Saturday, April 18, 2026
Google search engine
AccueilBanqueLa BC−PME renforce son capital : Une recapitalisation tournée vers l’import−substitution

La BC−PME renforce son capital : Une recapitalisation tournée vers l’import−substitution

Pour soutenir la stratégie nationale d’import‑substitution dans l’agriculture, l’État camerounais prévoit d’injecter 40 milliards de FCFA (≈ 70,4 M$) dans la Banque camerounaise des PME. Plus qu’un simple renforcement de capital, cette opération vise à transformer la BC‑PME en un catalyseur de la production locale — à condition que la banque corrige ses faiblesses opérationnelles et de gouvernance.

Le gouvernement camerounais mise sur la transformation du tissu productif national pour réduire les importations dans les filières agro‑pastorales et halieutiques. Au cœur de cette stratégie : une décision annoncée lors de l’assemblée générale pluriannuelle et mixte de la Banque Camerounaise des Petites et Moyennes Entreprises (BC‑PME), tenue le 26 février à Yaoundé. Les actionnaires ont validé un projet d’augmentation de capital de 40 milliards de FCFA, sous réserve de l’aval de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC). Si elle est autorisée, l’opération portera le capital de la BC‑PME de 20 à 60 milliards de FCFA, grâce à l’émission de 4 millions d’actions souscrites intégralement par l’État.

Un apport ciblé pour financer la production locale


L’originalité de cette recapitalisation tient à sa provenance et à sa vocation : les ressources proviennent du Plan intégré d’import‑substitution agropastoral et halieutique, un fonds public destiné à stimuler la production nationale dans les secteurs alimentaires. Contrairement à une simple injection budgétaire destinée à éponger des pertes, l’argent devrait être canalisé vers des crédits aux opérateurs privés qui produisent localement — agriculteurs, éleveurs, coopératives et acteurs de la filière pêche. L’objectif déclaré est double : renforcer l’offre nationale pour diminuer la facture d’importation et créer des emplois durables autour de chaînes de valeur locales.Cette opération arrive aussi en réponse à la nouvelle réglementation de la COBAC qui fixe un capital social minimum de 25 milliards de FCFA pour les établissements de crédit de la zone CEMAC. Plusieurs banques ont déjà ajusté leur capital : AFRILAND FIRST BANK, BGFI Bank, BICEC et CCA‑Bank ont relevé leurs fonds propres ces derniers mois. Pour la BC‑PME, l’augmentation programmée permettra non seulement de satisfaire aux normes prudentielles, mais aussi d’affirmer son rôle de banque publique dédiée aux PME agricoles, à condition qu’elle convertisse ce capital en prêts productifs.

Des résultats opérationnels qui imposent des réformes


Toutefois, la portée de cette recapitalisation dépendra de la capacité de la BC‑PME à corriger des faiblesses structurelles. Créée en 2015 pour améliorer l’accès au financement des petites et moyennes entreprises, la banque n’a jusqu’à présent distribué que 1,95 milliard de FCFA à 85 projets selon l’Annuaire statistique 2024 — un volume peu élevé par rapport aux besoins du secteur. Financièrement, l’établissement a été déficitaire en 2023 (perte de 1,112 milliard de FCFA), signe d’une rentabilité insuffisante et d’un modèle opérationnel à repenser.
La recapitalisation intervient après des secousses managériales. À l’automne 2023, la COBAC a sanctionné l’ancienne directrice générale, ce qui a conduit le conseil d’administration à nommer un directeur général par intérim. De telles turbulences fragilisent la confiance des partenaires et des emprunteurs potentiels. Pour transformer les nouvelles ressources publiques en crédits productifs, il faudra renforcer la gouvernance, la conformité et les processus de gestion du risque au sein de la BC‑PME.
L’assemblée générale a aussi approuvé un plan stratégique 2025‑2030 qui promet un recentrage sur le financement des PME, en particulier celles liées au programme d’import‑substitution. Si la BC‑PME parvient à aligner ses procédures de crédit, ses instruments de soutien (garanties, prêts à taux préférentiels, accompagnement technique) et ses indicateurs de performance sur les besoins agricoles, elle pourrait jouer un rôle pivot pour accélérer la transformation agro‑alimentaire du pays.
Les principaux risques restent opérationnels : mauvaise sélection des projets, faible suivi post‑crédit, gouvernance défaillante et persistance de pertes. Pour que l’effort public ne se limite pas à un simple renflouement, l’État devra veiller à ce que les fonds soient mobilisés dans le cadre d’une politique rigoureuse de financement orientée vers les résultats, associant outils financiers, assistance technique et partenariats avec le secteur privé et les organisations agricoles. Un dispositif de gouvernance renforcé et de transparence sera indispensable pour attirer des acteurs privés et multiplier l’effet levier des fonds publics.

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -
Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

Most Popular

Recent Comments

error: Content is protected !!