Wednesday, September 30, 2026
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25e Parcours des Mondes 2026 : Les sculpteurs africains sortent enfin de l’anonymat

À Paris, la 25e édition de Parcours des Mondes propose de regarder autrement les arts anciens d’Afrique. À travers « Signatures sculptées » et « Continuum », le rendez-vous international entend déplacer le regard : derrière les masques, statuettes et figures longtemps attribués à des cultures ou à des peuples, il invite à rechercher la main, le style et l’invention de leurs créateurs.

Pendant longtemps, l’histoire de l’art africain ancien a surtout été racontée à travers les peuples, les régions et les traditions. On parlait de sculptures baoulé, de masques dogon ou d’œuvres provenant de telle ou telle aire culturelle. Cette approche a permis de mieux comprendre les fonctions sociales, religieuses et symboliques des objets. Mais elle a aussi laissé dans l’ombre une question essentielle : qui les a réellement sculptés ?

C’est précisément cette interrogation qui se trouve au cœur de l’exposition « Signatures sculptées – Redonner un nom aux mains anonymes », présentée dans le cadre de la 25e édition de Parcours des Mondes. Son commissaire, Bernard de Grunne, propose de déplacer le regard vers l’individu et vers le geste artistique. L’objectif n’est plus seulement d’identifier l’appartenance culturelle d’une œuvre, mais de rechercher les caractéristiques qui permettent de reconnaître la main d’un sculpteur.

Une autre manière de raconter l’art africain

Cette démarche remet en question une lecture longtemps dominante. Dans les études consacrées aux arts africains anciens, les œuvres ont souvent été regroupées selon leur origine géographique, leur appartenance ethnique ou leur fonction rituelle. Ces catégories sont utiles pour comprendre le contexte de création. Elles peuvent cependant donner l’impression que la production artistique relevait uniquement d’un langage collectif, transmis de génération en génération.

L’exposition défend une autre hypothèse : au sein même des traditions, les artistes pouvaient développer des styles personnels, des manières particulières de traiter les volumes, les visages, les proportions ou les détails. Identifier ces différences permettrait de faire émerger des personnalités artistiques là où l’histoire des collections n’a souvent conservé que des catégories culturelles.

De la tradition collective à la main individuelle

Le changement de perspective est important. Attribuer une œuvre à une culture renseigne sur son environnement historique et social. Identifier un style particulier peut, en revanche, permettre de reconstruire une trajectoire artistique. Deux sculptures provenant d’une même région peuvent ainsi présenter des caractéristiques suffisamment distinctes pour suggérer l’intervention de créateurs différents.

L’étude minutieuse des œuvres — proportions, traitement des visages, coiffures, scarifications, volumes, patines ou techniques — devient alors un outil pour repérer ces singularités. La sculpture n’est plus seulement considérée comme le produit d’une tradition. Elle devient également le résultat d’un geste individuel.

Redonner un nom aux « mains anonymes »

C’est l’ambition affichée par « Signatures sculptées ». Le projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’histoire de l’art africain et sur la manière dont les collections occidentales ont longtemps catalogué leurs œuvres. Les artistes africains anciens ont rarement été identifiés individuellement dans les inventaires européens.

L’œuvre pouvait être précisément décrite, datée, localisée et rattachée à une tradition artistique sans que le nom de son créateur soit connu. Cette situation contraste avec les pratiques de l’histoire de l’art occidental, où l’attribution à un artiste, un atelier ou une école constitue depuis longtemps un champ majeur de recherche. L’exposition invite donc à poser la même question pour les productions africaines : peut-on retrouver les artistes derrière les styles ?

Une recherche qui passe par les détails

Cette nouvelle lecture repose sur un travail d’observation particulièrement attentif. La manière dont un sculpteur représente un œil, une bouche, une coiffure ou la musculature d’un personnage peut devenir un indice. La répétition de certains choix formels dans plusieurs œuvres peut également permettre d’identifier une « main » ou un atelier.

Il ne s’agit pas nécessairement de retrouver des noms avec certitude. Dans certains cas, les chercheurs pourront seulement identifier des groupes d’œuvres présentant des caractéristiques communes et parler d’un style ou d’un atelier. Mais cette démarche suffit déjà à modifier la perception des objets.

Deux expositions, deux façons de regarder

Pour sa 25e édition, Parcours des Mondes accompagne cette réflexion avec deux expositions thématiques : « Signatures sculptées » et « Continuum ». La première se concentre sur l’individualité des sculpteurs africains anciens. La seconde établit un dialogue entre les œuvres anciennes et une création contemporaine inspirée notamment par les phénomènes célestes.

Ces deux propositions offrent ainsi deux manières complémentaires de réfléchir à la continuité de la création artistique : d’un côté, retrouver les individualités derrière les œuvres anciennes ; de l’autre, observer la manière dont l’art contemporain peut prolonger, transformer ou réinterpréter certains héritages.

Saint-Germain-des-Prés devient un carrefour des arts anciens

La manifestation se déroule du 8 au 13 septembre 2026 dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à Paris. Pour cette 25e édition, une cinquantaine de galeries françaises et internationales participent au rendez-vous consacré aux arts anciens d’Afrique, d’Océanie, d’Asie, des Amériques ainsi qu’à l’archéologie. Collectionneurs, conservateurs, professionnels du marché de l’art, chercheurs et amateurs y sont réunis autour d’œuvres issues de civilisations et de traditions très diverses.

Parcours des Mondes fonctionne ainsi comme un espace de circulation entre plusieurs histoires de l’art.

Une question qui dépasse le marché de l’art

Derrière l’enjeu esthétique se trouve aussi une question historiographique. Nommer un artiste, lorsque les recherches permettent de l’identifier, revient à reconnaître qu’une œuvre n’est pas uniquement le produit anonyme d’une culture. Elle est aussi le résultat d’une invention, d’une technique et d’un parcours individuel. Cette évolution du regard peut contribuer à enrichir considérablement la compréhension des arts africains anciens.

Elle permet surtout de sortir d’une opposition trop simple entre « tradition » et « création ». Une tradition peut être collective tout en laissant une place importante à l’invention personnelle.

Faire émerger des artistes derrière les catégories

La démarche portée par « Signatures sculptées » ne consiste donc pas à abandonner les classifications historiques par régions ou cultures. Elle cherche plutôt à les compléter. Derrière un masque ou une statuette attribuée à un groupe culturel, il peut exister une histoire plus personnelle : celle d’un sculpteur, d’un atelier, d’une technique transmise puis transformée par une main particulière.

C’est cette histoire que Parcours des Mondes 2026 entend remettre au premier plan. À travers ses œuvres anciennes, l’Afrique ne livre pas seulement la mémoire de communautés et de traditions. Elle révèle aussi des artistes dont les noms se sont souvent perdus, mais dont les gestes peuvent encore être reconnus dans le bois, la pierre ou la terre.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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