Le Cameroun cherche à renforcer son autonomie dans la mobilisation des ressources destinées à la lutte contre le changement climatique. En engageant une procédure d’accréditation auprès du Fonds vert pour le climat, la Caisse autonome d’amortissement (CAA) ambitionne de devenir l’institution nationale habilitée à recevoir et gérer directement les financements internationaux consacrés aux projets climatiques.
Jusqu’ici connue pour son rôle dans la gestion de la dette publique et des financements de l’État, la Caisse autonome d’amortissement (CAA) souhaite élargir son champ d’action. L’établissement public a lancé un processus destiné à obtenir son accréditation auprès du Fonds vert pour le climat (FVC), l’un des principaux mécanismes internationaux de financement des politiques climatiques.
Cette reconnaissance permettrait à la CAA de mobiliser directement des ressources internationales pour financer des projets liés à l’adaptation aux changements climatiques et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
L’établissement pourrait ainsi intervenir à toutes les étapes des projets, depuis leur conception jusqu’à leur mise en œuvre et leur suivi.
Vers une gestion nationale des financements climatiques
L’enjeu dépasse largement le cadre institutionnel.
Aujourd’hui, une partie importante des financements climatiques transitent par des organismes internationaux déjà accrédités auprès du Fonds vert. En obtenant son propre statut d’entité accréditée, le Cameroun disposerait d’un instrument national capable de dialoguer directement avec le Fonds et de gérer les ressources sans passer systématiquement par des intermédiaires.
Cette évolution offrirait une plus grande maîtrise des priorités nationales, tout en renforçant la capacité du pays à structurer des projets répondant aux besoins des collectivités, des administrations et du secteur privé.
Les financements pourraient notamment soutenir des initiatives dans les domaines de l’agriculture résiliente, des énergies renouvelables, de la gestion durable des ressources en eau, des infrastructures climato-résilientes ou encore de la prévention des catastrophes naturelles.
Avant de prétendre à cette accréditation, la CAA doit cependant satisfaire aux standards internationaux imposés par le Fonds vert pour le climat.
L’établissement a ainsi engagé le recrutement de consultants chargés d’élaborer un ensemble de politiques et de procédures destinées à renforcer sa gouvernance.
L’objectif est de démontrer que l’institution dispose des garanties nécessaires en matière de transparence, de gestion financière, de contrôle interne, de passation des marchés, de gestion des risques ainsi que de protection des populations concernées par les projets financés.
Quatre domaines prioritaires
Le programme de mise en conformité repose sur quatre grands axes.
Le premier vise la création d’un dispositif complet de gestion environnementale et sociale, comprenant une stratégie climat, des outils d’évaluation des risques ainsi que des engagements spécifiques en faveur des peuples autochtones.
Le deuxième porte sur l’adoption d’une politique institutionnelle intégrant les questions de genre et les mécanismes de prévention contre l’exploitation, les abus et le harcèlement sexuels.
Le troisième concerne le renforcement de l’intégrité institutionnelle avec la mise en place de procédures de traitement des plaintes, de mécanismes de protection des lanceurs d’alerte et de dispositifs adaptés aux réclamations sensibles, notamment celles liées aux violences basées sur le genre.
Enfin, un cabinet juridique indépendant devra confirmer que la CAA possède toutes les capacités légales pour recevoir, administrer et gérer directement des financements internationaux conformément aux exigences du Fonds vert.
Les différentes missions de mise en conformité devront être réalisées dans un délai maximal de 90 jours, à l’exception de l’avis juridique attendu sous deux semaines.
Les consultants recherchés devront justifier d’une expérience reconnue dans la conception de politiques institutionnelles conformes aux standards du Fonds vert pour le climat, mais aussi de la Banque mondiale, de la Société financière internationale et d’autres bailleurs internationaux.
Cette étape constitue un préalable à l’évaluation officielle qui sera conduite par le Fonds vert avant toute décision d’accréditation.
Si le processus aboutit, la CAA deviendra un acteur central du financement climatique au Cameroun.
L’institution pourra accompagner les administrations publiques, les collectivités territoriales et d’autres porteurs de projets dans la préparation de dossiers conformes aux exigences internationales et assurer leur gestion financière jusqu’à leur achèvement.
Au-delà de l’accès aux ressources, cette évolution renforcerait les capacités nationales en matière de gouvernance climatique et contribuerait à accélérer la mise en œuvre des investissements nécessaires face aux effets du changement climatique.
Dans un contexte où les besoins de financement des politiques environnementales augmentent, l’accréditation de la CAA représenterait une avancée stratégique pour permettre au Cameroun de mobiliser davantage de ressources internationales tout en renforçant sa souveraineté dans la conduite de ses projets de développement durable.




