Avec une distribution internationale, un tournage mené entre l’Afrique et les Canaries et une bande originale portée par Tems, Paramount veut transformer le succès littéraire de Tomi Adeyemi en franchise mondiale. Mais à quelques mois de la sortie, le projet est fragilisé par la rupture publique entre le studio et l’autrice de la saga.
Hollywood s’apprête à tester la capacité d’un univers de fantasy profondément inspiré des cultures africaines à devenir un blockbuster mondial. Paramount Pictures a dévoilé le 28 juillet la première bande-annonce de « Children of Blood and Bone », adaptation du roman à succès de l’écrivaine nigériano-américaine Tomi Adeyemi.
Réalisé par Gina Prince-Bythewood, le long-métrage doit arriver dans les salles le 15 janvier 2027. Paramount mise sur une sortie internationale et notamment sur l’IMAX pour donner à cette adaptation une dimension comparable aux grandes franchises fantastiques américaines.
Mais derrière cette ambition commerciale se joue une question plus large : comment Hollywood transforme-t-il les univers créés par des auteurs africains en grandes productions internationales, tout en conservant leur identité et en donnant aux créateurs une place réelle dans les décisions artistiques ?
Un univers africain conçu pour devenir une franchise
Publié en 2018, « Children of Blood and Bone » est le premier volume de la trilogie « Legacy of Orïsha ». Le roman s’est vendu à près de trois millions d’exemplaires et a passé 175 semaines cumulées dans le classement du New York Times.
Le potentiel commercial de l’œuvre avait rapidement attiré Hollywood. Après l’abandon du projet par Fox 2000 puis Lucasfilm, Paramount a acquis les droits en janvier 2022.
Le studio a notamment accepté que Tomi Adeyemi participe à l’écriture du scénario, une condition que Lucasfilm n’avait pas retenue. Gina Prince-Bythewood a ensuite été choisie pour réaliser le film en décembre 2023.
L’objectif est désormais de transformer le premier roman en porte d’entrée vers une éventuelle franchise. Pour l’instant, aucune adaptation des deux autres tomes n’a toutefois été officiellement programmée.
Paramount a choisi de réunir des acteurs issus de plusieurs régions du monde africain et de sa diaspora.
Viola Davis interprète Mama Agba, tandis que Chiwetel Ejiofor joue le roi Saran. Regina King incarne la reine Nehanda, Idris Elba le personnage de Lekan et Cynthia Erivo l’amirale Kaea.
Les rôles principaux sont confiés à Thuso Mbedu, Damson Idris, Tosin Cole et Amandla Stenberg.
Pour Gina Prince-Bythewood, cette diversité constitue l’une des caractéristiques essentielles du projet. Le casting doit représenter une diaspora africaine étendue, en réunissant des talents venus notamment du Nigeria, d’Afrique du Sud, du Royaume-Uni et des États-Unis.
Le film cherche ainsi à dépasser le cadre d’une production américaine simplement inspirée de l’Afrique. Une partie de son identité repose directement sur les talents africains et afro-descendants mobilisés devant et derrière la caméra.
Le Nigeria au cœur du dispositif
Cette volonté s’est également traduite dans le choix des lieux de tournage.
La production a commencé à Lagos en février 2025, avant de se poursuivre en Afrique du Sud et aux îles Canaries. Le tournage s’est achevé le 2 juin de la même année.
Au Nigeria, un casting ouvert a permis de recruter notamment Pamilerin Ayodeji et Shamz Garuba. Le vétéran de Nollywood Richard Mofe-Damijo rejoint également la distribution, tandis que la chanteuse Ayra Starr fait ses premiers pas au cinéma.
La musique constitue un autre élément central du dispositif. La bande originale est produite par Tems, avec Burna Boy comme consultant musical exécutif. Fireboy DML, BNXN et Ayra Starr figurent également parmi les artistes associés au projet.
À la direction artistique, Paramount a recruté Hannah Beachler, récompensée aux Oscars pour son travail sur « Black Panther ».
L’ensemble traduit une volonté claire : faire de l’Afrique et de sa diaspora non seulement le décor du film, mais une composante majeure de sa fabrication.
Cette ambition est cependant confrontée à une difficulté majeure.
Le 29 juillet, soit seulement 24 heures après la présentation de la bande-annonce, Tomi Adeyemi a publiquement annoncé qu’elle se désolidarisait du film qu’elle avait pourtant contribué à écrire et dont elle était productrice exécutive.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, l’autrice affirme avoir quitté le tournage dans un état de détresse et décrit des problèmes persistants avec la chaîne de décision de la production.
Elle ne désigne publiquement aucune personne comme responsable et ne détaille pas l’incident à l’origine de cette rupture. Aucun élément indépendant n’a, à ce stade, permis d’établir précisément ce qui s’est passé sur le tournage.
La controverse ne semble toutefois pas être née avec la diffusion de la bande-annonce. Dès juillet, Adeyemi expliquait ne plus vouloir voir le film et demandait que son nom soit séparé du projet.
Un échange avec Amandla Stenberg, dont la présence dans le rôle de la princesse Amari avait suscité des débats sur le colorisme, témoigne également de tensions plus anciennes.
La controverse donne une dimension particulière à la sortie de « Children of Blood and Bone ».
Le projet devait en effet constituer une vitrine pour une nouvelle génération d’histoires africaines capables d’accéder aux budgets et aux réseaux de distribution des grands studios hollywoodiens.
La rupture avec l’autrice soulève donc une question sensible : lorsqu’un créateur africain cède les droits de son univers à un grand studio, jusqu’où peut aller son influence sur l’adaptation de son œuvre ?
Le sujet est d’autant plus important que Hollywood a longtemps privilégié des récits africains racontés depuis des perspectives extérieures au continent. « Children of Blood and Bone » devait précisément contribuer à changer cette dynamique.
Paramount n’a pas rendu public le budget du film. Les bases de données financières spécialisées ne fournissent pas non plus de chiffre officiel.
Il est donc impossible d’affirmer que « Children of Blood and Bone » est la fantasy africaine la plus coûteuse jamais produite. Les comparaisons avec « Black Panther », dont le budget était de 200 millions de dollars, doivent par conséquent être prises avec prudence.
La production présente néanmoins plusieurs caractéristiques coûteuses : un casting de premier plan, plusieurs lieux de tournage internationaux, des décors importants et une distribution IMAX.
Le choix du 15 janvier 2027 constitue également un élément à surveiller. Cette période est généralement moins porteuse que les grands créneaux estivaux ou les fêtes de fin d’année pour les blockbusters américains.
L’enjeu dépasse finalement les performances du premier week-end.
Avec « Children of Blood and Bone », Paramount teste la capacité d’une saga de fantasy africaine à devenir une franchise internationale. Si le public répond présent, le studio disposera d’un univers capable de s’étendre sur plusieurs films.
Mais l’absence de programmation officielle des deux suites montre que Paramount attendra probablement de connaître les résultats du premier volet avant de poursuivre.
Le contexte industriel du studio ajoute une autre incertitude. Paramount Skydance a engagé un projet de rachat de Warner Bros. Discovery, une opération d’une ampleur considérable qui pourrait modifier les priorités du groupe au moment où le film arrivera sur les écrans.
Pour les créateurs africains comme pour les studios, « Children of Blood and Bone » sera donc un test à plusieurs niveaux. Commercial d’abord, parce qu’il faudra démontrer qu’un univers de fantasy africain peut attirer un public mondial. Artistique ensuite, parce que son identité devra survivre au passage par la machine hollywoodienne. Et industriel enfin, parce que son éventuel succès pourrait ouvrir la voie à d’autres adaptations issues de la littérature africaine.
La bande-annonce a lancé la campagne marketing. Le véritable verdict interviendra en janvier 2027, lorsque le public décidera si l’univers de Tomi Adeyemi peut devenir le prochain grand monde fantastique du cinéma mondial ou alors, une fois encore, l′Afrique jouera les faire−valoir du cinema mondial comme ce fut le cas avec Tarzan, qui avait été tourné au Cameroun mais, qui n′avait pas été mentionné par la production au moment de la sortie du film.




