Le recteur de l’Université de Douala donne un ultimatum à 80 enseignants absents lors du dernier recensement, soulignant la gravité de la fuite des cerveaux au Cameroun et ses répercussions sur l’éducation et l’économie nationale.
Un ultimatum de 15 jours pour 80 enseignants absents
Le 21 octobre 2024, le recteur de l’Université de Douala, Magloire Ondoa, a émis un communiqué révélant que 80 enseignants n’avaient pas répondu présents lors du dernier recensement effectué par l’institution. Face à cette situation, le recteur leur accorde un délai de 15 jours pour regagner leurs postes, faute de quoi ils seront considérés comme étant en position d’absence irrégulière, exposant ainsi ces enseignants à des sanctions disciplinaires.
Cette décision intervient dans un contexte de fuite des cerveaux, qui affecte gravement l’enseignement supérieur et plusieurs autres secteurs clés au Cameroun.
La fuite des cerveaux vers le Canada : une menace pour l’économie camerounaise
L’annonce du recteur intervient alors que la fuite des cerveaux continue de s’intensifier au Cameroun. Entre janvier et avril 2024, 6 000 Camerounais ont quitté le pays pour s’établir au Canada, selon Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (Gecam). Ce chiffre porte à près de 20 000 le nombre de Camerounais ayant migré vers ce pays nord-américain entre 2019 et début 2024.
Le Canada est devenu une destination privilégiée pour les professionnels camerounais, en quête de meilleures opportunités économiques et de meilleures conditions de vie. Shelby Thevenot, journaliste pour CIC News, rapporte que cette tendance migratoire avait déjà commencé à augmenter avant même la pandémie de Covid-19. Selon l’Institut statistique du Québec, 14 135 Camerounais ont immigré au Canada entre 2019 et 2023, soit environ 6 % de l’ensemble des immigrés au Québec durant cette période.
Un phénomène aux répercussions économiques et éducatives
La perte de professionnels qualifiés, notamment dans le secteur de l’éducation, menace la croissance économique et fragilise des institutions telles que l’Université de Douala. Ce manque de main-d’œuvre qualifiée prive le Cameroun des compétences essentielles à son développement, selon le Gecam. Le secteur de l’enseignement supérieur, qui constitue un pilier pour la formation des futures élites, se voit ainsi affaibli par le départ de nombreux enseignants vers des horizons plus prometteurs à l’étranger.
Le gouvernement camerounais tente de réagir face à cette crise. Joseph Le, ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, a récemment réitéré la menace de licenciement ou de révocation pour tout agent public absent pendant plus de 30 jours. Lors d’un conseil de cabinet tenu le 25 juillet 2024, il avait rappelé que le salaire des agents publics est une compensation pour un travail accompli, et non pour un emploi occupé en théorie.
Liste des enseignants concernés
Parmi les 80 enseignants sommés de reprendre leur poste figurent des noms tels que Mbu Martha Njui, Foukou Charles, Zabo Adile, Fogwe Zephania, Momekam Martin, Ngo Nlend, et bien d’autres, comme détaillé dans le communiqué officiel. Ces enseignants devront impérativement répondre à l’ultimatum du recteur, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu’à leur exclusion de la fonction publique.


Des mesures strictes pour enrayer la fuite des talents
Le phénomène de fuite des cerveaux n’est pas nouveau, mais il s’aggrave, contraignant les autorités camerounaises à prendre des mesures drastiques pour enrayer ce départ massif de talents. Le retour des enseignants absents sera crucial pour la continuité des services éducatifs à l’Université de Douala et pour la qualité de l’enseignement dans le pays.
Le gouvernement, à travers des initiatives telles que les menaces de révocation pour les agents publics absents, cherche à rétablir la discipline et à garantir une gestion optimale des ressources humaines. Cependant, l’ampleur du problème montre que des réformes structurelles plus profondes pourraient être nécessaires pour retenir les talents au Cameroun.




