Après plus d’une décennie d’attente, la route Ebolowa–Akom II–Kribi franchit une étape décisive. Soutenu par un important montage financier impliquant le Royaume-Uni, le projet ambitionne de renforcer les échanges commerciaux, de désenclaver le Sud du Cameroun et de consolider le rôle du port en eau profonde de Kribi comme plateforme logistique de l’Afrique centrale.
Le Cameroun vient de sécuriser un financement de 198,3 millions d’euros (environ 226,8 millions de dollars) destiné au bitumage de la route reliant Ebolowa à Kribi via Akom II.
Cette enveloppe bénéficie d’une garantie de UK Export Finance (UKEF), l’agence britannique de crédit à l’exportation. L’opération financière a été structurée par Standard Chartered Bank, qui y a ajouté un prêt commercial complémentaire de 11,9 millions d’euros (environ 13,6 millions de dollars), non couvert par la garantie britannique.
La convention de financement a été signée le 15 mai 2026 à Yaoundé entre les autorités camerounaises et les partenaires financiers.
Une route appelée à transformer les échanges dans le Sud
Long de 162 kilomètres, le futur axe routier reliera Ebolowa, Akom II et le port en eau profonde de Kribi.
Aujourd’hui encore majoritairement en terre, cet itinéraire constitue un maillon essentiel pour le transport des personnes et des marchandises dans la région du Sud. Sa modernisation devrait permettre de réduire les temps de parcours, d’améliorer la sécurité routière et de diminuer les coûts logistiques pour les opérateurs économiques.
Au-delà des déplacements locaux, cette infrastructure est appelée à faciliter l’évacuation des productions agricoles, forestières et industrielles vers le port de Kribi.
L’intervention de UK Export Finance s’inscrit dans le fonctionnement classique des agences publiques de crédit à l’exportation.
Ces organismes soutiennent les entreprises de leur pays lorsqu’elles participent à des projets internationaux en proposant des garanties qui réduisent les risques financiers pour les banques et les investisseurs.
Dans le cas du projet camerounais, plusieurs entreprises britanniques interviennent dans la chaîne d’approvisionnement. Parmi elles figurent ICM Construction Limited, filiale britannique du groupe chargé des travaux, ainsi que DINTS International Limited, spécialisée dans la fourniture d’équipements. Le cabinet d’ingénierie Dar al-Handasah assure également des prestations de conseil sur le projet.
Cette participation d’entreprises enregistrées au Royaume-Uni justifie l’appui financier accordé par UKEF.
Au-delà du financement lui-même, Standard Chartered Bank a joué un rôle central dans la structuration de l’opération.
La banque est intervenue comme coordinateur de l’ensemble du dispositif financier, en combinant un prêt garanti par une agence publique britannique avec un financement commercial classique.
Ce type de montage permet de limiter les risques pour les prêteurs et facilite généralement la mobilisation des capitaux nécessaires à la réalisation de grands projets d’infrastructures.
La construction de la route Ebolowa–Akom II–Kribi figure parmi les projets d’infrastructures les plus anciens encore en attente de réalisation au Cameroun.
Son lancement avait été annoncé dès 2011. En 2022, le marché de construction avait été attribué à ICM Construction avec un délai d’exécution de 36 mois. Toutefois, les difficultés de mobilisation des financements avaient retardé le démarrage effectif des travaux.
L’obtention de cette garantie financière ouvre désormais la voie à une concrétisation du projet.
Au-delà de son impact sur les populations du Sud, cette route revêt une dimension régionale.
Elle doit améliorer la connexion entre le port de Kribi et plusieurs pays d’Afrique centrale, notamment le Congo, le Gabon, le Tchad et la République centrafricaine.
En renforçant les corridors de transport autour du port en eau profonde, le Cameroun cherche à consolider sa position de plateforme logistique régionale et à accompagner le développement des échanges commerciaux au sein de la sous-région.




