
La manœuvre de fin février illustre la nécessité pour le Cameroun de continuer à piloter activement sa dette publique, en conciliant besoins de financement court terme et contraintes de soutenabilité. Sur le plan pratique, la publication des résultats d’adjudication permettra d’évaluer l’ampleur du succès de l’opération et d’anticiper l’évolution de la stratégie d’emprunt à court et moyen terme.




