Tuesday, June 9, 2026
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Le Cameroun ouvre ses barrages aux industriels : Prometal obtient un accès direct à l’électricité publique

Autorisé par le gouvernement à s’approvisionner directement auprès des barrages exploités par Electricity Development Corporation, le groupe Prometal franchit un cap stratégique dans son développement. Cette décision, inédite depuis l’époque d’Alucam, pourrait remodeler en profondeur les relations entre la production électrique et l’industrie lourde au Cameroun, tout en offrant de nouvelles perspectives de financement pour les infrastructures énergétiques nationales.

Le paysage énergétique camerounais est en train d’évoluer de manière significative. Après Alucam, le géant de l’aluminium installé à Édéa, le groupe Prometal devrait devenir le deuxième industriel du pays à bénéficier d’un accès direct à l’électricité produite par les barrages publics que gère Electricity Development Corporation. Cette orientation a reçu l’aval officiel des pouvoirs publics et doit désormais être formalisée à travers un contrat de fourniture dont les modalités sont en cours de finalisation sous la coordination directe des services du Premier ministre.

Au-delà d’un simple accord commercial, cette décision traduit la volonté des autorités d’adapter l’organisation du secteur électrique aux besoins croissants de l’industrie nationale. Elle intervient dans un contexte bien précis, celui où le Cameroun cherche à accélérer son industrialisation tout en valorisant davantage ses importantes capacités hydroélectriques.

Une demande énergétique portée par l’expansion industrielle

La montée en puissance de Prometal explique en grande partie cette évolution réglementaire. Leader de la transformation de l’acier en Afrique centrale, le groupe a considérablement renforcé ses capacités de production ces dernières années grâce à l’extension de son complexe industriel de Bassa, situé à Douala, ainsi qu’à la mise en service de nouvelles unités spécialisées dans la métallurgie, les structures métalliques et la fabrication de bouteilles de gaz.

Cette expansion physique s’accompagne naturellement d’une forte hausse de la consommation électrique. Les besoins du groupe sont ainsi passés de 26 MW en 2024 à 40 MW en 2025. Ils devraient atteindre 60 MW en 2026 puis 90 MW à l’horizon 2027, notamment avec le développement de Proalu, l’unité dédiée à la transformation de l’aluminium et à la fabrication de produits destinés aux secteurs du bâtiment, des infrastructures et des réseaux électriques. Pour une industrie fortement consommatrice d’énergie, la sécurisation de l’approvisionnement électrique constitue désormais un enjeu aussi crucial que l’accès aux matières premières.

Un levier de compétitivité pour l’industrie lourde

Dans les secteurs de la sidérurgie et de la métallurgie, l’électricité représente l’un des principaux postes de coût de production. La moindre interruption d’alimentation ou la plus petite variation tarifaire peut affecter directement la compétitivité des entreprises sur le marché.

L’accès direct aux capacités hydroélectriques nationales permettra donc à Prometal de bénéficier d’une meilleure visibilité sur ses approvisionnements énergétiques et d’accompagner sereinement ses futurs investissements. Cette évolution s’inscrits dans une logique déjà observée dans plusieurs économies industrialisées, au sein desquelles les grands consommateurs industriels disposent de mécanismes spécifiques leur garantissant un accès sécurisé à l’énergie. Cette stratégie rejoint également les grands objectifs de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 qui place l’industrialisation et la transformation locale au cœur de la croissance économique du pays.

Une bouffée d’oxygène pour EDC

L’opération présente aussi des avantages importants pour Electricity Development Corporation, l’entreprise publique chargée de la gestion du patrimoine hydroélectrique national. Jusqu’à présent, son principal client demeurait l’opérateur historique du secteur électrique. L’arrivée d’un consommateur industriel de la taille de Prometal permettra à l’entreprise publique de diversifier ses revenus et de sécuriser davantage ses recettes globales.

Selon plusieurs sources concordantes, le groupe sidérurgique a déjà versé près de 42 milliards de FCFA au titre de sa consommation d’électricité et des frais de transport d’énergie au cours de la dernière décennie. L’arrivée de ce nouveau client stratégique pourrait ainsi renforcer la capacité d’investissement autonome de l’entreprise publique et contribuer activement au financement de nouveaux projets énergétiques.

Des infrastructures énergétiques en préparation

Les ressources supplémentaires générées par ce type de partenariat direct pourraient soutenir plusieurs projets structurants qui sont actuellement à l’étude ou en cours de développement. Parmi ces initiatives figurent notamment le projet hydroélectrique de Mbakaou, les futures extensions du complexe de Memve’élé ainsi que plusieurs programmes destinés à renforcer la diversification du mix énergétique national, notamment dans le domaine du solaire. Ces investissements deviennent indispensables dans un pays où la demande d’électricité progresse rapidement sous l’effet conjugué de la croissance démographique, de l’urbanisation et du développement industriel.

Une nouvelle étape pour la politique industrielle

L’autorisation accordée à Prometal dépasse largement le cadre d’un simple contrat de fourniture électrique standard. Elle traduit l’émergence d’un tout nouveau modèle de coopération entre les infrastructures énergétiques publiques et les grands groupes industriels privés. En facilitant l’accès direct des entreprises stratégiques aux capacités de production hydroélectrique, le gouvernement cherche à créer un environnement nettement plus favorable à l’investissement industriel tout en renforçant la rentabilité des actifs énergétiques nationaux.

Cette décision pourrait bien ouvrir la voie à d’autres mécanismes similaires dans les années à venir. Elle marque surtout une évolution majeure dans la manière dont le Cameroun entend articuler sa politique énergétique et ses ambitions industrielles, avec un objectif clairement affiché, celui de transformer davantage de matières premières localement, de produire plus et de soutenir l’émergence de champions industriels capables de rivaliser sur les marchés régionaux et continentaux.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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