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Cacao bio africain et tempête réglementaire : Recul des volumes et redistribution des cartes en 2024

En 2024, les exportations africaines de cacao biologique ont enregistré une forte baisse — conséquence directe de l’entrée en vigueur du nouveau règlement bio européen. Si le continent reste le premier fournisseur mondial de fèves certifiées, la hiérarchie des exportateurs a été profondément remaniée, avec des gagnants inattendus et des surfaces certifiées en net retrait.

L’Afrique conserve son statut de fournisseur majeur de cacao biologique au niveau mondial, mais 2024 aura marqué une année de transition douloureuse pour le secteur. Selon le dernier rapport annuel de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL), les volumes africains vendus sur les marchés internationaux se sont réduits de près d’un quart par rapport à 2023, signe des secousses provoquées par l’harmonisation réglementaire européenne.

Sur l’année, les pays africains ont exporté 22 467 tonnes de cacao issu de l’agriculture biologique, contre 29 047 tonnes l’année précédente — une chute d’environ 22,7 %. Cette baisse coïncide avec l’application, dès 2024, du nouveau règlement biologique de l’Union européenne. Celui-ci exige dorénavant que les importations en provenance de pays tiers respectent les mêmes normes strictes que celles appliquées aux opérateurs européens, remettant en cause le mécanisme d’équivalence qui permettait auparavant d’accepter des cadres nationaux jugés comparables.

Un reflux quantitatif significatif

L’impact se retrouve aussi sur les superficies déclarées en production biologique : la zone africaine conforme au nouveau standard européen est passée à 238 258 hectares, contre 309 164 hectares en 2023, soit une baisse de 22,9 %. Cette contraction des terres certifiées traduit en partie la difficulté pour certains producteurs et organismes certificateurs à s’adapter rapidement aux nouvelles exigences, ou à renouveler des certifications dans les délais imposés.

Redistribution des parts de marché : des leaders inattendus

La configuration des exportateurs africains de cacao bio s’est profondément modifiée en 2024. La Sierra Leone s’impose comme leader continental avec 9 177 tonnes expédiées vers l’Union européenne, faisant d’elle le deuxième exportateur mondial derrière la République dominicaine (9 980 tonnes). Le pays concentre près de la moitié (46 %) des plantations certifiées bio du continent, ce qui explique en grande partie sa position dominante.

Derrière elle, la République démocratique du Congo (4 609 tonnes) et l’Ouganda (4 580 tonnes) occupent respectivement la deuxième et la troisième place — des volumes nettement inférieurs à ceux de la Sierra Leone mais supérieurs à ceux d’autres États africains. Sao Tomé-et-Principe et Madagascar complètent le peloton des exportateurs majeurs, chacun dépassant les 1 000 tonnes expédiées en 2024. Sur les 11 pays africains producteurs répertoriés, 10 ont exporté du cacao biologique cette année, le Cameroun étant le dernier inscrit mais avec des volumes plus faibles.


Malgré la contraction globale des expéditions, l’Afrique demeure la première région exportatrice de cacao bio, fournissant 53,3 % des volumes mondiaux. Au total, les exportations mondiales de cacao biologique se sont élevées à 42 080 tonnes en 2024, la deuxième place revenant à l’Amérique latine avec 19 560 tonnes, l’Asie complétant le reste du marché.

Plusieurs enseignements se dégagent de cette situation. Entre autres : le renforcement des barrières à l’entrée, le nouveau cadre européen accroît les exigences en matière de traçabilité, gestion des intrants et audits, ce qui peut freiner les petits producteurs et organismes de certification mal préparés ; des opportunités pour les mieux préparés, les pays et acteurs ayant anticipé ou rapidement adapté leurs pratiques (certification, contrôles, documentation) tirent parti de la demande toujours solide pour le cacao bio ; le risque de concentration, la transition réglementaire peut favoriser des pôles exportateurs disposant d’infrastructures, d’appuis institutionnels et de coopératives performantes, au détriment des systèmes de production plus fragmentés ; et la nécessité d’un accompagnement, pour limiter l’érosion des surfaces certifiées et des volumes exportés, les gouvernements, bailleurs et ONG devront intensifier le soutien technique, financier et logistique aux filières.

En résumé, 2024 représente une année charnière pour le cacao biologique africain : le continent conserve sa place de leader mondial, mais la mise en conformité avec les nouvelles normes européennes provoque une redistribution des parts de marché et met en évidence l’urgence d’un accompagnement ciblé pour préserver l’accès des producteurs africains aux débouchés internationaux.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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