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Douala ꓽ gouvernance de l′assainissement   -Ngombè, nouvelle station de gestion professionnelle des boues de vidange

La mise en service de la station de traitement des boues de vidange (STBV) de Ngombè marque un tournant pour Douala : après des décennies d’évacuation informelle, la ville franchit une étape vers la professionnalisation et la valorisation des boues. L’affermage confié au groupement Rocoby Gie soulève cependant des questions sur l’équité des tarifs et l’inclusion des vidangeurs de terrain.

Un nouveau modèle d’exploitation pour la filière boues de vidange


À compter du 20 mars 2026, la gestion opérationnelle de la STBV de Ngombè (5e arrondissement de Douala) bascule vers Rocoby Gie, un groupement d’intérêt économique camerounais spécialisé dans l’assainissement. Sélectionné à l’issue d’un appel d’offres, Rocoby Gie signera un contrat d’affermage d’une durée initiale de trois ans, avec possibilité de renouvellement. Le montant du marché n’a pas été rendu public.
L’entrée en activité de Ngombè sonne la fin programmée du lit filtrant de Youpwè, site de vidange utilisé pendant des décennies et fortement critiqué pour ses impacts sanitaires et environnementaux. L’annonce officielle a été faite le 17 mars 2026 par Gérémie Sollè, premier adjoint au maire de Douala, lors d’une réunion entre la municipalité, l’exploitant et les vidangeurs.

Tarification, tensions et période de transition


Pour faciliter la transition, Rocoby Gie accordera un mois de dépotage gratuit aux vidangeurs de Douala afin de tester l’installation et d’ajuster les procédures. À l’issue de cette période, le tarif de traitement appliqué sera de 400 FCFA par m3 de boue — soit au minimum 6 000 FCFA par camion — contre 1 500 FCFA pratiqués auparavant à Youpwè. Ce renchérissement, jugé élevé par les vidangeurs, a poussé la Communauté urbaine de Douala, Rocoby et les représentants des vidangeurs à s’engager à rechercher un « juste prix » conciliant accessibilité et viabilité économique pour l’exploitant.

Financée par un prêt de la Banque mondiale d’environ 8 milliards FCFA, la STBV de Ngombè s’étend sur 10 hectares et a été construite en 24 mois par China First Highway Engineering Co. (CFHEC). L’infrastructure vise non seulement le traitement sécurisé des boues, mais aussi leur valorisation : la transformation en compost fera partie des débouchés envisagés, contribuant à une économie circulaire locale.
Une étude de GFA Consulting (groupe GMBH) indique que Douala génère environ 1 000 tonnes de boues de vidange par an. Aujourd’hui, moins de 20 % de ce volume est traité officiellement, principalement par des opérateurs privés. Une large part — approximativement 84 % selon l’étude citée — continue d’être déversée illégalement, notamment dans la zone du Bois des Singes à Youpwè, créant des risques sanitaires et environnementaux importants.

La station de Ngombè doit réduire les déversements clandestins et améliorer la gestion des boues, mais son succès dépendra de plusieurs facteurs : l’acceptation des nouveaux tarifs par les vidangeurs et, indirectement, par les ménages et entreprises clients ; la capacité de Rocoby Gie à mettre en place une chaîne logistique efficace (routage, dépôts, contrôle qualité) ; l’intégration des vidangeurs informels dans la filière formelle, via formation, incitations et modalités tarifaires adaptées et le développement des débouchés pour le compost produit afin d’assurer la durabilité financière de l’unité.
La STBV de Ngombè s’inscrit dans un dispositif plus vaste : un projet connexe de traitement des déchets solides est prévu sur 60 hectares, dont les études sont déjà réalisées. L’articulation entre traitement des boues et gestion des déchets solides pourrait ouvrir des synergies (énergie, compost, création d’emplois), à condition d’une planification intersectorielle et d’un financement pérenne.
La prise en charge de la STBV de Ngombè par Rocoby Gie représente une opportunité pour Douala de moderniser une filière longtemps laissée au secteur informel. Toutefois, la réussite de cette transition dépendra de l’équilibre trouvé entre coût de service, inclusion des acteurs locaux et valorisation des sous-produits. Sans une politique tarifaire et sociale bien pensée, la nouvelle station risque d’augmenter les coûts pour les utilisateurs tout en laissant persister les pratiques illégales.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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