Saturday, August 29, 2026
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Madagascar : approvisionnement en carburant -L’État teste son nouveau modèle

Une première cargaison publique de 67 millions de litres de gasoil vient d’arriver à Toamasina. Au-delà de la réponse immédiate à la crise énergétique, l’opération constitue un test grandeur nature pour la nouvelle stratégie de l’État malgache, désormais chargé de sécuriser directement une partie des approvisionnements pétroliers.

Madagascar change de méthode pour tenter de réduire sa vulnérabilité énergétique. Le 12 août, le tanker Sunda 1 a accosté à Toamasina avec 67 millions de litres de gasoil destinés exclusivement à la JIRAMA, la compagnie nationale d’eau et d’électricité.

Cette livraison, négociée avec le groupe nigérian Sahara, représente plusieurs mois de consommation pour la compagnie publique. Elle constitue surtout la première mise en œuvre concrète de la réforme adoptée le 1er juillet, qui confie désormais à l’État la responsabilité des importations de carburants auparavant assurées par des opérateurs privés.

Protéger l’électricité contre les ruptures de carburant

Le choix de réserver cette première cargaison à la JIRAMA n’est pas anodin. Les difficultés d’approvisionnement enregistrées ces derniers mois ont montré à quel point la production électrique malgache reste dépendante de la disponibilité des produits pétroliers.

La situation s’est encore tendue avec la réactivation, le 17 juillet, de l’état d’urgence énergétique. Les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient ont rappelé les risques auxquels sont exposés les pays fortement dépendants des importations d’hydrocarbures.

En constituant directement un stock pour la JIRAMA, les autorités cherchent donc d’abord à sécuriser le fonctionnement des centrales et, par ricochet, la fourniture d’électricité et d’eau.

Le gouvernement entend également profiter de cette nouvelle organisation pour renforcer le suivi des réserves et mieux comprendre les niveaux de consommation de la compagnie publique. Les informations disponibles ne permettent toutefois pas d’établir un lien direct entre les difficultés de gestion de la JIRAMA et la décision de nationaliser les importations.

L’enjeu principal semble plutôt être la maîtrise de l’approvisionnement dans un contexte international devenu plus incertain.

Nouveau défi ꓽ rendre immédiatement disponible le carburant

L’arrivée du Sunda 1 révèle cependant une difficulté majeure : acheter le carburant ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir le décharger, le stocker et l’acheminer sans perturber les autres circuits d’approvisionnement.

C’est précisément là que les tensions apparaissent à Toamasina. Les importations publiques doivent en effet coexister avec les cargaisons déjà programmées par les compagnies pétrolières privées.

Le Groupement pétrolier de Madagascar (GPM), qui représente notamment des intérêts de TotalEnergies et de Vitol, estime que la réquisition, le 4 août, de capacités de stockage du terminal pétrolier par l’État complique les opérations liées à l’arrivée d’un autre tanker.

Ce navire doit notamment acheminer du gasoil, environ 15 000 m³ d’essence sans plomb ainsi que du pétrole lampant pour le marché national.

Le problème est donc moins celui de la disponibilité immédiate du carburant que celui de la capacité logistique à absorber plusieurs flux simultanément.

Une réforme à deux volets

La réforme fait ainsi émerger deux circuits distincts. D’un côté, l’État importe directement du carburant destiné à la JIRAMA. De l’autre, les opérateurs privés continuent d’alimenter le marché commercial.

Cette coexistence impose une organisation particulièrement rigoureuse dans les ports et les installations de stockage. Une cargaison destinée à la compagnie publique ne doit pas bloquer celles nécessaires aux consommateurs et aux entreprises.

Les autorités estiment que les deux opérations peuvent être conduites parallèlement. Plusieurs solutions logistiques sont envisagées, notamment l’alternance des déchargements ou le recours à d’autres capacités de stockage pour une partie du carburant destiné à la JIRAMA.

Pour le secteur privé, en revanche, la question demeure celle de la prévisibilité des opérations. Tout retard dans le déchargement d’une cargaison commerciale pourrait affecter le renouvellement des stocks disponibles sur le marché.

La politique énergétique malgache de nationalisation

L’opération de Toamasina dépasse donc la simple réception d’un tanker. Elle constitue le premier véritable test de la nouvelle politique énergétique malgache.

L’État doit désormais démontrer qu’il peut garantir les volumes indispensables aux services publics tout en évitant de désorganiser les circuits commerciaux existants. Cette équation sera déterminante pour mesurer l’efficacité de la réforme.

La crise actuelle offre aux autorités une occasion de reprendre la main sur une fonction stratégique. Mais cette nouvelle responsabilité implique aussi de maîtriser les achats internationaux, les coûts, les stocks, les infrastructures portuaires et la distribution.

Le succès de la réforme ne se mesurera donc pas uniquement au nombre de cargaisons commandées par l’État. Il dépendra surtout de sa capacité à transformer ces importations en approvisionnement régulier, prévisible et durable.

Avec le Sunda 1, Madagascar vient ainsi de franchir une première étape. La suivante sera de faire fonctionner ce nouveau système sans créer de nouvelles tensions dans une chaîne logistique déjà sous pression et de permettre que le carburant soit disponible dans l′immédiat et de manière pérenne.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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