Lors de la rentrée économique du patronat camerounais, Célestin Tawamba, président du GECAM, a formulé, devant la presse nationale et internationale, un plaidoyer en termes de souhait : que l’investissement progresse enfin plus vite que le fonctionnement dans le budget public de 2027.
Face aux représentants des organes de presse nationaux et internationaux réunis le 10 septembre 2026, Célestin Tawamba, président du Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), a dressé le bilan de deux exercices marqués par la chute de l’investissement public, la dégradation des routes et l’aggravation de la crise énergétique. La rencontre s’est tenue au siège même du GECAM, à l’occasion de la rentrée économique 2026-2027 du patronat.
La rentrée économique : Un marqueur de la mandature en cours
D’après Aline Valérie Mbono, directrice exécutive du GECAM en charge de la direction opérationnelle du patronat depuis 2021, « la rentrée économique du patronat est l’un des marqueurs majeurs de la mandature en cours. C’est une rencontre au cours de laquelle le Conseil d’administration du GECAM, guidé par son président, Célestin Tawamba, rencontre la presse pour discuter de la situation économique du pays ».
Cette rentrée économique constitue la deuxième après celle tenue en septembre 2024. Le président du GECAM a précisé : « Nous n’avons pas tenu de rentrée économique en 2025 : l’année était celle de l’échéance présidentielle d’octobre, et c’était le temps de la politique. Le temps de l’économie est aujourd’hui revenu, et c’est donc une trajectoire de deux exercices qu’il nous revient de lire ensemble. »
Problèmes et constats : Une conjoncture sous contrainte dans le cadre de la préparation du budget 2027
S’adressant, à travers la presse, aux pouvoirs publics, aux entreprises et à l’ensemble des concitoyens camerounais, Célestin Tawamba a dressé la liste des difficultés auxquelles fait face le « malade Cameroun ».
À partir d’une lecture de la trajectoire de l’économie, dans le contexte de l’élaboration du budget 2027, il a rappelé la situation conjoncturelle, indiquant que le FMI rattache une part du ralentissement de 2025 aux perturbations postélectorales.
Selon l’Institut national de la statistique, la croissance s’est établie à 3,5 %, soit un niveau proche de celui de 2024 : supérieure à celle de la CEMAC, inférieure à celle de l’Afrique subsaharienne, et très éloignée des ambitions de transformation portées par la SND30.
Le plus préoccupant, selon lui, est la chute des investissements : à fin mars 2026, les dépenses d’investissement de l’État s’établissaient à 45 milliards de FCFA, contre 175,5 milliards de FCFA un an plus tôt. Soit une baisse de 74,4 %, ramenant le taux d’exécution des crédits d’investissement à 2,2 % au terme d’un trimestre entier.
Dans le même temps, l’objectif assigné à l’administration fiscale passerait de 3 200 milliards de FCFA en 2025 à 3 600 milliards en 2026, soit une progression de 12,5 %, demandée à une économie qui croît de 3,5 % : « chose curieuse », a souligné le président du GECAM.
Dette et déséquilibre budgétaire : Un coût élevé pour l’investissement public
La dette demeure, par ailleurs, le principal sujet de vigilance : 15 607 milliards de FCFA d’encours à fin juin 2026, soit 44,2 % du PIB. Le service de la dette absorberait près de 40 % des charges, alors que l’investissement public n’en représenterait que 23 %.
Célestin Tawamba a rappelé qu’en 2016, le fonctionnement de l’État représentait 65,1 % du budget contre 34,9 % pour l’investissement. En 2026, les proportions seraient de 79,2 % pour le fonctionnement et 20,8 % pour l’investissement. Autrement dit, en dix ans, quatorze points auraient basculé du « capital » vers le « train de vie », ce qui serait « extrêmement insoutenable ».
Il a conclu que « les recettes montent plus vite que la richesse, l’investissement recule et le fonctionnement progresse. L’entreprise paie davantage, mais ce qu’elle paie sert de moins en moins à construire ce dont elle a besoin pour produire ».
Électricité : Un déficit qui s’accentue et renchérit le coût de production
Du côté de l’offre d’électricité, au-delà des réformes, le déficit s’accentuerait. Selon les enquêtes Enterprise Surveys de la Banque mondiale, 65 % des entreprises camerounaises recourent à un groupe électrogène pour maintenir leur activité. Or l’autoproduction par groupe électrogène coûterait 200 à 350 FCFA par kilowattheure, quand le tarif industriel se situerait entre 50 et 99 FCFA.
Autrement dit, produire soi-même son électricité coûterait deux à sept fois plus cher que l’énergie fournie par Socadel.
Infrastructures et transport : Routes dégradées, réhabilitations trop lentes
La Loi de Finances 2026 aurait consacré une enveloppe de 660,4 milliards de FCFA à l’achèvement des grands projets de première génération ainsi qu’au lancement de nouveaux chantiers annoncés par le Chef de l’État. Toutefois, sur le terrain, le bilan resterait préoccupant : les grands axes économiques continueraient de se dégrader, tandis que les réhabilitations avanceraient trop lentement, voire seraient absentes.
Cela aurait entraîné une hausse des coûts de transport : 11,5 % en 2023, puis 12,3 % en 2024.
Sur le corridor ferroviaire Douala–Ngaoundéré, les dysfonctionnements du réseau poseraient les mêmes problèmes. « Une route dégradée est un impôt, un impôt que nul n’a voté, que nul ne recouvre, dont personne ne rend compte, mais que l’entreprise acquitte chaque jour ; et elle ne l’acquitte pas seule : elle le répercute quand elle peut », a déclaré Célestin Tawamba.
Par ailleurs, selon lui, le Code général des impôts serait devenu « quasi » un code de procédure pénale. Sur le plan de la transformation numérique, la SFI indique que le taux de pénétration du haut débit stagne autour de 22 % depuis 2016, ce qui serait très insuffisant.
Propositions de solutions :Une exigence – Des politiques qui permettent réellement d’investir
Face à ces difficultés, une série de questions s’impose. Pour le président du GECAM, le patriotisme économique n’est ni la fermeture, ni le rejet de l’investissement étranger : il s’agit plutôt de l’exigence que chaque politique économique réponde à une question simple—permet-elle aux entreprises camerounaises d’investir, d’innover, d’accéder aux marchés, d’exporter et, en un mot, d’accumuler des capacités ?
Célestin Tawamba interroge aussi le sens du « Made in Cameroon » : doit-il demeurer un slogan ? L’import-substitution doit-elle être réduite à une affaire de tarifs douaniers ?
Doctrine industrielle et cohérence avec la sécurité alimentaire
Les propositions des chefs d’entreprises seraient claires : il faut une doctrine industrielle d’État. Car, pendant que le PIISAH vise à réduire la dépendance alimentaire, les importations de riz auraient progressé de 37 702 tonnes et celles de poisson de 60 193 tonnes. Par ailleurs, le Cameroun ne financerait plus que 59 % de ses importations par ses exportations.
Trois décisions pour le budget 2027
Face aux enjeux, Célestin Tawamba formule une seule demande, déclinée en trois décisions :
- Faire bouger les lignes : le coût de l’indécision aurait coûté cher à tous les Camerounais ; il faut donc prendre des décisions et appliquer les politiques publiques déjà adoptées.
- Inverser la tendance dans la Loi de Finances 2027 : pour la première fois depuis dix ans, le budget de fonctionnement doit progresser moins vite que les dépenses d’investissement.
- Réviser le Code général des impôts : instaurer une pause fiscale, car les nouvelles mesures créeraient une incertitude qui freine l’entreprise.
Priorités énergétiques : Raccordement et calendrier de résorption du déficit
Sur le plan énergétique, il est demandé le raccordement effectif des zones industrielles à la capacité déjà installée, ainsi qu’un calendrier public de résorption du déficit du secteur.
Déficit d’orientations ou déficit d’exécution ?
À la question de savoir si le Cameroun souffre d’un déficit d’orientations ou d’un déficit d’exécution, le président du GECAM répond que « nous disposons d’une stratégie nationale de développement, de programmes d’import-substitution, d’incitations fiscales, de dispositifs de soutien aux PME, de projets énergétiques, d’enveloppes budgétaires pour les infrastructures et de cadres de dialogue public-privé. Rien ne manque au catalogue. Mais l’entreprise ne vit pas de l’annonce d’une réforme : elle vit de ses effets ».
Pour lui, dans cet esprit, le secteur privé camerounais renouvelle sa disponibilité à travailler aux côtés des pouvoirs publics—non pour commenter les difficultés, mais pour les régler.




