Monday, September 14, 2026
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Gouvernance publique : Entreprises publiques et para publiques, de véritables gouffres financiers

La Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun est chargée du contrôle externe et de la vérification de la bonne utilisation des deniers publics par l’État, les collectivités territoriales et les entreprises publiques.

C’est un secret de Polichinelle que les magistrats de la Chambre des comptes aient transformé en une vérité comptable implacable. Dans son dernier rapport, le portefeuille de l’État camerounais est « malade » de sa gestion humaine et financière, devenue une maladie chronique.

 Rendement faible et ponction sur les caisses publiques

Alors que le Trésor public a mobilisé une fortune colossale de 1 926,2 milliards de francs CFA en participation, le retour sur investissement demeure dérisoire. Les dividendes perçus plafonnent à 55,85 milliards de francs CFA, soit un taux de rendement critique inférieur à 3%. Pire encore : loin d’alimenter les caisses de l’État, ces structures agissent comme de véritables aspirateurs de fonds publics, comme le constate très souvent la professeure Viviane Madeleine Ondoua Biwolé, universitaire et entrepreneuse camerounaise, experte des questions de gouvernance publique et de développement, consultante internationale.

 Subventions de fonctionnement et inefficience

D’après le même dernier rapport de la Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun, en l’espace de six ans, 26 entreprises publiques ont englouti 749,3 milliards de francs CFA de subventions de fonctionnement. À titre de comparaison, cette somme astronomique permettrait de bitumer des milliers de kilomètres de routes ou de construire des dizaines d’hôpitaux de référence à travers le pays. Au lieu de cela, l’argent du contribuable sert à maintenir sous perfusion des géants aux pieds d’argile.

 Masse salariale, sureffectifs et dérives de gestion

Pour comprendre où s’évapore l’argent, il faut plonger dans la masse salariale de ces entités. Le rapport met en lumière une culture de recrutement déconnectée des réalités du marché. L’exemple de l’opérateur historique des télécommunications Cameroon Telecommunications (Camtel) est, à ce titre, saisissant lorsqu’on le compare à ses concurrents directs du secteur privé.

À titre d’illustration : Camtel compte près de 4 000 employés pour un chiffre d’affaires de 217 milliards de francs CFA ; Orange Cameroun : 770 employés pour un chiffre d’affaires de 368,6 milliards de francs CFA ; MTN : 526 employés pour un chiffre d’affaires de 366,6 milliards de francs CFA. Le constat est sans appel : pour générer un chiffre d’affaires, pourtant inférieur, la structure publique supporte des charges du personnel jusqu’à huit fois plus lourdes que le privé.

 Une logique d’amortisseur social au détriment de la performance

Là où Orange ou MTN misent sur la numérisation et l’optimisation des compétences, le secteur public camerounais semble utiliser ses entreprises comme des amortisseurs sociaux, créant des usines et des emplois structurellement déficitaires. Les répercussions du sureffectif sont documentées par les magistrats de la Cour des comptes : absence de comptabilité analytique, pilotage financier à vue, matériel vétuste et accumulation des dettes sociales auprès de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS).

 Importance du fact-checking et controverses

Si le diagnostic global de la Chambre des comptes est indiscutable, la restitution de ces données exige toutefois une rigueur de fact-checking. Dès la publication du document, une vive polémique a agité les milieux économiques nationaux concernant les Aéroports du Cameroun (ADC). Plusieurs rapports médiatiques, s’appuyant sur une lecture littérale du document, ont attribué aux ADC un effectif de 11 626 personnels. Une aberration technique pour quiconque connaît la taille du réseau aéroportuaire national.

Dans la réalité, les effectifs réels des ADC tournent autour de 1 750 salariés pour gérer les sept aéroports du pays. Cette entorse apparente dans les chiffres du rapport est probablement liée à une erreur matérielle de transcription ou à une confusion de lignes avec Cameroon Development Corporation (CDC). En bref : si le mal du sureffectif est réel, chaque secteur possède ses propres spécificités.

 Service public : ne pas tout réduire au profit

Il serait toutefois injuste de juger le secteur public à la seule lumière des bénéfices capitalistes. Contrairement à MTN ou Orange dont la boussole unique est le profit, des entités comme la Camwater et la Sodecoton portent une mission de service public. Elles doivent maintenir une présence humaine et des infrastructures dans des zones géographiques totalement non rentables pour le privé. Cependant, l’argument social ne peut plus servir de paravent à la mauvaise gouvernance.

 Une “thérapeutique de choc” : contrats de performance

Face à ce gouffre financier, la Chambre des comptes, appuyée par les conditionnalités du Fonds Monétaire International (FMI), pousse vers une thérapeutique de choc : l’accélération de la mise sous contrat de performance. L’objectif est clair : lier désormais chaque centime de subvention publique à des objectifs de productivité précis et mesurables. Pour les mastodontes du portefeuille public camerounais, l’ère du personnel pléthorique et non productif est plus que jamais sursis.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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