Le compte à rebours est lancé. Du 5 au 7 février 2026, le département du Ndé vivra une séquence historique, un pont concret vers l’autonomie économique de la jeunesse.
Après avoir libéré la parole des jeunes le 24 janvier, le Ndé s’apprête à franchir une étape décisive : transformer les promesses en financements concrets et en emplois durables.
Avant le grand rassemblement, une « caravane de l’écoute » descendra dans les arrondissements de Bazou, Bassamba, Tonga et Bangangté. Les équipes iront directement vers les jeunes porteurs de projets. « Si le jeune ne peut venir au forum, le forum ira à lui », a insisté la marraine Célestine Ketcha Courtès.
Le 7 février, Bangangté accueillera la Foire aux Projets, véritable cœur battant du forum. Ici, pas de longs circuits administratifs : les jeunes présenteront directement leurs initiatives devant financeurs et accompagnateurs.

« Si vous avez un projet bancable qui coûte 1 million, on cherche comment vous donner ce financement », a expliqué la ministre. « Et dans six mois, on évalue ce que vous avez gagné, combien de personnes vous avez employées. »
« Si vous avez un projet bancable qui coûte 1 million, on cherche comment vous donner ce financement », explique Célestine Ketcha Courtès. « Et dans six mois, on évalue ce que vous avez gagné, combien de personnes vous avez employées. » L’idée, c’est d’enclencher un cercle vertueux : financement, suivi, évaluation, puis éventuellement un financement plus important pour les meilleurs.
Avant le grand jour, deux journées de descentes terrain sont prévues les 5 et 6 février dans les quatre arrondissements. Les équipes iront vers les jeunes qui ont répondu au questionnaire, mais pas seulement. « On va vers tous ceux qui ont des projets sérieux », précise Alfred Leopold Tchoya. L’objectif : pré-identifier les dossiers solides, ceux qui pourront être présentés le 7.
Mais qu’est-ce qu’un « projet bancable » ? La ministre a été claire : « Pas des projets dans le vent. Des initiatives avec un marché identifié, une rentabilité prévisible, une gestion saine. » Elle a cité l’exemple d’un jeune qui veut monter une unité de transformation du manioc. S’il y a du manioc dans la zone, s’il a identifié ses clients (restaurants, écoles, marchés), si les calculs tiennent la route, alors c’est bancable.

Les secteurs porteurs varient selon les arrondissements. A Bazou, l’agriculture et la transformation alimentaire dominent. A Bangangté, le commerce et les services. A Tonga, l’artisanat et l’élevage. A Bassamba, un mix de tout ça. « On ne va pas encourager la même chose partout », a-t-on précisé.
Il y a lieu de souligner que le forum ne se limitera pas au financement. Des sessions d’accompagnement sont prévues. Comment monter un business plan ? Comment gérer sa comptabilité ? Comment s’enregistrer légalement ? Comment négocier avec les fournisseurs et les clients ? « Beaucoup de projets échouent non par manque d’idées, mais par manque de structuration.
Et pour garantir le sérieux du processus, les délégués sectoriels – Agriculture, Commerce, Artisanat, Tourisme – seront mobilisés. Chacun suivra les projets de son domaine. « Si un jeune veut faire de l’apiculture, le délégué de l’Agriculture le prendra sous son aile ».
L’inclusion des jeunes femmes est une priorité affichée. « Elles sont souvent doublement marginalisées : parce que jeunes, et parce que femmes », a rappelé la ministre. Des dispositifs spécifiques seront être mis en place pour faciliter leur accès au financement, avec des garanties adaptées.
Reste la question cruciale : d’où viendra l’argent ? Les fameux 50 milliards annoncés par le président Paul Biya sont une enveloppe nationale. Le Ndé devra se battre pour en obtenir une part. Mais il y a aussi les établissements financiers privés, les programmes existants (PAJER-U, PIFMAS), les partenaires au développement. « On ne met pas tous nos œufs dans le même panier », a résumé Lionel Mbiakeu.
Du rêve au concret

Le risque, c’est que le 7 février ne soit qu’un feu de paille. Un bel événement médiatique sans lendemain. Célestine Ketcha Courtès le sait. C’est pourquoi elle insiste sur le suivi. « Ce n’est pas le 7 février qu’on va distribuer des millions et rentrer chez nous. C’est le début d’un processus. »
Un autre risque est que les attentes soient trop grandes. Tous les projets présentés ne pourront pas être financés. Certains jeunes repartiront déçus. « Mais même ceux qui n’auront pas de financement immédiat bénéficieront de l’accompagnement, des conseils, des contacts ». tempère un sous-préfet.
L’enjeu dépasse le Ndé. Si l’expérience réussit, elle pourrait servir de modèle pour d’autres départements. Une approche “bottom-up”, où on écoute d’abord, où on agit ensuite, où on évalue enfin. Plutôt que le traditionnel top-down où les décisions tombent de Yaoundé sans consultation, souvent sans lendemain.
Le 7 février sera un tournant décisif. Celui où la jeunesse du Ndé passe des promesses aux réalisations, des espoirs aux emplois.




