Sunday, August 16, 2026
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Wall Street repart à la conquête de l’Afrique : Bank of America élargit son terrain de jeu

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Wall Street repart à la conquête de l’Afrique : Bank of America élargit son terrain de jeu
La nomination de Simbah Mutasa à la tête de la banque d’investissement de Bank of America sur l’ensemble du continent

La nomination de Simbah Mutasa à la tête de la banque d’investissement de Bank of America sur l’ensemble du continent intervient au moment où les grandes opérations financières africaines retrouvent de l’élan. Après avoir dirigé l’Afrique du Sud, le banquier zimbabwéen devra désormais faire de la banque américaine un acteur plus visible au Nigeria, au Kenya, en Afrique de l’Ouest et sur les nouveaux marchés en pleine transformation.

Le signal est discret, mais il en dit long sur les ambitions de Bank of America. La banque américaine vient de confier à Simbah Mutasa la responsabilité de ses activités de banque d’investissement sur l’ensemble de l’Afrique. Jusqu’ici chargé du marché sud-africain, le banquier d’origine zimbabwéenne élargit considérablement son périmètre. Cette décision intervient alors que les marchés financiers africains connaissent un regain d’activité et que les investisseurs internationaux cherchent de nouvelles opportunités sur le continent. Pour Bank of America, le message est clair : l’Afrique ne doit plus être abordée uniquement à travers Johannesburg. La difficulté de la mission apparaît immédiatement. L’Afrique n’est pas un marché unique.

Entre le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Éthiopie, les pays de l’UEMOA ou encore les économies d’Afrique centrale, les règles monétaires, les systèmes financiers et les cadres réglementaires diffèrent profondément. Le Nigeria évolue avec un naira flottant et un marché financier considérable. Les huit pays de l’Union monétaire ouest-africaine partagent le franc CFA, dont le cours est arrimé à l’euro. Le Kenya joue le rôle de plateforme financière de l’Afrique de l’Est. L’Éthiopie ouvre progressivement son système financier à de nouveaux acteurs et investisseurs. L’Afrique du Sud conserve, de son côté, le marché de capitaux le plus profond et le plus sophistiqué du continent. Pour un banquier d’affaires, cette diversité signifie une chose : une stratégie africaine ne peut pas être une simple extension d’une stratégie sud-africaine.

Pourquoi Bank of America élargit maintenant son dispositif

Le choix du moment n’est probablement pas anodin. L’Afrique subsaharienne a commencé 2026 avec un regain d’activité sur les marchés internationaux de capitaux. Près de 6 milliards de dollars ont été empruntés sur les marchés internationaux dans les premières semaines de l’année, soit le meilleur début d’année depuis 2013. Le Kenya a ouvert la marche avec une émission de 2,25 milliards de dollars, suivi notamment par la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Bénin et le Congo. Ce retour des émetteurs africains sur les marchés internationaux donne aux banques d’affaires un terrain de jeu particulièrement intéressant. Les besoins sont considérables : financement des infrastructures, transition énergétique, développement des réseaux numériques, industrialisation, refinancement de la dette et expansion des grandes entreprises africaines. À cela s’ajoute l’intérêt croissant pour les minerais critiques, alors que les puissances économiques cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Le continent attire également les investisseurs par la croissance de ses marchés de consommation et l’expansion rapide des services financiers numériques.

Les dernières opérations auxquelles Bank of America a participé illustrent cette diversification. La banque est notamment intervenue comme agent de placement conjoint pour les 750 millions de dollars levés en privé par Dangote Fertilizer au Nigeria. Elle a également figuré parmi les conseils de l’opération portant sur la vente de participations dans East African Breweries au japonais Asahi. Ces deux transactions sont révélatrices. Elles concernent deux grandes économies africaines situées hors d’Afrique du Sud et montrent que les opportunités se déplacent progressivement vers plusieurs pôles du continent.

Un profil qui colle à la nouvelle stratégie

Le parcours de Simbah Mutasa correspond précisément à cette évolution. Après avoir commencé sa carrière chez Citi à Londres dans le secteur des télécommunications, des médias et des technologies, il a travaillé sur les opérations de fusions-acquisitions de Liberty Global. Il a ensuite rejoint Norfund, l’institution norvégienne de financement du développement, dont il a dirigé les activités en Afrique australe lors de l’ouverture de son bureau au Cap.

Ce passage par le financement du développement constitue un atout particulier. Les projets africains les plus importants reposent souvent sur un assemblage complexe de capitaux privés, de banques commerciales, d’institutions publiques de développement et de garanties. Un banquier qui comprend ces différents univers peut être mieux placé pour structurer des opérations dans lesquelles plusieurs catégories d’investisseurs doivent travailler ensemble. Pendant longtemps, l’activité des grandes banques internationales en Afrique a été largement associée aux émissions obligataires des États.

Le marché évolue.

Les opérations concernent désormais également les télécommunications, les infrastructures, l’énergie, les fintechs, l’agro-industrie, les mines et les biens de consommation. Cette diversification augmente mécaniquement le potentiel des activités de conseil. Une banque d’investissement peut accompagner un État qui cherche à lever des fonds, mais également une entreprise qui veut acquérir un concurrent, vendre une participation, entrer en Bourse ou financer son expansion. Plus l’économie africaine se complexifie, plus le marché potentiel des banques d’affaires s’élargit.

Bank of America arrive toutefois sur un terrain loin d’être vierge. Citigroup dispose depuis longtemps d’un dispositif consacré à l’Afrique et au Moyen-Orient et vient notamment d’être choisi par Airtel Africa pour accompagner l’introduction en Bourse de sa filiale de paiement mobile. Goldman Sachs et JPMorgan figurent régulièrement parmi les banques impliquées dans les émissions obligataires africaines. Sur les marchés francophones, Société Générale, BNP Paribas et Standard Chartered disposent également d’une présence historique. Et les banques africaines elles-mêmes contrôlent une partie importante du marché, particulièrement sur les opérations de taille moyenne. Standard Bank, Absa et Rand Merchant Bank disposent d’une connaissance locale et de réseaux auxquels une banque internationale nouvellement ambitieuse ne peut pas se substituer facilement. C’est probablement le principal défi de Simbah Mutasa.

La puissance financière de Bank of America constitue un avantage évident. Mais en Afrique, la réussite d’une opération dépend souvent de facteurs qui ne figurent pas dans les modèles financiers : relations institutionnelles, connaissance des régulateurs, compréhension des marchés locaux, réseaux d’entrepreneurs et capacité à identifier les bons partenaires. Une banque internationale peut disposer d’importants moyens financiers et technologiques. Elle doit néanmoins convaincre les entreprises africaines qu’elle comprend leurs réalités. La question n’est donc pas seulement de savoir si Bank of America peut financer l’Afrique. C’est de savoir si elle peut suffisamment bien comprendre ses différents marchés pour devenir l’un des banquiers de référence du continent. Un élément rend cette expansion particulièrement intéressant : la promotion de Simbah Mutasa ne s’accompagne pour l’instant d’aucune annonce concernant l’ouverture de nouveaux bureaux. Bank of America devra donc élargir son activité en s’appuyant sur son réseau existant et sur ses équipes régionales. Cette approche permet de limiter les coûts fixes et d’observer les marchés avant d’investir davantage. Mais elle comporte aussi un risque. Les concurrents disposent déjà d’équipes implantées localement depuis des années. Dans les métiers de conseil, la proximité avec les clients reste déterminante.

Trois secteurs alimenteraient cette nouvelle phase.

Le premier est celui des minerais critiques, devenus stratégiques pour les industries technologiques et la transition énergétique. Le deuxième est celui des infrastructures et des énergies renouvelables, alors que les besoins africains en électricité restent considérables. Le troisième est celui des services numériques et financiers, porté par les fintechs, les paiements mobiles et l’expansion des plateformes digitales. À ces secteurs s’ajoutent l’agriculture, les télécommunications, la logistique et les biens de consommation. Le continent offre donc une combinaison rare : des besoins d’investissement gigantesques et des marchés encore en phase de transformation rapide. La nomination de Simbah Mutasa peut finalement être interprétée comme davantage qu’une promotion individuelle.

Elle traduit la volonté de Bank of America de passer d’une présence principalement concentrée sur l’Afrique du Sud à une approche véritablement continentale.

Le défi sera considérable. Il faudra gagner des mandats face aux banques américaines et européennes déjà implantées, mais aussi face aux établissements africains qui disposent d’un avantage considérable en matière de connaissance locale. Mais le contexte est favorable. Si le retour des grandes opérations financières africaines se confirme, la bataille pour les mandats les plus importants ne fera que commencer. Pour Bank of America, Simbah Mutasa devra transformer cette nouvelle responsabilité en parts de marché. Pour l’Afrique, cette concurrence accrue entre banques internationales et institutions locales pourrait surtout signifier une chose : davantage de capitaux, davantage d’opérations structurantes et, potentiellement, un marché financier continental de plus en plus sophistiqué. La prochaine bataille de la finance africaine ne se jouera donc pas uniquement entre États et investisseurs. Elle se jouera aussi entre les banques qui veulent devenir les architectes financiers de la prochaine phase de croissance du continent.

ATIDIꓽ Financement de l′Afrique – Moins de risque, plus d’investissements

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ATIDIꓽ Financement de l′Afrique - Moins de risque, plus d’investissements
ATIDI veut porter son capital à 2 milliards de dollars afin de multiplier ses capacités de garantie et d’attirer davantage de capitaux privés vers les infrastructures et les projets africains

L’assureur africain du risque d’investissement prépare un changement d’échelle. ATIDI veut porter son capital à 2 milliards de dollars afin de multiplier ses capacités de garantie et d’attirer davantage de capitaux privés vers les infrastructures et les projets africains. Derrière cette opération se joue un enjeu plus vaste : convaincre les investisseurs que le risque africain peut être mieux mesuré, mieux assuré et donc mieux financé.

L’Afrique manque-t-elle réellement de capitaux ? La question revient régulièrement dans les débats sur le financement du développement. Pourtant, selon les institutions financières africaines, le problème est plus complexe : une partie des capitaux disponibles hésite à se diriger vers le continent en raison du niveau de risque perçu.

C’est précisément sur ce terrain qu’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI) veut changer de dimension. L’assureur panafricain prévoit de doubler son capital pour le porter à 2 milliards de dollars dans les deux prochaines années. L’objectif est ambitieux : cette recapitalisation permettrait à l’institution de multiplier fortement le volume de garanties qu’elle peut offrir aux investisseurs et aux entreprises.

Pour son directeur général Manuel Moses, le principal frein est aujourd’hui clairement identifié : le capital disponible pour soutenir davantage de garanties. Le modèle d’ATIDI repose sur une idée simple mais stratégique. Lorsqu’un investisseur envisage un projet dans un environnement qu’il considère comme risqué, il ne regarde pas seulement la rentabilité potentielle. Il évalue aussi le risque politique, le risque de non-paiement, les changements réglementaires ou encore la capacité d’un État ou d’une entreprise à respecter ses engagements. ATIDI intervient précisément à ce niveau.

L’institution assure certains risques afin de rendre des projets africains plus acceptables pour les banques, les investisseurs institutionnels et les entreprises internationales. Autrement dit, elle ne finance pas nécessairement le projet elle-même : elle contribue à rendre son financement possible. C’est ce mécanisme que la recapitalisation doit amplifier.

Avec 2 milliards de dollars de capital, ATIDI estime pouvoir porter son volume annuel de garanties à environ 20 milliards de dollars, contre une moyenne d’environ 3 milliards ces dernières années. Le changement d’échelle serait considérable.

La bataille pour de nouveaux actionnaires est lancée

Pour atteindre cet objectif, ATIDI cherche de nouveaux investisseurs institutionnels et de nouveaux États membres. Des discussions sont engagées avec la France, d’autres pays du G7 et une trentaine de pays africains qui ne sont pas encore membres de l’institution. L’enjeu est donc autant politique que financier. Plus ATIDI rassemble d’actionnaires solides, plus elle peut renforcer ses fonds propres, améliorer sa capacité de garantie et rassurer les investisseurs susceptibles d’utiliser ses mécanismes de couverture. La France a déjà annoncé son intention d’entrer au capital.

Paris a également indiqué son soutien à la création d’une garantie continentale dite de « première perte ». Ce mécanisme consiste à absorber les premières pertes éventuelles d’un portefeuille afin de réduire le risque supporté par les investisseurs privés. L’Allemagne a, pour sa part, déjà souscrit 32 millions de dollars, représentant 3,5 % du capital. Le changement de dimension d’ATIDI intervient alors que la Banque africaine de développement renforce considérablement son implication. La BAD a porté cette année sa participation de 3 % à 14 %, grâce à une injection de 125 millions de dollars. Cette opération s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large visant à développer les mécanismes de garantie en Afrique.

La banque ambitionne notamment de contribuer à porter la capacité de garantie d’ATIDI à 10 milliards de dollars par an. Pour les institutions financières africaines, l’enjeu est majeur : les garanties peuvent permettre de mobiliser plusieurs dollars d’investissement pour chaque dollar de capital engagé. Le capital devient ainsi un levier plutôt qu’une simple réserve financière.

Le vrai problème : le prix du risque africain

Le débat dépasse donc largement la situation d’ATIDI. Les institutions financières africaines considèrent de plus en plus que le continent souffre d’un problème de tarification du risque. Deux projets présentant des caractéristiques économiques similaires peuvent être financés à des conditions très différentes selon le pays où ils sont implantés. Cette perception du risque influence directement le coût des emprunts, les exigences de rendement des investisseurs et la capacité des entreprises à lever des capitaux.

La Banque africaine de développement estime ainsi que le principal problème n’est pas nécessairement l’absence de capitaux, mais la manière dont le risque africain est évalué et facturé. Si cette perception peut être réduite grâce aux garanties, alors davantage de capitaux privés peuvent être mobilisés.

C’est là que se trouve l’effet de levier recherché par ATIDI. ATIDI ne part pas de zéro. Créée en 2001 et basée à Nairobi, l’institution compte aujourd’hui 24 États africains et 13 actionnaires institutionnels. Elle couvre notamment les risques politiques et les risques de crédit. Son portefeuille comprend des projets importants, comme le chemin de fer moderne en Tanzanie ou l’expansion de Safaricom en Éthiopie. L’institution participe également à des opérations de restructuration de dette et à des mécanismes de financement liés à des objectifs de durabilité. Ses performances financières constituent un autre argument en faveur de son expansion.

En 2025, ATIDI a enregistré un bénéfice de 71,4 millions de dollars, en hausse de 20 % sur un an. L’institution affichait alors 1,06 milliard de dollars d’actifs et 883 millions de dollars de fonds propres, tandis que son exposition totale atteignait 9,2 milliards de dollars. Sa solidité financière est également reconnue par les agences de notation, qui lui attribuent une note A chez Standard & Poor’s et A2 chez Moody’s.

La stratégie de garantie ne répond toutefois qu’à une partie du problème. L’un des objectifs de la nouvelle architecture financière africaine est également de mobiliser davantage l’épargne générée à l’intérieur du continent. La Banque africaine de développement estime que l’Afrique dispose d’une importante épargne institutionnelle susceptible d’être orientée vers le financement du développement. La Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD) vise ainsi à mobiliser quelque 4 000 milliards de dollars d’épargne institutionnelle africaine, alors que les besoins de financement du continent sont estimés à environ 400 milliards de dollars par an. Le raisonnement est simple : plutôt que de dépendre principalement de capitaux venus de l’extérieur, l’Afrique doit aussi apprendre à transformer son épargne domestique en investissements productifs.

Cette ambition se heurte cependant à une faiblesse structurelle. Selon la Banque mondiale, le taux d’épargne de l’Afrique subsaharienne tourne autour de 18 %, soit moins de la moitié de la moyenne mondiale. Il ne suffit donc pas de créer des mécanismes sophistiqués de garantie. Il faut également développer les marchés financiers locaux, renforcer les fonds de pension, améliorer l’accès aux produits d’investissement et créer des instruments permettant aux épargnants africains d’investir dans les infrastructures et les entreprises du continent.

Créer l’épargne nécessaire

ATIDI peut réduire le risque. Mais elle ne peut pas, à elle seule, créer l’épargne nécessire au financement de tous les projets. Le directeur général d’ATIDI reconnaît lui-même un autre obstacle : les délais institutionnels. Pour que l’organisation atteigne rapidement son nouvel objectif de capitalisation, elle devra convaincre les États et partenaires potentiels d’accélérer leurs procédures d’adhésion et de souscription. Or, les besoins d’investissement du continent sont immédiats. Infrastructures de transport, énergie, numérique, industrie, agriculture ou logement nécessitent des financements considérables.

Chaque année supplémentaire de procédure représente donc potentiellement des projets retardés. Le projet de porter le capital d’ATIDI à 2 milliards de dollars doit finalement être lu comme une pièce d’une transformation plus vaste du système financier africain. L’objectif n’est pas seulement de disposer d’un assureur plus puissant. Il s’agit de construire un environnement dans lequel un investisseur accepte plus facilement de prendre un risque en Afrique parce que ce risque peut être mesuré, garanti et partagé.

Si ATIDI réussit son augmentation de capital, son rôle pourrait changer d’échelle : d’un assureur spécialisé, l’institution pourrait devenir l’un des principaux intermédiaires entre les projets africains et les grands pools de capitaux mondiaux. La réussite dépendra toutefois de plusieurs conditions : attirer de nouveaux actionnaires, accélérer les décisions, renforcer les marchés financiers locaux et surtout démontrer que chaque dollar supplémentaire de capital peut effectivement mobiliser plusieurs dollars d’investissement.

La bataille n’est donc pas seulement de trouver 2 milliards de dollars. Elle consiste à faire en sorte que ces 2 milliards puissent contribuer à débloquer des dizaines de milliards supplémentaires pour transformer les économies africaines.

Soudan : Reprendre le contrôle des dépenses publiques par le numérique

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Soudan : Reprendre le contrôle des dépenses publiques par le numérique
Soudan : Reprendre le contrôle des dépenses publiques par le numérique

Alors que la guerre a profondément fragilisé les finances et les institutions soudanaises, Khartoum cherche à reconstruire ses capacités administratives. Le lancement de Nazaha, une plateforme numérique dédiée aux marchés publics, marque une nouvelle étape dans cette volonté de rendre les dépenses de l’État plus transparentes et mieux contrôlées.

Au Soudan, la modernisation de l’administration avance malgré un contexte économique et sécuritaire extrêmement difficile. Le gouvernement vient de lancer un nouvel outil numérique destiné à encadrer l’un des domaines les plus sensibles de la gestion publique : l’attribution des contrats de l’État.

Baptisé Nazaha, le Système national de marchés publics et de passation de contrats numériques a été présenté le 8 août par Mohamed Nour Abdeldaim, ministre d’État aux Finances. La plateforme doit permettre de dématérialiser les procédures de marchés publics et de renforcer la transparence dans l’utilisation des ressources publiques.

L’objectif affiché est également de garantir une concurrence plus équitable entre les entreprises souhaitant accéder aux contrats de l’État.

Le lancement de Nazaha intervient dans un contexte particulièrement contraint. Depuis le début du conflit armé en avril 2023, l’économie soudanaise a subi un choc majeur, tandis que les institutions publiques ont vu leurs capacités financières et opérationnelles fortement réduites.

Selon la Banque mondiale, le PIB réel s’est contracté de 29,4 % en 2023, avant de reculer encore d’environ 14 % en 2024.

Dans le même temps, les recettes publiques se sont fortement dégradées. Elles représentaient environ 10 % du PIB en 2022, mais sont tombées sous la barre des 5 % en 2024-2025.

Dans ces conditions, améliorer le contrôle des dépenses devient une nécessité autant qu’un objectif de gouvernance.

Nazaha n’est qu’un volet d’une réforme plus large

La plateforme Nazaha doit précisément intervenir sur ce terrain.

En numérisant les différentes étapes de la passation des marchés, les autorités veulent limiter les procédures manuelles, améliorer la traçabilité des contrats et renforcer la visibilité sur les dépenses publiques.

Pour le gouvernement, la technologie doit ainsi servir à réduire les zones d’opacité dans lesquelles peuvent apparaître des pratiques irrégulières ou des conflits d’intérêts.

Le ministre des Finances présente cette réforme comme une évolution majeure de la gestion des dépenses publiques, inspirée des pratiques internationales en matière de gouvernance et de gestion financière.

L’enjeu est aussi économique : une procédure plus transparente pourrait permettre à davantage d’entreprises de participer aux appels d’offres et améliorer les conditions de concurrence pour les marchés financés par l’État.

La digitalisation des marchés publics s’inscrit dans un programme plus vaste de modernisation de la gestion des finances publiques.

Les autorités travaillent également sur la réforme budgétaire, la mise en place d’un Compte unique du Trésor et la numérisation des processus de gestion financière.

L’ambition est de construire progressivement une administration capable de mieux suivre les ressources disponibles, les dépenses engagées et les flux financiers de l’État.

Cette transformation est particulièrement importante dans un pays où la guerre a fragmenté les capacités institutionnelles et réduit considérablement les ressources publiques.

Le numérique apparaît ainsi comme un moyen de reconstruire certaines fonctions administratives, même lorsque les capacités financières restent limitées.

Le lancement de Nazaha ne signifie toutefois pas que le Soudan est sorti de sa crise économique.

Après deux années de contraction extrêmement forte, une légère reprise a été enregistrée en 2025. Les estimations divergent néanmoins : la Banque africaine de développement évaluait la croissance à 1,2 %, tandis que la Banque mondiale avançait une progression de 3,1 %.

Le pays reste par ailleurs confronté à d’immenses besoins humanitaires. En février 2026, les Nations unies ont lancé un plan de réponse humanitaire de 2,87 milliards de dollars destiné à répondre aux besoins de la population.

La faiblesse des recettes publiques limite donc fortement la marge de manœuvre du gouvernement, alors même que les besoins en infrastructures, en services publics et en reconstruction sont considérables.

Dans ce contexte, la portée de Nazaha dépasse la simple informatisation d’une procédure administrative.

Pour les autorités soudanaises, l’enjeu consiste à rétablir progressivement des mécanismes de contrôle et de transparence susceptibles de renforcer la confiance dans la gestion des ressources publiques.

Le succès de la plateforme dépendra cependant de sa mise en œuvre concrète : accès des entreprises au système, fiabilité des données, contrôle des procédures, capacité des administrations à utiliser l’outil et maintien de mécanismes de supervision indépendants.

Si ces conditions sont réunies, la transformation numérique pourrait devenir l’un des instruments de la reconstruction institutionnelle du Soudan.

Dans un pays où la guerre a profondément bouleversé l’économie et l’appareil d’État, la réforme des marchés publics apparaît ainsi comme une première brique d’un chantier beaucoup plus vaste : reconstruire une administration capable de gérer des ressources rares avec davantage de transparence, de contrôle et d’efficacité. Cependant, tous ces efforts permettront−ils au Soudan de se refaire une économie digne de ce nom ?

Cinéma hollywoodien et l′Afrique : « Children of Blood and Bone » : rupture entre le studio et l′autrice

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Cinéma hollywoodien et l′Afrique : « Children of Blood and Bone » : rupture entre le studio et l′autrice
Cinéma hollywoodien et l′Afrique : « Children of Blood and Bone » : rupture entre le studio et l′autrice

Avec une distribution internationale, un tournage mené entre l’Afrique et les Canaries et une bande originale portée par Tems, Paramount veut transformer le succès littéraire de Tomi Adeyemi en franchise mondiale. Mais à quelques mois de la sortie, le projet est fragilisé par la rupture publique entre le studio et l’autrice de la saga.

Hollywood s’apprête à tester la capacité d’un univers de fantasy profondément inspiré des cultures africaines à devenir un blockbuster mondial. Paramount Pictures a dévoilé le 28 juillet la première bande-annonce de « Children of Blood and Bone », adaptation du roman à succès de l’écrivaine nigériano-américaine Tomi Adeyemi.

Réalisé par Gina Prince-Bythewood, le long-métrage doit arriver dans les salles le 15 janvier 2027. Paramount mise sur une sortie internationale et notamment sur l’IMAX pour donner à cette adaptation une dimension comparable aux grandes franchises fantastiques américaines.

Mais derrière cette ambition commerciale se joue une question plus large : comment Hollywood transforme-t-il les univers créés par des auteurs africains en grandes productions internationales, tout en conservant leur identité et en donnant aux créateurs une place réelle dans les décisions artistiques ?

Un univers africain conçu pour devenir une franchise

Publié en 2018, « Children of Blood and Bone » est le premier volume de la trilogie « Legacy of Orïsha ». Le roman s’est vendu à près de trois millions d’exemplaires et a passé 175 semaines cumulées dans le classement du New York Times.

Le potentiel commercial de l’œuvre avait rapidement attiré Hollywood. Après l’abandon du projet par Fox 2000 puis Lucasfilm, Paramount a acquis les droits en janvier 2022.

Le studio a notamment accepté que Tomi Adeyemi participe à l’écriture du scénario, une condition que Lucasfilm n’avait pas retenue. Gina Prince-Bythewood a ensuite été choisie pour réaliser le film en décembre 2023.

L’objectif est désormais de transformer le premier roman en porte d’entrée vers une éventuelle franchise. Pour l’instant, aucune adaptation des deux autres tomes n’a toutefois été officiellement programmée.

Paramount a choisi de réunir des acteurs issus de plusieurs régions du monde africain et de sa diaspora.

Viola Davis interprète Mama Agba, tandis que Chiwetel Ejiofor joue le roi Saran. Regina King incarne la reine Nehanda, Idris Elba le personnage de Lekan et Cynthia Erivo l’amirale Kaea.

Les rôles principaux sont confiés à Thuso Mbedu, Damson Idris, Tosin Cole et Amandla Stenberg.

Pour Gina Prince-Bythewood, cette diversité constitue l’une des caractéristiques essentielles du projet. Le casting doit représenter une diaspora africaine étendue, en réunissant des talents venus notamment du Nigeria, d’Afrique du Sud, du Royaume-Uni et des États-Unis.

Le film cherche ainsi à dépasser le cadre d’une production américaine simplement inspirée de l’Afrique. Une partie de son identité repose directement sur les talents africains et afro-descendants mobilisés devant et derrière la caméra.

Le Nigeria au cœur du dispositif

Cette volonté s’est également traduite dans le choix des lieux de tournage.

La production a commencé à Lagos en février 2025, avant de se poursuivre en Afrique du Sud et aux îles Canaries. Le tournage s’est achevé le 2 juin de la même année.

Au Nigeria, un casting ouvert a permis de recruter notamment Pamilerin Ayodeji et Shamz Garuba. Le vétéran de Nollywood Richard Mofe-Damijo rejoint également la distribution, tandis que la chanteuse Ayra Starr fait ses premiers pas au cinéma.

La musique constitue un autre élément central du dispositif. La bande originale est produite par Tems, avec Burna Boy comme consultant musical exécutif. Fireboy DML, BNXN et Ayra Starr figurent également parmi les artistes associés au projet.

À la direction artistique, Paramount a recruté Hannah Beachler, récompensée aux Oscars pour son travail sur « Black Panther ».

L’ensemble traduit une volonté claire : faire de l’Afrique et de sa diaspora non seulement le décor du film, mais une composante majeure de sa fabrication.

Cette ambition est cependant confrontée à une difficulté majeure.

Le 29 juillet, soit seulement 24 heures après la présentation de la bande-annonce, Tomi Adeyemi a publiquement annoncé qu’elle se désolidarisait du film qu’elle avait pourtant contribué à écrire et dont elle était productrice exécutive.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, l’autrice affirme avoir quitté le tournage dans un état de détresse et décrit des problèmes persistants avec la chaîne de décision de la production.

Elle ne désigne publiquement aucune personne comme responsable et ne détaille pas l’incident à l’origine de cette rupture. Aucun élément indépendant n’a, à ce stade, permis d’établir précisément ce qui s’est passé sur le tournage.

La controverse ne semble toutefois pas être née avec la diffusion de la bande-annonce. Dès juillet, Adeyemi expliquait ne plus vouloir voir le film et demandait que son nom soit séparé du projet.

Un échange avec Amandla Stenberg, dont la présence dans le rôle de la princesse Amari avait suscité des débats sur le colorisme, témoigne également de tensions plus anciennes.

La controverse donne une dimension particulière à la sortie de « Children of Blood and Bone ».

Le projet devait en effet constituer une vitrine pour une nouvelle génération d’histoires africaines capables d’accéder aux budgets et aux réseaux de distribution des grands studios hollywoodiens.

La rupture avec l’autrice soulève donc une question sensible : lorsqu’un créateur africain cède les droits de son univers à un grand studio, jusqu’où peut aller son influence sur l’adaptation de son œuvre ?

Le sujet est d’autant plus important que Hollywood a longtemps privilégié des récits africains racontés depuis des perspectives extérieures au continent. « Children of Blood and Bone » devait précisément contribuer à changer cette dynamique.

Paramount n’a pas rendu public le budget du film. Les bases de données financières spécialisées ne fournissent pas non plus de chiffre officiel.

Il est donc impossible d’affirmer que « Children of Blood and Bone » est la fantasy africaine la plus coûteuse jamais produite. Les comparaisons avec « Black Panther », dont le budget était de 200 millions de dollars, doivent par conséquent être prises avec prudence.

La production présente néanmoins plusieurs caractéristiques coûteuses : un casting de premier plan, plusieurs lieux de tournage internationaux, des décors importants et une distribution IMAX.

Le choix du 15 janvier 2027 constitue également un élément à surveiller. Cette période est généralement moins porteuse que les grands créneaux estivaux ou les fêtes de fin d’année pour les blockbusters américains.

L’enjeu dépasse finalement les performances du premier week-end.

Avec « Children of Blood and Bone », Paramount teste la capacité d’une saga de fantasy africaine à devenir une franchise internationale. Si le public répond présent, le studio disposera d’un univers capable de s’étendre sur plusieurs films.

Mais l’absence de programmation officielle des deux suites montre que Paramount attendra probablement de connaître les résultats du premier volet avant de poursuivre.

Le contexte industriel du studio ajoute une autre incertitude. Paramount Skydance a engagé un projet de rachat de Warner Bros. Discovery, une opération d’une ampleur considérable qui pourrait modifier les priorités du groupe au moment où le film arrivera sur les écrans.

Pour les créateurs africains comme pour les studios, « Children of Blood and Bone » sera donc un test à plusieurs niveaux. Commercial d’abord, parce qu’il faudra démontrer qu’un univers de fantasy africain peut attirer un public mondial. Artistique ensuite, parce que son identité devra survivre au passage par la machine hollywoodienne. Et industriel enfin, parce que son éventuel succès pourrait ouvrir la voie à d’autres adaptations issues de la littérature africaine.

La bande-annonce a lancé la campagne marketing. Le véritable verdict interviendra en janvier 2027, lorsque le public décidera si l’univers de Tomi Adeyemi peut devenir le prochain grand monde fantastique du cinéma mondial ou alors, une fois encore, l′Afrique jouera les faire−valoir du cinema mondial comme ce fut le cas avec Tarzan, qui avait été tourné au Cameroun mais, qui n′avait pas été mentionné par la production au moment de la sortie du film.

Tchad ꓽ Infrastructures-Accélérer le commerce régional

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Tchad ꓽ infrastructures-Accélérer le commerce régional
. Un financement record de 127 millions de dollars accordé par Afreximbank doit soutenir des projets destinés à fluidifier les échanges et à renforcer l’intégration économique du pays avec ses voisins.

Enclavé au cœur de l’Afrique centrale, le Tchad mise sur les infrastructures commerciales pour réduire sa vulnérabilité aux revenus pétroliers. Un financement record de 127 millions de dollars accordé par Afreximbank doit soutenir des projets destinés à fluidifier les échanges et à renforcer l’intégration économique du pays avec ses voisins.

Le Tchad cherche un nouveau moteur de croissance. Longtemps dominée par les revenus pétroliers, l’économie du pays doit désormais composer avec la nécessité de diversifier ses activités et de renforcer ses échanges avec les marchés régionaux.

C’est dans cette perspective que le gouvernement tchadien vient de sécuriser auprès de la Banque africaine d’Import-Export (Afreximbank) une facilité équivalente à 110 millions d’euros en monnaie locale, soit environ 127 millions de dollars.

Annoncée le 10 août 2026, l’opération constitue le plus important financement jamais accordé au Tchad par l’institution panafricaine. Les ressources doivent notamment servir à financer des projets d’infrastructures et de développement du commerce inscrits au budget national.

Pour un pays sans accès direct à la mer, la qualité des infrastructures de transport et des équipements commerciaux constitue un enjeu économique majeur.

Le nouveau financement doit contribuer à améliorer les conditions nécessaires aux échanges, alors que N’Djamena cherche à accroître son intégration avec les économies voisines.

Les échanges intra-africains du Tchad ont atteint 312,5 milliards de francs CFA en 2025, soit environ 550 millions de dollars, selon l’Institut national de la statistique, des études économiques et démographiques (INSEED). Le Cameroun, le Nigeria et la Libye figurent parmi les principaux partenaires concernés.

Ces flux pourraient encore progresser si les infrastructures permettant de transporter les marchandises, de les stocker et de les commercialiser deviennent plus efficaces.

Pour le Tchad, l’enjeu est donc autant de produire davantage que de pouvoir acheminer sa production vers les marchés régionaux dans de meilleures conditions.

Afreximbank accompagne une stratégie de diversification

La facilité accordée par Afreximbank ne constitue pas une opération isolée. Elle découle du protocole d’accord signé entre l’institution et le gouvernement tchadien en juin 2025.

Ce cadre de coopération couvre plusieurs secteurs considérés comme prioritaires pour la transformation de l’économie tchadienne : développement du potentiel agropastoral, agriculture destinée à l’exportation, commerce de l’or, produits pétroliers raffinés et développement des capacités de raffinage.

L’objectif est ainsi de renforcer progressivement des secteurs susceptibles de générer des revenus en dehors du pétrole brut.

Le développement de l’agriculture et de l’élevage apparaît notamment stratégique pour un pays disposant d’un important potentiel agropastoral, mais dont les capacités de transformation et d’accès aux marchés restent encore limitées.

Le marché régional comme relais de croissance

Le renforcement des échanges avec les pays voisins constitue l’un des axes de cette nouvelle orientation.

La suppression annoncée des visas d’entrée pour les ressortissants africains à partir de 2027 pourrait également faciliter la circulation des personnes et, indirectement, soutenir les activités commerciales et économiques transfrontalières.

Cette volonté d’accroître l’intégration régionale s’inscrit dans une stratégie plus large portée par le plan « Tchad Connexion 2030 ».

Le gouvernement ambitionne de mobiliser jusqu’à 30 milliards de dollars afin de financer la transformation économique du pays, notamment dans le numérique, l’agriculture et l’industrialisation.

L’objectif affiché est particulièrement élevé : parvenir à une croissance réelle du PIB de 10 % à l’horizon 2030 et contribuer à sortir 2,5 millions de personnes de la pauvreté.

Le défi consiste désormais à transformer les financements mobilisés en infrastructures et en capacités économiques réellement opérationnelles.

L’amélioration des routes et des corridors commerciaux, le développement des activités agricoles et agroalimentaires, ainsi que le renforcement des capacités industrielles pourraient permettre au Tchad de mieux valoriser ses ressources et d’accroître ses exportations.

Mais cette transformation prendra du temps. À court terme, les perspectives restent plus prudentes. La Banque mondiale table sur une croissance de 5,2 % en 2026, alors que le pays poursuit ses réformes et ses efforts de diversification.

Le financement d’Afreximbank apporte néanmoins un signal important : pour réduire sa dépendance au pétrole, le Tchad ne mise pas uniquement sur de nouveaux secteurs de production. Il cherche aussi à construire les infrastructures qui permettront à ces secteurs d’accéder plus facilement aux marchés.

À terme, la réussite de cette stratégie dépendra donc moins du volume des financements mobilisés que de leur capacité à transformer le Tchad en un acteur commercial davantage connecté à son environnement régional. Un environnement de plus en plus concurrentiel dont la position continentale, sans acces direct à la mer, est un désavantage pour le pays.

Egypte ꓽ exportation du textile -Le canal de Suez, nouvelle plateforme

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Egypte ꓽ exportation du textile -Le canal de Suez, nouvelle plateforme
Avec l’arrivée de Jasan Group, l’Égypte franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement industriel. Le groupe chinois prépare un complexe textile de 117 millions de dollars dans la zone économique du canal de Suez

Avec l’arrivée de Jasan Group, l’Égypte franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de développement industriel. Le groupe chinois prépare un complexe textile de 117 millions de dollars dans la zone économique du canal de Suez, avec l’ambition de produire principalement pour les marchés étrangers et de créer 6 000 emplois.

L’Égypte cherche à changer d’échelle dans le textile. Alors que Le Caire veut accroître rapidement ses recettes d’exportation dans l’habillement, les investissements étrangers se multiplient dans les zones industrielles proches du canal de Suez.

Dernier projet en date : celui du chinois Jasan Group, qui prévoit d’injecter 117 millions de dollars dans un vaste complexe consacré à la filature, au tissage et à la confection dans la zone industrielle de Qantara Ouest, au sein de la Zone économique du canal de Suez (SCZONE).

La première pierre du site a déjà été posée, selon un communiqué publié le 10 août 2026 par l’autorité chargée de la zone.

Le futur site s’étendra sur 300 000 m² et sera construit en trois étapes. Sa particularité réside dans son caractère intégré : Jasan Group prévoit d’y regrouper plusieurs maillons de la chaîne de production textile.

Le complexe comprendra notamment des unités de filature et de tissage, des ateliers de confection de vêtements, dont des articles de sport, ainsi que des installations dédiées aux chaussettes, aux accessoires et à la teinture.

Pour l’Égypte, l’intérêt dépasse donc la seule création d’une nouvelle capacité de confection. Le projet doit contribuer à développer une chaîne industrielle plus complète sur le territoire, capable de transformer davantage de matières premières avant leur expédition vers les marchés internationaux.

À terme, environ 6 000 emplois directs devraient être créés.

90 % de la production destinée à l’étranger

L’orientation export constitue l’un des principaux atouts du projet.

Jasan Group prévoit de destiner environ 90 % de sa production aux marchés internationaux. Le complexe doit ainsi profiter de la position géographique de l’Égypte, située au carrefour de l’Afrique, du Moyen-Orient, de l’Europe et de l’Asie.

La proximité du canal de Suez représente également un avantage logistique pour une industrie comme le textile, dont la compétitivité dépend fortement de la capacité à acheminer rapidement les marchandises vers différents marchés.

Le projet de Qantara Ouest s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large visant à utiliser les zones industrielles égyptiennes comme plateformes de production tournées vers l’export.

L’arrivée de Jasan Group intervient dans un contexte de montée des investissements étrangers dans l’industrie textile égyptienne.

Les groupes chinois figurent parmi les investisseurs les plus actifs, mais les entreprises turques manifestent également un intérêt croissant pour le secteur. En avril 2026, la SCZONE avait annoncé un investissement de 8 millions de dollars porté par Dinamik Raus Tekstil et YILTEM Apparel pour développer une usine de confection à Qantara Ouest.

Cette concentration de projets autour du canal de Suez témoigne de la volonté de l’Égypte de constituer un véritable pôle industriel dédié au textile et à l’habillement.

Pour les investisseurs, le pays présente plusieurs avantages : une importante main-d’œuvre industrielle, une position géographique stratégique et un accès facilité à plusieurs marchés d’exportation.

Qantara Ouest cherche à devenir un pôle industriel régional

Derrière ces investissements se trouve un objectif beaucoup plus ambitieux : augmenter fortement le poids du textile dans les exportations nationales.

Le Conseil des exportations de vêtements vise 4,4 milliards de dollars d’exportations en 2026, principalement grâce au prêt-à-porter. À plus long terme, l’objectif fixé est de parvenir à 11,5 milliards de dollars par an à l’horizon 2030.

Une telle progression marquerait un changement d’échelle considérable. En 2024, les exportations du secteur étaient estimées à 2,8 milliards de dollars.

Pour atteindre cette cible, l’Égypte doit à la fois accroître ses capacités de production, attirer davantage de capitaux étrangers et améliorer l’intégration de sa chaîne de valeur textile.

Le projet de Jasan Group donne une nouvelle dimension à cette stratégie.

En accueillant un complexe couvrant plusieurs étapes de la production, la zone industrielle de Qantara Ouest cherche à se positionner comme un centre spécialisé capable d’attirer d’autres entreprises autour des mêmes chaînes de valeur.

L’enjeu est donc de créer un effet d’entraînement : davantage d’usines, plus de fournisseurs locaux, des capacités de transformation accrues et, à terme, une hausse des exportations.

Pour l’Égypte, le textile peut ainsi devenir bien plus qu’une industrie traditionnelle. Il constitue un levier pour attirer des investissements manufacturiers, créer des emplois et renforcer la présence du pays sur les marchés internationaux.

Avec son investissement de 117 millions de dollars, Jasan Group apporte une nouvelle pièce à cette stratégie. Le véritable défi sera désormais de transformer l’accumulation de projets étrangers en une filière textile égyptienne suffisamment intégrée et compétitive pour atteindre pour atteindre les objectifs nationaux et ainsi conquérir un plus vaste marché à la fois régional, continental et même planétaire.

Système financier mondial : Les BRICS proposent la connexion des monnaies nationales

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Système financier mondial : Les BRICS proposent la connexion des monnaies nationales
Système financier mondial : Les BRICS proposent la connexion des monnaies nationales

Plutôt que de créer une monnaie commune, les BRICS explorent une autre voie : connecter leurs infrastructures de paiement nationales. L’interopérabilité des systèmes de paiement rapides et des monnaies numériques de banque centrale pourrait permettre au bloc de faciliter les transactions en monnaies locales et de renforcer son autonomie financière.

Les BRICS pourraient franchir une nouvelle étape dans leur stratégie de diversification des paiements internationaux. Alors que les échanges entre économies émergentes restent largement dépendants d’infrastructures financières conçues autour de grandes monnaies internationales, le groupe étudie la possibilité de connecter ses propres systèmes de paiement.

L’idée a été confirmée le 11 août à Mumbai par Sanjay Malhotra, gouverneur de la Reserve Bank of India (RBI). Plusieurs pistes sont actuellement examinées, notamment l’interconnexion des systèmes de paiement rapides et celle des monnaies numériques de banque centrale, ou CBDC.

Le sujet pourrait prendre une place importante lors du sommet des BRICS que l’Inde doit accueillir en 2026. La RBI avait déjà proposé, en janvier, d’inscrire l’interconnexion des CBDC à l’agenda des discussions.

Le projet traduit une évolution dans l’approche du groupe. Depuis plusieurs années, les BRICS évoquent la nécessité de réduire leur exposition aux infrastructures et aux monnaies dominantes du système financier international. Mais la création d’une devise commune reste une perspective complexe et lointaine.

L’interconnexion des infrastructures nationales apparaît comme une option plus immédiatement envisageable.

Concrètement, des systèmes de paiement rapides pourraient être reliés afin de permettre aux utilisateurs de différents pays membres d’effectuer plus facilement des transactions transfrontalières. Les CBDC pourraient, de leur côté, ouvrir la voie à des règlements directs entre monnaies numériques émises par les banques centrales participantes.

L’objectif n’est donc pas de remplacer les monnaies nationales par une nouvelle devise, mais de permettre à celles-ci de circuler plus efficacement dans les échanges internationaux.

Le paiement transfrontalier au cœur de la stratégie

Pour les entreprises comme pour les particuliers, un paiement international reste généralement plus complexe qu’une transaction domestique. Il peut mobiliser plusieurs intermédiaires, entraîner des frais supplémentaires et nécessiter des conversions monétaires.

En reliant leurs infrastructures, les BRICS cherchent à réduire une partie de ces frictions.

Cette ambition rejoint les travaux déjà engagés autour de l’interopérabilité des paiements transfrontaliers et de l’utilisation des monnaies locales. Elle s’inscrit également dans les réflexions consacrées à BRICS Pay, une initiative destinée à faciliter les transactions entre les membres du groupe dans leurs propres devises.

La logique est ainsi celle d’un réseau de systèmes nationaux capables de communiquer entre eux plutôt que celle d’une infrastructure monétaire unique.

Pour l’Inde, cette évolution présente un intérêt particulier. La Reserve Bank of India cherche depuis plusieurs années à favoriser l’internationalisation de la roupie et à accroître son utilisation dans les échanges commerciaux et les paiements transfrontaliers.

L’interconnexion des systèmes de paiement pourrait fournir un nouvel outil pour atteindre cet objectif.

Cette stratégie rejoint les évolutions observées chez d’autres membres du groupe. La Russie et la Chine ont notamment accru le recours au rouble et au yuan dans leurs échanges bilatéraux. L’Inde cherche de son côté à développer l’utilisation de la roupie avec ses partenaires commerciaux.

L’enjeu dépasse donc la seule modernisation technique des paiements. Pour les BRICS, il s’agit aussi de créer les conditions permettant aux monnaies nationales de jouer un rôle plus important dans le commerce international.

Le principal obstacle reste toutefois technologique et réglementaire.

Les pays membres des BRICS disposent de systèmes financiers, de cadres juridiques et d’infrastructures numériques différents. Ils n’en sont pas non plus au même niveau dans le développement de leurs monnaies numériques de banque centrale.

Pour que des systèmes nationaux puissent communiquer, il faudra définir des standards communs, garantir la compatibilité des infrastructures et établir des règles précises concernant les transactions.

La sécurité constituera également un enjeu majeur. Des infrastructures de paiement interconnectées devront être capables de résister aux cyberattaques et de garantir la fiabilité des règlements entre plusieurs juridictions.

À ces questions s’ajoutent celles de la gouvernance, de la supervision et du partage des responsabilités entre banques centrales.

Une construction progressive plutôt qu’un bouleversement monétaire

Ces contraintes expliquent le caractère encore exploratoire du projet. Les BRICS n’ont annoncé ni architecture définitive ni calendrier précis pour une interconnexion opérationnelle de leurs systèmes.

La prudence concerne également l’idée régulièrement évoquée d’une monnaie commune. Les discussions actuelles portent avant tout sur la capacité à faire fonctionner ensemble des infrastructures existantes et à faciliter les règlements dans les monnaies nationales.

Cette approche pourrait néanmoins produire des effets importants si elle aboutit.

À court terme, une meilleure interopérabilité permettrait de rendre certains paiements transfrontaliers moins coûteux et plus rapides. À plus long terme, elle pourrait contribuer à accroître la part des monnaies locales dans les échanges entre les membres des BRICS et offrir au groupe un canal supplémentaire pour ses transactions internationales.

La véritable ambition du bloc pourrait ainsi être moins de créer une nouvelle monnaie que de construire progressivement un écosystème financier capable de fonctionner avec davantage d’autonomie. Dans l′immédiat, il ne s′agit pas de remplacer l′actuel système monétaire mondial mais de mettre en place une dualité qui, à terme, permettrait un équilibre entre les économies des puissances financières.

Congo ꓽ Agriculture -Transformer la production locale en moteur de souveraineté

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Congo ꓽ Agriculture -Transformer la production locale en moteur de souveraineté
Congo ꓽ Agriculture -Transformer la production locale en moteur de souveraineté

Ouverte le 5 août à Bambou-Mingali sous la présidence de Denis Sassou N’Guesso, la deuxième édition de la Grande Foire Agricole du Congo dépasse désormais le cadre d’un simple rendez-vous commercial. Avec plus de 650 exposants, des délégations étrangères et une forte présence de jeunes entrepreneurs, l’événement entend rapprocher producteurs et consommateurs et donner une nouvelle dimension à la bataille pour l’indépendance alimentaire du pays.

À Bambou-Mingali, l’agriculture congolaise veut montrer qu’elle peut nourrir le pays, créer des emplois et générer davantage de valeur.

Depuis le 5 août 2026, le Parc des Expositions accueille la deuxième édition de la Grande Foire Agricole du Congo (GFAC), organisée à une soixantaine de kilomètres de Brazzaville. Jusqu’au 20 août, producteurs, transformateurs, entrepreneurs, organisations professionnelles et visiteurs se retrouvent autour d’un même enjeu : faire de la production nationale un véritable levier de développement.

La cérémonie d’ouverture, présidée par le chef de l’État Denis Sassou N’Guesso, a donné le ton. Cette deuxième édition se veut plus importante, plus ouverte et plus ambitieuse que la première.

Dès la fin de la cérémonie inaugurale, plusieurs milliers de visiteurs ont investi les différents espaces du site. Dans les pavillons, l’objectif est autant de vendre que de faire connaître la diversité des productions issues des différents territoires du Congo.

Bananes plantains, manioc, foufou, haricots, soja, céréales, volailles, poissons d’élevage ou encore produits transformés figurent parmi les produits présentés au public.

La présence de groupements de femmes illustre également le rôle croissant des activités agricoles et agroalimentaires dans l’autonomisation économique des communautés rurales.

Certains produits affichent par ailleurs des prix particulièrement accessibles. Des tomates et des aubergines sont notamment proposées autour de 250 francs CFA, donnant à la manifestation une dimension commerciale très concrète.

Pour les organisateurs, l’enjeu est donc de créer un espace où le producteur peut rencontrer directement le consommateur, tester ses produits et identifier de nouveaux débouchés.

« L’indépendance alimentaire » au cœur du message présidentiel

La deuxième édition de la GFAC est placée sous le thème « Nourrir la Nation pour honorer la Patrie ».

Lors de l’ouverture, Denis Sassou N’Guesso a inscrit la manifestation dans une ambition plus large : celle de renforcer progressivement l’autonomie alimentaire du Congo.

« Un peuple qui ne produit pas ce qu’il consomme n’est pas un peuple libre. »

Le chef de l’État a également établi un parallèle entre la célébration de l’indépendance nationale et la recherche d’une plus grande indépendance alimentaire.

Cette orientation donne à la foire une portée qui dépasse la promotion des produits agricoles. Elle pose la question de la capacité du Congo à développer une production suffisamment importante, régulière et compétitive pour réduire sa dépendance aux importations.

L’agriculture devient ainsi une question économique, mais aussi stratégique.

L’édition 2026 rassemble plus de 650 exposants venus des quinze départements du Congo.

Répartis dans 16 pavillons et cinq pôles thématiques, ils présentent une agriculture qui ne se limite pas aux cultures vivrières traditionnelles.

L’élevage, la pisciculture, la transformation agroalimentaire et différentes initiatives entrepreneuriales occupent également une place importante.

Cette diversité permet de mettre en évidence un potentiel encore largement sous-exploité : celui de créer des chaînes de valeur complètes à partir des productions locales.

Produire du manioc, par exemple, constitue une première étape. Le transformer en farine, en produits alimentaires conditionnés ou en autres dérivés permet de créer davantage de valeur, de développer des emplois et de rapprocher l’agriculture de l’industrie.

C’est précisément sur cette articulation entre production, transformation et commercialisation que se jouera une partie de l’avenir agricole du Congo.

Une ouverture qui dépasse les frontières du Congo

La deuxième édition affiche également une ambition internationale.

Après la cérémonie officielle, Denis Sassou N’Guesso a parcouru les différents pavillons en compagnie notamment des ministres de l’Agriculture du Mali et du Sénégal ainsi que d’une délégation chinoise.

Cette présence étrangère témoigne de la volonté d’inscrire la foire dans un réseau plus large d’échanges agricoles.

L’objectif peut être multiple : partager des expériences, présenter des technologies, développer des partenariats et attirer des investissements susceptibles d’accompagner la modernisation du secteur.

Pour le Congo, l’enjeu consiste désormais à transformer les rencontres ponctuelles en partenariats capables de déboucher sur des projets concrets : mécanisation, irrigation, stockage, transformation, formation ou accès aux marchés.

Autre particularité de cette édition : la place accordée aux jeunes.

De nombreux entrepreneurs présentent leurs initiatives et leurs projets dans les différents espaces de la foire. Cette présence traduit une évolution importante de l’image de l’agriculture, longtemps associée principalement au travail rural traditionnel.

L’agriculture peut également devenir un secteur entrepreneurial.

Production, élevage, pisciculture, transformation, distribution, numérique agricole ou logistique constituent autant de possibilités pour une nouvelle génération qui cherche à créer des activités économiques sur le territoire national.

La GFAC prévoit également des séminaires et des ateliers réunissant producteurs, experts et visiteurs.

L’objectif est de faire de la manifestation un espace d’apprentissage autant qu’un lieu d’exposition.

La question des compétences est en effet indissociable de celle de la souveraineté alimentaire.

Disposer de terres et de ressources naturelles ne suffit pas. Il faut également maîtriser les techniques de production, améliorer les rendements, limiter les pertes après récolte et savoir transformer les produits.

Les échanges organisés pendant la foire peuvent contribuer à diffuser ces connaissances et à rapprocher les producteurs des professionnels capables de les accompagner.

La formation apparaît ainsi comme l’un des leviers permettant de passer d’une agriculture essentiellement destinée à la subsistance à une agriculture davantage intégrée aux circuits économiques.

La fréquentation de Bambou-Mingali et la diversité des produits exposés témoignent d’un potentiel réel.

Mais le succès d’une foire agricole ne se mesure pas uniquement au nombre de visiteurs ou d’exposants. Il se mesure surtout à ce qu’elle permet de construire après sa fermeture.

Pour le Congo, le défi sera donc de transformer cette vitrine en dynamique durable : davantage de production, des infrastructures adaptées, des mécanismes de financement accessibles, des capacités de stockage et de transformation renforcées et des débouchés commerciaux suffisamment solides.

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit dans les champs, les fermes, les étangs piscicoles, les unités de transformation et les marchés.

À Bambou-Mingali, la deuxième Grande Foire Agricole du Congo veut précisément faire de cette ambition une réalité visible.

De la terre au marché, le pari est désormais de faire de l’agriculture congolaise non plus seulement un secteur à développer, mais l’un des moteurs de l’économie nationale.

Afrique du Sud : Le rand contre la blockchain l’État reprend le contrôle des capitaux

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Afrique du Sud : le rand contre la blockchain L’État reprend le contrôle des capitaux
Afrique du Sud : le rand contre la blockchain L’État reprend le contrôle des capitaux

Pretoria veut empêcher que les cryptomonnaies deviennent une porte dérobée pour faire sortir des capitaux du pays. Un nouveau projet du Trésor national et de la Banque de réserve sud-africaine cherche à soumettre certains transferts de cryptoactifs vers l’étranger aux mêmes règles que les mouvements traditionnels de devises. Une réforme qui pose une question plus large : jusqu’où un État peut-il contrôler de l’argent qui circule sur une infrastructure conçue précisément pour fonctionner sans frontières ?

Pendant des décennies, l’Afrique du Sud a organisé ses flux de capitaux autour d’un principe simple : l’argent qui sort du pays doit pouvoir être identifié et contrôlé.

Les cryptomonnaies viennent compliquer cette équation.

Un bitcoin ou un autre cryptoactif peut être acheté en rands auprès d’un opérateur local, puis transféré en quelques secondes vers une plateforme située à l’autre bout du monde ou vers un portefeuille privé. Aucun billet ne franchit physiquement une frontière. Aucun virement bancaire international classique n’est nécessaire.

Pour les autorités sud-africaines, cette réalité crée une zone grise.

Le Trésor national et la South African Reserve Bank (SARB) veulent désormais la réduire.

Le projet publié le 3 août cherche à définir précisément le moment où une opération sur cryptoactifs devient un transfert transfrontalier.

Cette distinction est essentielle.

Acheter ou vendre des cryptomonnaies en rands auprès d’un prestataire installé en Afrique du Sud ne déclencherait pas, en principe, les nouvelles obligations déclaratives.

La situation change lorsque les cryptoactifs quittent l’écosystème local.

S’ils sont transférés vers une plateforme étrangère ou vers un portefeuille privé contrôlé directement par leur propriétaire, l’opération serait considérée comme transfrontalière.

Elle devrait alors passer par un prestataire autorisé et être signalée au département chargé de la surveillance financière de la banque centrale.

L’Afrique du Sud cherche donc moins à interdire les cryptomonnaies qu’à faire entrer leurs mouvements internationaux dans le radar des autorités.

Pourquoi Pretoria veut fermer cette brèche

Le pays possède depuis longtemps un régime de contrôle des changes.

Les résidents sont soumis à des limites et à des procédures concernant certains transferts de capitaux vers l’étranger. Les opérations passent généralement par des intermédiaires financiers autorisés qui permettent aux autorités de suivre les mouvements de fonds.

Ce système vise notamment à protéger les réserves en devises et à limiter certaines sorties de capitaux.

Or, une blockchain fonctionne selon une logique complètement différente.

Elle permet de déplacer un actif numérique sans passer nécessairement par le système bancaire traditionnel.

C’est précisément cette différence qui inquiète les régulateurs.

Si les règles s’appliquent aux rands mais pas aux cryptoactifs achetés avec ces mêmes rands, les capitaux peuvent potentiellement passer d’un système à l’autre pour contourner les contrôles.

La réforme vise donc à rétablir une forme de symétrie réglementaire.

Le projet prévoit, dans un premier temps, une possibilité de transfert international pour les particuliers.

Mais celle-ci resterait soumise aux limites annuelles applicables aux mouvements de devises.

Les entreprises, elles, ne seraient pas encore autorisées à effectuer ce type d’opérations dans le cadre prévu par le projet.

Ce choix traduit une approche progressive.

Les autorités cherchent d’abord à définir les règles applicables aux individus avant d’élargir éventuellement le dispositif à l’ensemble des acteurs économiques.

Pour les utilisateurs de cryptomonnaies, la conséquence pourrait être importante : le fait de posséder des cryptoactifs ne suffirait plus à les soustraire aux règles applicables aux capitaux qui franchissent les frontières.

L’Afrique du Sud ne découvre pas les cryptomonnaies

La réforme intervient dans un marché déjà structuré.

L’Afrique du Sud dispose d’un écosystème important de prestataires de services sur cryptoactifs, tandis que les grandes banques du pays s’intéressent progressivement aux usages institutionnels de ces actifs.

Le pays ne cherche donc pas à empêcher l’émergence d’une industrie crypto.

Il tente plutôt de l’intégrer dans son architecture financière existante.

Cette nuance est importante.

Le projet intervient parallèlement à une réforme plus large du régime des mouvements de capitaux, destinée notamment à rendre le cadre sud-africain plus attractif pour les investisseurs internationaux.

Pretoria cherche ainsi à trouver un équilibre entre deux objectifs qui peuvent sembler contradictoires : faciliter les investissements tout en conservant la capacité de surveiller les sorties de capitaux.

C’est ici que la technologie met les régulateurs face à leur principale difficulté.

Une plateforme d’échange est une entreprise. Elle possède une adresse, une structure juridique, des systèmes informatiques et des obligations réglementaires.

Un portefeuille privé, lui, est différent.

Il peut être contrôlé directement par un particulier sans qu’une banque ou une entreprise conserve les fonds pour son compte.

Il n’a pas nécessairement de siège social.

Il n’a pas non plus de frontière géographique identifiable.

Un utilisateur peut envoyer des cryptoactifs vers une adresse blockchain sans que la blockchain indique spontanément à quel pays appartient cette adresse.

Le projet sud-africain inclut pourtant ces portefeuilles dans son périmètre déclaratif.

Mais déclarer un transfert et être capable de vérifier sa destination réelle sont deux choses différentes.

Les autorités devront donc s’appuyer sur les prestataires réglementés, les déclarations des utilisateurs et les outils d’analyse de blockchain pour identifier les mouvements susceptibles de poser problème.

Le débat sud-africain révèle ainsi un problème auquel de nombreux États seront confrontés.

Dans le système financier traditionnel, la frontière est relativement facile à matérialiser : un virement part d’une banque située dans un pays et arrive dans une banque située dans un autre.

Avec les cryptoactifs, le mouvement peut s’effectuer directement entre deux adresses numériques.

La question n’est plus seulement :

« Où va l’argent ? »

Elle devient :

« À quel moment considère-t-on qu’un actif numérique a quitté le territoire économique d’un pays ? »

C’est cette question que Pretoria tente désormais de trancher.

Le projet ne transforme pas les cryptomonnaies en monnaie officielle.

La Banque de réserve rappelle d’ailleurs que le texte ne leur accorde aucun statut de monnaie ayant cours légal.

Il ne constitue pas non plus, à ce stade, une classification définitive des différents types d’actifs numériques.

Mais il produit un changement conceptuel important.

La blockchain peut rester décentralisée ; les utilisateurs, eux, restent soumis aux lois du pays où ils résident.

C’est probablement le cœur de la nouvelle approche sud-africaine.

L’État ne cherche pas à contrôler chaque transaction inscrite sur une blockchain mondiale.

Il cherche à contrôler les points d’entrée et de sortie du système financier national.

Ce débat ne concerne pas uniquement Pretoria.

À mesure que les cryptoactifs deviennent plus accessibles et que les banques traditionnelles développent leurs propres services numériques, les États doivent répondre à une question fondamentale : comment maintenir les règles de circulation des capitaux lorsque les actifs peuvent se déplacer en dehors des infrastructures financières classiques ?

L’Afrique du Sud pourrait ainsi servir de laboratoire réglementaire.

Son approche consiste à ne pas interdire les flux de cryptomonnaies, mais à les rapprocher progressivement des obligations qui s’appliquent déjà aux capitaux traditionnels.

Le succès du dispositif dépendra toutefois d’un élément difficile à garantir : la capacité des autorités à suivre des actifs qui peuvent être transférés directement entre utilisateurs, sans intermédiaire central.

Le texte est encore au stade de projet. Les autorités sud-africaines attendent les commentaires du public jusqu’au 30 septembre.

Mais le signal politique est déjà clair.

Pretoria considère désormais que les cryptoactifs ne peuvent pas constituer une exception permanente aux règles qui encadrent les mouvements de capitaux.

La blockchain peut supprimer certains intermédiaires.

Elle ne supprime pas la souveraineté des États.

C’est précisément sur cette ligne de confrontation que se jouera la prochaine étape de la régulation financière.

En Afrique du Sud, le véritable enjeu n’est donc pas de savoir si les cryptomonnaies peuvent franchir les frontières. Elles le peuvent déjà. La question est désormais de savoir si l’État peut continuer à savoir quand, comment et dans quelle mesure elles les franchissent.

Afrique – Agriculture, Huile de palmeꓽ Malédiction ou miracle ?

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Afrique – agriculture, Huile de palmeꓽ malédiction ou miracle ?
Afrique – agriculture, Huile de palmeꓽ malédiction ou miracle ?

Longtemps présentée comme l’un des symboles de la déforestation et de la malbouffe, l’huile de palme mérite une lecture moins simpliste. Son rendement agricole exceptionnel, son importance dans l’industrie alimentaire et son origine africaine en font surtout une matière première stratégique. Entre influence des lobbies, controverses scientifiques, dépendance commerciale et faiblesse de la transformation locale, la véritable question est peut-être moins « faut-il bannir l’huile de palme ? » que « qui contrôle la valeur créée par le palmier à huile ? »

L’huile de palme est devenue un produit presque maudit dans une partie de l’opinion publique occidentale. Sur les emballages, la mention « sans huile de palme » est devenue un argument marketing. Dans les campagnes environnementales, le palmier est souvent associé à la destruction des forêts tropicales. Dans le débat nutritionnel, l’huile est régulièrement rangée parmi les matières grasses à limiter.

Mais cette histoire comporte une importante zone grise : l’huile de palme n’est ni le poison absolu décrit par certains discours, ni le produit miraculeux que ses défenseurs voudraient parfois présenter.

La réalité est plus intéressante. Et elle touche directement à une question stratégique pour l’Afrique : pourquoi un continent qui possède l’une des principales ressources agricoles tropicales du monde continue-t-il à exporter des matières premières et à importer une partie importante des produits transformés ?

Une histoire africaine devenue une industrie asiatique

Le palmier à huile, Elaeis guineensis, est originaire d’Afrique de l’Ouest. Il y est cultivé depuis des siècles, bien avant l’industrialisation massive de la filière en Asie du Sud-Est.

L’Indonésie et la Malaisie sont aujourd’hui les géants mondiaux du secteur. Cette domination n’est pas le résultat d’un avantage biologique particulier : elle repose sur des décennies d’investissements dans les plantations, les infrastructures, la transformation industrielle, la logistique et l’exportation.

Le paradoxe est donc saisissant : une plante originaire d’Afrique est devenue l’un des piliers d’une industrie mondiale largement contrôlée depuis l’Asie.

Pour les pays africains producteurs, le véritable enjeu n’est pas seulement de planter davantage de palmiers. Il est de construire toute la chaîne de valeur : pépinières, plantations, huileries, raffinage, fractionnement, savonnerie, cosmétique, agroalimentaire, emballage et exportation de produits finis.

C’est là que se trouve une grande partie de la bataille.

La première leçon : la science alimentaire n’échappe pas aux intérêts économiques

L’histoire récente de la nutrition montre qu’il faut se méfier des certitudes construites autour de l’alimentation.

Un épisode est particulièrement documenté : dans les années 1960, la Sugar Research Foundation a financé des travaux scientifiques qui ont contribué à minimiser le rôle du sucre dans les maladies cardiovasculaires tout en mettant davantage l’accent sur les graisses et le cholestérol. Une analyse publiée dans JAMA Internal Medicine a notamment montré comment cette influence de l’industrie avait pesé sur le débat scientifique de l’époque

Cette affaire ne prouve pas que toutes les critiques formulées contre l’huile de palme sont fabriquées par des lobbies. Elle montre quelque chose de plus important : les débats alimentaires peuvent être influencés par les intérêts industriels et commerciaux.

Il serait donc aussi excessif de transformer l’huile de palme en victime d’un complot occidental que de considérer toutes les critiques à son encontre comme de simples campagnes de propagande.

La bonne question est : quelles affirmations sont réellement démontrées ?

La concurrence entre huiles végétales fournit un autre exemple intéressant.

Dans les années 1980, l’American Soybean Association a effectivement mené aux États-Unis une campagne dite de « truth-in-labeling » visant notamment les matières grasses tropicales et cherchant à favoriser l’utilisation de l’huile de soja. L’organisation reconnaît elle-même que cette campagne faisait partie d’une stratégie visant à accroître le marché du soja et de ses produits.

Ce constat permet de comprendre une réalité fondamentale du commerce agricole : une campagne sur la santé ou l’environnement peut également avoir des conséquences commerciales.

Cela ne signifie pas que les problèmes environnementaux liés au palmier sont imaginaires. Ils sont réels. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) considère notamment que l’expansion du palmier à huile peut constituer une menace importante pour la biodiversité lorsqu’elle entraîne la conversion de forêts ou d’autres écosystèmes naturels.

Mais il faut alors poser la même question pour toutes les cultures oléagineuses.

Sur ce terrain, les chiffres sont particulièrement instructifs.

Le palmier à huile produit beaucoup plus d’huile par hectare que les principales cultures concurrentes. Les données compilées à partir des statistiques de la FAO montrent que le rendement en huile du palmier est nettement supérieur à celui du colza, du tournesol ou du soja. Our World in Data estime ainsi qu’un hectare consacré au palmier produit environ 2,9 tonnes d’huile, contre environ 0,7 tonne pour le tournesol ou le colza.

Cette différence change complètement la question écologique.

Remplacer une culture par une autre ne signifie pas supprimer son impact environnemental : cela peut simplement déplacer l’utilisation des terres.

Pour produire une même quantité d’huile, les cultures moins productives à l’hectare nécessitent davantage de surfaces. C’est précisément pourquoi l’UICN estime que remplacer purement et simplement l’huile de palme par d’autres huiles n’est pas, à lui seul, une solution environnementale.

Mais cette réalité ne constitue pas non plus un permis de déforester.

Le véritable enjeu est double : produire davantage sur les surfaces déjà agricoles et empêcher l’expansion des plantations dans les écosystèmes naturels.

Autrement dit, le problème n’est pas seulement le palmier. C’est la manière dont on le cultive.

Sur le terrain nutritionnel, la prudence est également nécessaire.

L’huile de palme contient une proportion importante d’acides gras saturés. L’Organisation mondiale de la santé recommande de limiter la consommation d’acides gras saturés, en citant notamment l’huile de palme parmi leurs sources alimentaires.

Mais cela ne permet pas de conclure que toute consommation d’huile de palme serait dangereuse.

L’OMS a d’ailleurs engagé un travail spécifique pour examiner les données scientifiques concernant les huiles tropicales, dont l’huile de palme, ce qui montre que la question mérite une analyse comparative plutôt que des slogans.

Il existe également une différence importante entre l’huile de palme raffinée et l’huile de palme rouge traditionnelle. Cette dernière est particulièrement riche en provitamine A, même si les procédés de transformation peuvent réduire cette teneur.

La conclusion est simple : il faut comparer les huiles sur leur composition, leurs usages, les quantités consommées et le régime alimentaire global, plutôt que transformer une matière grasse en symbole absolu du bien ou du mal.

La guerre en Ukraine a offert un exemple spectaculaire de la fragilité des chaînes d’approvisionnement alimentaires.

La Russie et l’Ukraine occupaient une place majeure sur le marché mondial du tournesol. Le conflit a provoqué de fortes perturbations de l’offre et des difficultés pour les industriels qui utilisaient cette huile. Certains fabricants et distributeurs ont alors dû se tourner vers d’autres huiles végétales.

Cette crise a rappelé une règle fondamentale du commerce international : quand une matière première devient soudainement indisponible, les grandes déclarations marketing passent au second plan.

Les industriels cherchent d’abord une solution techniquement disponible, économiquement viable et compatible avec leurs contraintes de production.

Cela ne signifie pas que l’Europe serait soudainement devenue « amoureuse » de l’huile de palme. Mais cela démontre que les chaînes agroalimentaires mondiales ne fonctionnent pas uniquement selon des considérations idéologiques. Elles dépendent de la disponibilité, des prix, des infrastructures et des rapports de force.

C’est ici que le débat devient beaucoup plus intéressant.

L’Afrique dispose d’un avantage naturel considérable avec le palmier à huile. Mais produire des régimes de fruits ne suffit pas à créer une industrie puissante.

La valeur ajoutée se trouve aussi après la récolte.

Une tonne de matière première peut alimenter une chaîne industrielle comprenant l’huile brute, l’huile raffinée, les fractions oléiques et stéariques, les margarines, les savons, les détergents, les produits cosmétiques, certains ingrédients alimentaires et différents produits chimiques.

Celui qui maîtrise cette chaîne capte beaucoup plus de valeur que celui qui vend uniquement le fruit ou l’huile brute.

C’est pourquoi la priorité africaine devrait être moins de savoir s’il faut « défendre » ou « condamner » l’huile de palme que de construire une filière compétitive, traçable et durable.

Le défi est immense.

L’expansion incontrôlée des plantations peut provoquer la déforestation, réduire la biodiversité et créer des conflits fonciers. L’UICN souligne précisément que les méthodes de production et le choix des terres sont déterminants dans l’impact environnemental des cultures oléagineuses.

L’Afrique n’a donc aucun intérêt à choisir entre deux caricatures :

« Le palmier est mauvais, il faut l’abandonner » ou « Le palmier est parfait, il faut planter partout. »

La stratégie intelligente se situe entre les deux.

Elle consiste à améliorer les rendements des exploitations existantes, replanter les vergers vieillissants, protéger les forêts, sécuriser le foncier, développer la traçabilité et investir dans la transformation locale.

Cette approche permettrait de transformer une ressource agricole en véritable politique industrielle.

Le palmier à huile raconte finalement une histoire beaucoup plus vaste que celle d’une simple huile alimentaire.

Il raconte la manière dont une matière première peut être transformée en enjeu de santé publique, en symbole écologique, en produit marketing et en instrument de puissance économique.

Il raconte aussi un paradoxe africain : posséder une ressource ne signifie pas forcément contrôler sa valeur.

L’enjeu pour l’Afrique n’est donc pas de démontrer que l’Occident « ment » sur l’huile de palme. Ce serait trop simple et, surtout, impossible à soutenir sérieusement dans tous les cas.

L’enjeu est beaucoup plus ambitieux : être capable de produire ses propres données, de fixer ses propres standards, de protéger ses écosystèmes et de transformer localement ses ressources.

À cette condition seulement, l’huile de palme pourra cesser d’être une simple matière première exportée pour devenir un véritable levier de souveraineté alimentaire, industrielle et commerciale.

Le palmier à huile est africain par ses origines. La question désormais est de savoir si l’Afrique saura aussi devenir un acteur majeur de la valeur qu’il génère.

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