Thursday, September 24, 2026
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5G en Afrique : Les opérateurs privilégient les zones où la technologie peut déjà rapporter

La 5G progresse en Afrique, mais son déploiement ne suit pas encore le modèle d’une couverture nationale généralisée. À fin mai 2026, 61 opérateurs proposent des services commerciaux dans 37 marchés. Face au coût des infrastructures et au prix encore élevé des smartphones compatibles, les opérateurs concentrent leurs investissements sur les grandes villes, les entreprises et les secteurs industriels.

La cinquième génération de téléphonie mobile est désormais une réalité commerciale en Afrique. Mais son développement reste très différent de celui observé dans les marchés les plus avancés.Selon GSMA Intelligence, 61 opérateurs avaient lancé des services 5G commerciaux dans 37 marchés africains à fin mai 2026.

Le chiffre marque une évolution importante : la technologie n’est plus cantonnée aux expérimentations et aux projets pilotes. Elle entre progressivement dans une phase de commercialisation. Mais cette progression doit être relativisée.

La 5G ne représente encore qu’environ 5 % des connexions mobiles africaines, contre 33 % au niveau mondial. Sur quelque 1,5 milliard de connexions mobiles recensées sur le continent, la technologie de cinquième génération demeure donc minoritaire. La question n’est désormais plus de savoir si la 5G arrivera en Afrique, mais où et à quelles conditions elle pourra devenir économiquement viable.

Les grandes villes avant les zones rurales

Le déploiement actuel donne déjà une indication sur la réponse des opérateurs. Plutôt que de couvrir rapidement l’ensemble des territoires nationaux, ceux-ci concentrent leurs réseaux sur les zones où la demande et le potentiel de revenus sont les plus importants. Les grandes agglomérations constituent naturellement les premières bénéficiaires. Mais la 5G apparaît également dans des zones minières, industrielles, manufacturières et logistiques.

Cette approche répond à une contrainte simple : installer un réseau 5G coûte cher. Dans les zones faiblement peuplées, les investissements nécessaires peuvent être difficiles à rentabiliser. Les opérateurs privilégient donc les endroits où une concentration d’utilisateurs, d’entreprises ou d’activités économiques permet de générer davantage de revenus.

La 5G ne sera pas forcément une technologie grand public dans un premier temps

Cette stratégie modifie également l’image traditionnelle du déploiement mobile. Pour la 2G, la 3G puis la 4G, l’objectif consistait notamment à étendre progressivement la couverture à une part toujours plus importante de la population. Avec la 5G, les opérateurs africains adoptent davantage une logique fondée sur les usages.

Les entreprises peuvent notamment constituer un marché important grâce à leurs besoins en connectivité, en automatisation et en transmission de données. Les sites industriels et miniers représentent à ce titre des terrains particulièrement intéressants pour les nouveaux réseaux. La technologie peut également servir de solution d’accès à Internet fixe.

Le FWA, l’une des cartes maîtresses

Le 5G FWA, ou accès fixe sans fil, apparaît comme l’un des usages susceptibles de soutenir le développement de la technologie sur le continent. Le principe consiste à utiliser le réseau mobile 5G pour fournir une connexion Internet fixe à un logement ou à une entreprise, sans installer nécessairement une liaison fibre jusqu’au domicile. Cette solution peut notamment intéresser certaines zones où le déploiement de la fibre reste limité.

Elle cible en priorité les ménages disposant d’un pouvoir d’achat suffisant, les PME et certaines zones mal desservies. Selon les projections de GSMA Intelligence, les connexions 5G FWA pourraient passer d’environ 1 million en 2026 à 3,5 millions en 2030.

Le prix des smartphones reste un obstacle majeur

L’expansion de la 5G dépend cependant d’un autre facteur : le coût des terminaux. Le prix moyen d’un smartphone 5G d’entrée de gamme dépasse encore 100 dollars en Afrique. Dans plusieurs pays, cette somme représente une part importante des revenus mensuels des consommateurs, ce qui limite mécaniquement la vitesse de renouvellement des appareils.

Un réseau 5G largement disponible ne suffit donc pas à provoquer une adoption massive si une partie de la population ne peut pas acheter un téléphone compatible. L’accessibilité des équipements devient ainsi un élément aussi important que la couverture du réseau. Les baisses de taxes, les mécanismes de financement et l’arrivée de smartphones moins chers pourraient contribuer à accélérer l’adoption.

La 4G pourrait être une étape que certains consommateurs sauteront

La transition technologique pourrait toutefois jouer en faveur de la 5G. Une partie des utilisateurs africains n’a pas nécessairement suivi toutes les générations de réseaux mobiles de manière linéaire. Certains consommateurs pourraient ainsi passer directement d’un appareil 3G ou 4G vers un smartphone 5G lorsque le renouvellement de leur terminal deviendra nécessaire. Cette possibilité pourrait accélérer l’adoption dans les marchés où la disponibilité des appareils compatibles et la couverture progressent simultanément. Elle dépendra cependant fortement du niveau des prix et des offres commerciales proposées par les opérateurs.

La 5G autonome attendra encore

Sur le plan technique, le continent reste également dans une phase de transition. La majorité des réseaux 5G déployés en Afrique reposent encore sur la technologie Non-Standalone (NSA), qui utilise certaines infrastructures 4G existantes. La 5G Standalone (SA), elle, fonctionne avec un cœur de réseau 5G dédié. Cette dernière reste encore peu développée en Afrique : moins de cinq opérateurs avaient lancé ou annoncé des projets de ce type à fin mai 2026, selon GSMA Intelligence.

Le coût des infrastructures, les capacités limitées de raccordement en fibre optique et les questions liées au spectre expliquent en partie cette progression plus lente. Pour le continent, la 5G autonome apparaît donc davantage comme une perspective de moyen ou long terme.

Mutualiser les infrastructures pour réduire la facture

Face à ces contraintes, les opérateurs explorent également davantage le partage d’infrastructures. Le partage de tours et de réseaux permet de réduire certains coûts d’investissement et d’exploitation et peut faciliter l’extension de la couverture. Le Maroc illustre cette tendance. Maroc Telecom et Inwi ont créé en mars 2025 des coentreprises portant notamment sur les infrastructures de tours et de fibre optique, avec des objectifs annoncés de développement de nouvelles infrastructures à l’horizon 2028 et 2033.

Ce type de modèle pourrait prendre une importance croissante à mesure que les opérateurs cherchent à étendre leurs réseaux tout en maîtrisant leurs dépenses.

Près de 100 millions de connexions 5G attendues en 2026

Malgré les obstacles, les perspectives restent orientées à la hausse. GSMA Intelligence estime que l’Afrique comptera un peu moins de 100 millions de connexions 5G à la fin de 2026. À l’horizon 2030, ce nombre pourrait atteindre 382 millions, soit environ 21 % des abonnements mobiles du continent.

Cette progression restera néanmoins nettement inférieure à celle observée dans plusieurs marchés très avancés, où la 5G devrait représenter une part largement majoritaire des connexions. Le continent suivra donc sa propre trajectoire, déterminée par ses niveaux de revenus, ses infrastructures et ses besoins économiques.

L’enjeu : transformer la couverture en valeur économique

Pour les opérateurs africains, le défi ne consiste plus seulement à installer des antennes. Il faut désormais trouver des usages capables de générer suffisamment de revenus pour justifier les investissements. La connectivité des entreprises, le FWA, les activités industrielles et les services numériques spécialisés pourraient jouer un rôle central dans cette équation.

La capacité à monétiser ces nouveaux usages déterminera en partie la vitesse à laquelle les opérateurs pourront ensuite étendre leurs réseaux à d’autres catégories d’utilisateurs.

Une course contre la fracture numérique

Le développement de la 5G comporte enfin une dimension qui dépasse les opérateurs. GSMA Intelligence souligne l’importance de l’action des pouvoirs publics concernant notamment le spectre, les infrastructures, la réglementation, les compétences numériques et le développement de nouveaux usages.

L’objectif est double : créer les conditions permettant aux opérateurs de rentabiliser leurs investissements tout en évitant que les populations et les entreprises africaines ne prennent davantage de retard par rapport aux régions où la 5G est déjà intégrée aux stratégies de transformation numérique.

La 5G africaine ne sera donc probablement pas une révolution uniforme. Elle avancera d’abord là où elle peut répondre à une demande solvable ou à un besoin économique précis. Le véritable défi des prochaines années sera de transformer ces premiers îlots de connectivité en un réseau suffisamment accessible pour profiter à une part beaucoup plus large de la population.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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