Confronté à des tarifs électriques élevés et à un secteur sous pression financière, le Ghana veut reprendre le contrôle de sa production d’énergie avec une centrale à gaz publique de 1 200 MW. Au-delà de l’ajout de capacités, le projet vise à réduire la facture énergétique nationale, améliorer la compétitivité des entreprises et réformer un marché électrique fragilisé par des années de déséquilibres.
Le Ghana veut utiliser la production locale d’électricité comme levier de baisse des prix. Le gouvernement prévoit la construction d’une centrale thermique à gaz d’une capacité totale de 1 200 mégawatts (MW) à Kafodzidzi-Abrobeano, sur la côte centrale du pays.
Présenté par le ministre des Finances Cassiel Ato Forson lors de la revue budgétaire de mi-année devant le Parlement, le projet sera entièrement détenu par l’État ghanéen.
Les études de faisabilité ont déjà été achevées et les autorités indiquent que les prochaines étapes concernent notamment les autorisations environnementales, les études d’ingénierie et l’obtention des permis nécessaires.
La première phase, d’une capacité de 600 MW, devrait entrer en service à partir de 2028.
Pour réduire le coût de développement de l’infrastructure, Accra a choisi de négocier directement l’acquisition des turbines à gaz auprès du groupe américain GE Vernova. Le gouvernement estime que cette approche pourrait permettre d’économiser entre 35 % et 45 % du coût habituel d’achat de ces équipements.
Faire baisser les tarifs pour les ménages et les entreprises
L’objectif affiché par les autorités est de réduire le coût de production de l’électricité, un facteur qui pèse depuis plusieurs années sur les consommateurs et sur la compétitivité de l’économie.
Selon Cassiel Ato Forson, la centrale pourrait contribuer à une baisse des tarifs comprise entre 10 % et 20 %.
Le projet devrait également générer des emplois. Le gouvernement prévoit la création de plus de 2 000 emplois directs et indirects lors de la première phase de développement.
Pour Accra, l’enjeu dépasse donc la simple augmentation de l’offre électrique. Il s’agit de réduire la dépendance à des sources d’approvisionnement coûteuses et de renforcer la stabilité d’un secteur essentiel au développement industriel.
Cette nouvelle infrastructure intervient toutefois dans un environnement financier difficile.
Le secteur électrique ghanéen reste marqué par les difficultés de l’Electricity Company of Ghana (ECG), principale société de distribution du pays. En juin, la Banque mondiale a revu à la baisse son appréciation du programme de redressement du secteur, passant d’une évaluation « modérément satisfaisante » à « insatisfaisante ».
L’institution financière a notamment pointé les pertes financières persistantes d’ECG ainsi que celles de la Northern Electricity Distribution Company. Le montant cumulé des pertes aurait atteint environ 1,5 milliard de dollars, dépassant largement les objectifs fixés pour les prochaines années.
Cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de dette accumulée dans le secteur énergétique. Avant les opérations de remboursement engagées par le gouvernement, les engagements financiers du secteur électrique dépassaient plusieurs milliards de dollars.
La nouvelle centrale devra donc répondre à un double défi : produire davantage, mais aussi produire à un coût compatible avec les capacités financières du système électrique national.
La question stratégique de l’approvisionnement en gaz
La réussite du projet dépendra largement de la disponibilité du combustible.
Le Ghana dispose de ressources gazières issues notamment de ses champs offshore Jubilee et TEN. Toutefois, la production disponible reste limitée par rapport aux besoins croissants du pays.
Les autorités n’ont pas encore détaillé le schéma d’approvisionnement prévu pour alimenter durablement la future centrale.
Cette question sera déterminante, car le pays dépense déjà plusieurs dizaines de millions de dollars chaque mois pour approvisionner ses centrales thermiques en gaz et en carburants.
Sans un accès sécurisé à une ressource gazière compétitive, la nouvelle infrastructure pourrait ne pas produire les économies attendues.
La centrale de Kafodzidzi-Abrobeano s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à renforcer l’autonomie énergétique du Ghana.
Le gouvernement travaille également à accroître la production locale de carburants, notamment à travers l’expansion des capacités de raffinage nationales, avec un objectif annoncé de réduire la dépendance aux importations.
Cette orientation répond à une contrainte majeure : l’énergie représente un coût important pour l’économie ghanéenne, alors que le pays cherche à développer son industrie, attirer des investissements et soutenir la croissance.
Le défi sera désormais de transformer cette nouvelle capacité de production en avantage économique réel. La baisse des tarifs dépendra non seulement de la construction de la centrale, mais aussi de la maîtrise des coûts du gaz, de la santé financière des opérateurs électriques et de l’efficacité globale du réseau.




