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Nigeria ꓽ secteur énergétique   La demande de gaz étrangle l’électricité

La production électrique nigériane plafonne autour de 4 300 MW, loin des besoins réels du pays. Derrière ce déficit se cache un problème structurel : un approvisionnement en gaz domestique insuffisant pour alimenter les centrales thermiques. Entre retards d’investissements, files d’attente sur les gazoducs et mesures financières encore lentes à porter leurs fruits, millions d’habitants voient leurs heures d’électricité réduites — et l’économie, freinée.


Le Nigeria, première économie d’Afrique de l’Ouest, fait face à une crise énergétique moins médiatisée que d’autres catastrophes mais tout aussi paralysante : la disponibilité limitée du gaz naturel domestique plombe la production d’électricité. Le Nigerian Independent System Operator (NISO) a indiqué fin février que la production moyenne disponible dans le pays tournait autour de 4 300 MW, un niveau largement insuffisant pour satisfaire la demande nationale.

La quasi‑totalité du parc de production électrique nigérian repose sur des centrales thermiques à gaz. Pour fonctionner à plein régime, ces installations auraient besoin d’environ 1 629,75 millions de pieds cubes standard (MMSCFD) par jour. Mais les livraisons réelles observées au 23 février 2026 se situaient à environ 692 MMSCFD — moins de 43 % des besoins. Le résultat : diminution des quantités d’énergie dispatchées vers les distributeurs et multiplication des coupures planifiées pour préserver la stabilité du réseau.

Conséquences sociales et économiques

La réduction de la fourniture électrique touche à la fois les foyers et l’industrie : entreprises manufacturières contraintes d’arrêter des lignes de production, petites entreprises utilisant des générateurs coûteux, hôpitaux et écoles obligés d’adapter leurs activités. Les délestages répétitifs pèsent sur la compétitivité, augmentent les coûts de production et entretiennent l’incertitude pour les investisseurs.

Face à l’urgence, l’État a lancé des actions pour tenter de résorber les arriérés dus aux producteurs d’électricité. Fin janvier, le gouvernement fédéral a annoncé une première émission d’obligations d’un montant de 501 milliards de nairas (environ 368,5 millions USD) dans le cadre du Presidential Power Sector Debt Reduction Programme, visant à solder les dettes accumulées entre 2015 et 2025. Si cette injection devrait améliorer la confiance des producteurs, ses effets techniques sur l’approvisionnement en gaz et la production électrique ne seront pas instantanés.

Sur le plan des infrastructures, le projet du gazoduc Ajaokuta–Kaduna–Kano (AKK) — 614 km, coût estimé à 2,8 milliards USD — est présenté comme une solution à moyen terme pour acheminer le gaz du sud vers le centre et le nord du pays. Sa mise en service, prévue pour juillet 2026, pourrait alléger les contraintes d’acheminement vers certaines régions, mais n’efface pas les défis opérationnels et réglementaires encore présents.

Le paradoxe nigérian est criant : malgré des réserves prouvées évaluées à plus de 209 000 milliards de pieds cubes, l’approvisionnement domestique demeure insuffisant. Les causes sont multiples : priorités d’exportation, contraintes techniques sur les infrastructures de traitement et de transport, pertes commerciales et facteurs institutionnels qui limitent la capacité des producteurs à convertir les réserves en volume effectivement injecté sur le réseau national.

A court ou moyen terme, il y a lieu d′optimiser la chaîne d’acheminement en modernisant les usines de traitement et réduire les goulots d’étranglement sur les gazoducs ; d’accélérer les paiements aux producteurs en garantissant des flux de trésorerie afin que les opérateurs maintiennent et augmentent la production ; de diversifier le mix en développant les renouvelables (solaire, hydraulique) et le stockage pour réduire la dépendance au gaz ; et enfin de favoriser la gouvernance et les réformes réglementaires en améliorant la coordination entre acteurs publics et privés et rendre les tarifs plus transparents pour encourager les investissements.

En définitive,la baisse de la production électrique nigériane à environ 4 300 MW n’est pas seulement un chiffre : elle illustre un déséquilibre entre des ressources gazières abondantes et une capacité limitée à les transformer en électricité disponible pour la population et l’économie. Les solutions existent, mais exigent des choix politiques, des investissements rapides et une meilleure gestion opérationnelle pour que le Nigeria transforme son potentiel gazier en énergie fiable et abordable.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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