En signant le 29 septembre une convention en cinq piliers avec l’Ordre national des médecins du Cameroun, Ecobank Cameroun ouvre la voie à un accompagnement financier pensé pour une profession à part.
Il y a des signatures qui relèvent de la routine bancaire. Celle du 29 septembre, à Douala, appartient à une autre catégorie. En s’engageant aux côtés de l’Ordre National des Médecins du Cameroun (ONMC), Ecobank Cameroun ne se contente pas d’ouvrir des comptes : elle propose un dispositif complet, conçu avec les médecins eux-mêmes, pour accompagner toute leur vie professionnelle, de l’installation du cabinet jusqu’à sa transmission.
L’initiative arrive à un moment où la profession traverse une période difficile. Selon une enquête de l’Ordre, 5 000 médecins camerounais exercent actuellement à l’étranger, contre 4 000 à l’intérieur du pays. Chaque année, le pays forme environ 750 médecins, auxquels s’ajoutent 200 à 250 praticiens revenant de l’étranger.
Dans ce contexte, tout ce qui renforce l’attractivité de l’exercice au Cameroun compte. Le président de l’Ordre, le Dr Rodolphe Fonkoua, l’a résumé par une image frappante : le médecin camerounais est « capable de sauver une vie à 3 heures du matin, mais incapable de sécuriser la sienne ». La convention avec Ecobank vise précisément à combler cet écart.
Un dispositif pensé de bout en bout

L’originalité de l’accord tient à sa cohérence. Les cinq piliers suivent le parcours d’un médecin tout au long de sa carrière.
Au quotidien, la sécurisation des recettes par terminal de paiement électronique et par liaison directe avec Orange Money et MTN MoMo met fin aux risques liés à la manipulation d’espèces. L’opération « zéro cash à domicile » répond à une préoccupation concrète de sécurité pour les praticiens et leurs familles.
Pour l’équipement, le leasing santé apporte une réponse adaptée à une réalité connue : 95 % du matériel médical est importé et son coût dépasse souvent les capacités d’un jeune praticien. Un prêt sur 36 mois, à taux négocié, avec différé de remboursement et sans autre garantie que le matériel lui-même, lève l’un des principaux obstacles à l’installation et à la modernisation des cabinets. À terme, ce sont les patients qui en bénéficieront, avec des structures mieux équipées.
Pour la famille, la prévoyance décès et l’assurance scolaire apportent une sécurité jusque-là absente pour de nombreux praticiens libéraux. Le président de l’Ordre a évoqué, avec émotion, des confrères disparus dont les familles ont basculé dans la précarité. Ce filet de sécurité est sans doute l’avancée la plus humaine de l’accord.
Pour l’avenir enfin, l’accompagnement de la mutuelle de retraite créée par l’Ordre et l’ingénierie de transmission des cliniques proposée par la banque privée d’Ecobank s’attaquent à une question rarement posée : comment faire survivre une clinique à son fondateur, plutôt que de laisser disparaître des années d’investissement et de réputation ?
Une démarche de coconstruction
L’accord se distingue aussi par sa méthode. Selon le président de l’Ordre, la banque et l’institution ordinale ont travaillé ensemble pendant plusieurs mois à cette architecture. La profession n’a pas reçu une offre standard : elle a défini ses besoins et obtenu des réponses sur mesure.
L’Ordre montre ainsi une capacité d’initiative remarquable. Après avoir créé sa propre mutuelle de retraite, il s’appuie désormais sur un partenaire financier pour structurer la protection de ses membres. En retour, il s’engage, selon les mots de son président, à « garantir le sérieux, l’éthique et la formation de ses membres ».
Un partenaire solide
Ecobank Cameroun aborde ce partenariat en position de force. La banque sort d’un exercice historique, avec un résultat de 27 milliards de FCFA, le plus élevé depuis son implantation dans le pays. L’accord s’inscrit dans la célébration de ses 25 ans au Cameroun, une période au cours de laquelle elle a développé plus d’une centaine de produits, services et canaux adaptés aux nouveaux usages.
Cette solidité est une garantie pour les médecins qui confieront à la banque leurs recettes, leurs projets d’équipement ou l’épargne de leur mutuelle.
Un modèle à suivre

Au-delà des médecins, la convention ouvre une piste intéressante pour d’autres professions libérales : pharmaciens, avocats, architectes ou experts-comptables, eux aussi confrontés aux questions de financement, de protection sociale et de transmission. Le partenariat entre une institution ordinale et une banque, fondé sur une analyse fine des besoins d’un métier, pourrait faire école.
Le succès de l’initiative se mesurera à son appropriation par les médecins. La publication prochaine des conditions détaillées des offres permettra à chaque praticien d’en mesurer l’intérêt pour sa propre situation. La convention pose en tout cas un principe que ses signataires ont voulu mettre en avant : quand le médecin est protégé et soutenu, c’est toute la chaîne des soins qui s’en trouve renforcée.
« Si le médecin camerounais va bien, le Cameroun va bien », a lancé le président de l’Ordre en conclusion de son discours. La formule pourrait servir de feuille de route à tous ceux qui, demain, voudront s’engager aux côtés de ceux qui soignent.




