L’arrêt temporaire de l’usine de ciment de Figuil met en lumière une problématique plus profonde que la simple interruption d’une activité industrielle. Au Cameroun, les difficultés d’approvisionnement en électricité dans les régions septentrionales apparaissent désormais comme un frein majeur à l’investissement, à la compétitivité des entreprises et à la stratégie d’industrialisation du Grand Nord.
Le développement industriel repose sur plusieurs facteurs : les infrastructures, les financements, les marchés et les ressources humaines. Mais sans une alimentation énergétique fiable, ces leviers perdent une grande partie de leur efficacité.
La suspension des activités de l’usine de ciment de Figuil, exploitée par Cimencam, illustre cette réalité. Un an seulement après son inauguration, cette unité industrielle est contrainte de ralentir ses ambitions en raison des tensions persistantes sur le Réseau Interconnecté Nord (RIN), qui alimente les régions septentrionales du Cameroun.
Cette situation souligne les vulnérabilités d’un système énergétique confronté à une demande croissante et à des capacités de production encore insuffisantes.
Pendant plusieurs années, les conséquences des déficits énergétiques dans le Nord se sont principalement traduites par des coupures affectant les foyers et les petites activités économiques.
Aujourd’hui, le phénomène touche directement les grandes unités de production. Les mesures d’effacement mises en œuvre pour préserver l’équilibre du réseau conduisent désormais certains industriels à réduire ou interrompre temporairement leurs activités.
Cette évolution marque un tournant important : la crise énergétique devient un enjeu industriel et économique majeur susceptible d’affecter la croissance régionale.
Un réseau sous forte pression
Le Réseau Interconnecté Nord dépend largement de la centrale hydroélectrique de Lagdo, principal pilier de l’approvisionnement électrique dans cette partie du pays.
Même si l’infrastructure demeure opérationnelle, sa production reste fortement liée aux conditions hydrologiques et au niveau des réserves d’eau disponibles. Cette dépendance expose le réseau à des fluctuations récurrentes, particulièrement durant les périodes de faible pluviométrie.
Au fil des années, la demande en électricité a progressé plus rapidement que les capacités de production réellement disponibles, créant un déséquilibre structurel qui se manifeste aujourd’hui avec davantage d’intensité.
Les régions du Nord connaissent une expansion progressive de leurs activités économiques, de l’urbanisation et de l’accès à l’électricité.
Cette dynamique se traduit par une augmentation continue du nombre d’abonnés et des besoins énergétiques des ménages, des commerces et des entreprises.
Malgré l’intégration de nouvelles centrales thermiques et solaires au réseau, la croissance de la demande continue d’exercer une pression importante sur les infrastructures existantes.
L’écart entre les besoins énergétiques et les capacités mobilisables devient particulièrement visible lors des périodes de tension sur la production hydroélectrique.
L’arrêt de l’usine de Figuil soulève une question essentielle pour les investisseurs : celle de la sécurité énergétique.
Les industries lourdes, notamment dans les secteurs du ciment, de la métallurgie ou de l’agro-industrie, nécessitent une alimentation électrique stable pour assurer la continuité de leurs opérations.
Dans un contexte où les interruptions de service peuvent entraîner des pertes financières importantes, la fiabilité de l’approvisionnement énergétique devient un critère déterminant dans les décisions d’investissement.
Cette réalité pourrait influencer le rythme de développement industriel des régions septentrionales si des solutions durables ne sont pas rapidement mises en œuvre.
Face à ces défis, plusieurs initiatives sont envisagées pour améliorer la sécurité énergétique du Nord.
Les projets de centrales solaires supplémentaires, le développement d’infrastructures hybrides, le renforcement des capacités de production existantes ainsi que l’interconnexion entre les réseaux du Nord et du Sud figurent parmi les principales pistes étudiées.
Ces investissements visent à diversifier les sources d’énergie et à réduire la dépendance du réseau aux seules ressources hydrauliques.
Toutefois, la plupart de ces projets nécessitent encore du temps avant de produire leurs effets sur le terrain.
Au-delà du cas de Cimencam, l’épisode de Figuil rappelle que l’industrialisation ne peut être durable sans une infrastructure énergétique adaptée.
Les ambitions de transformation économique du Grand Nord reposent autant sur l’implantation d’usines que sur la capacité à leur garantir un accès continu à l’électricité.
Dans les années à venir, la sécurisation de l’approvisionnement énergétique apparaîtra comme l’un des principaux défis du développement régional. Sans une réponse structurelle à cette problématique, les investissements industriels pourraient continuer à être exposés aux aléas d’un réseau encore fragile. L’arrêt de l’usine de Figuil constitue ainsi un signal fort : l’énergie n’est plus seulement un service public essentiel, elle est devenue une condition incontournable de la compétitivité et de la croissance industrielle du Cameroun




