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Cameroun ꓽ Energie électrique – Enquête sur les réseaux sauvages et leurs conséquences

Entre branchements clandestins, compteurs trafiqués et fausses offres d’installation, la fraude électrique continue de faire des victimes et d’asphyxier les finances du secteur. Selon Eneo, 32 personnes ont perdu la vie en 2024 à cause d’installations illégales, et les pertes annuelles atteindraient 60 milliards FCFA — une somme qui pénalise l’entretien des infrastructures et freine l’extension du réseau. Analyse des causes, des impacts et des leviers d’action.

La distribution d’électricité au Cameroun paie un lourd tribut à la prolifération de réseaux non autorisés. Eneo, concessionnaire national, a récemment rendu public un constat glaçant : 32 décès ont été liés en 2024 à des installations électriques frauduleuses. Au-delà de la tragédie humaine, l’entreprise évalue les pertes économiques attribuables à la fraude à environ 60 milliards FCFA par an — un manque à gagner qui représenterait près de 30 % de l’énergie fournie et qui prive le secteur de ressources essentielles pour moderniser et étendre le réseau.

Les formes de fraude et leur dangerosité

La fraude prend des formes variées et souvent dangereuses : branchements directs sur les lignes, compteurs volontairement manipulés, raccordements clandestins effectués sans respect des normes. Ces méthodes créent des surcharges, des installations précaires et des câbles exposés — autant de causes d’électrocution et d’incendies. Les victimes ne sont pas toujours celles qui manipulent le matériel : voisins, enfants ou passants peuvent être fauchés par un câble mal isolé ou un boîtier improvisé.

Plusieurs facteurs expliquent la persistance du phénomène. La précarité pousse des ménages à rechercher des solutions moins coûteuses et plus rapides que les procédures officielles. L’urbanisation rapide et l’extension informelle des quartiers créent une demande électrique que l’infrastructure officielle peine à satisfaire, laissant un vide que comblent des branchements improvisés. À cela s’ajoutent des filières de fausses prestations : intermédiaires se faisant passer pour des agents habilités, techniciens non agréés qui modifient des compteurs, interventions sans respect des règles de sécurité.

La fraude ne pénalise pas seulement l’entreprise : elle fragilise l’ensemble du système électrique. Les pertes financières limitent la capacité d’Eneo à entretenir les lignes, remplacer les équipements obsolètes et investir dans l’extension du réseau vers les zones défavorisées. En outre, un taux élevé de vols d’énergie crée des déséquilibres techniques (pannes, fluctuations) qui dégradent la qualité de service pour les abonnés réguliers, nuisent à la confiance des investisseurs et compromettent les projets d’électrification rurale.

Réponses répressives et mesures de prévention

Pour lutter contre ces pratiques, la stratégie combine répression et prévention. Sur le plan légal, la fraude est sanctionnée par des amendes, des coupures et des poursuites. Eneo renforce ses contrôles et ses opérations de détection des branchements illicites. Mais l’entreprise elle-même reconnaît que la simple répression est insuffisante : il faut agir sur les causes structurelles. Entre autres actions recommandées, il faut ꓽ simplifier et rendre plus abordables les procédures de raccordement pour réduire l’attrait des solutions illégales ; intensifier les campagnes d’information et de sensibilisation sur les risques d’électrocution et les conséquences juridiques et financières de la fraude ; renforcer la formation et la certification des intervenants techniques pour tarir l’offre de services non autorisés ; développer des opérations conjointes entre opérateur, collectivités locales et forces de l’ordre pour démanteler les filières clandestines ; et enfin, mettre en place des mécanismes ciblés d’aide pour les ménages vulnérables afin de faciliter l’accès légal à l’électricité.

La fraude électrique est un cercle vicieux : elle met en danger des vies, sape la viabilité financière du fournisseur et ralentit l’expansion des services. Traiter ce fléau demande une approche globale, mêlant contrôles, politiques sociales, simplification administrative et investissement ciblé. Sans cela, les 60 milliards FCFA gaspillés chaque année et les drames humains risquent de se perpétuer.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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