Considérer les déchets non plus comme une charge, mais comme une ressource, tel est le tournant décisif amorcé par le Cameroun lors des Etats généraux des 6 et 7 mai 2025.
L’ouverture des États Généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains, le 6 mai 2025, a marqué un tournant décisif dans la politique publique camerou- naise. En rompant avec une logique de gestion purement curative des ordures, le gouvernement du Renouveau a affirmé désormais sa volonté de considérer les déchets comme une ressource économique, au cœur d’un nouveau paradigme. « Le Gouvernement a décidé de chan- gerle paradigme pour inscrire notre pays dans une vision des déchets urbains comme ressource, comme opportunité de développement économique et de création d’emplois », a dé- claré la ministre Célestine Ketcha Courtes, représentante personnelle du Premier ministre à ces assises pour le moins importantes.
Cette réorientation stratégique s’inscrit dans la dynamique de l’économie circulaire, soutenue par les Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment les indicateurs 11.6, 12.5 et 14.1. À travers cette approche, il s’agit non seulement de réduire, réutiliser et recycler, mais aussi de stimuler des filières industrielles susceptibles de créer des milliers d’emplois verts, de renforcer l’attractivité des villes et d’améliorer durablement le cadre de vie des populations. En effet, longtemps négligée ou réduite à quelques initiatives locales isolées, la valorisation des déchets apparaît désormais comme un levier de croissance économique, de création d’emplois et de réduction des impacts environnementaux. Cette orientation est portée par la représentante du Premier ministre, Madame Célestine Ketcha Courtès, qui a appelé à « co-construire un nouveau paradigme » pour transformer les déchets en opportunité. En effet, la production annuelle de déchets croît de façon alarmante, surtout dans les grandes métropoles comme Yaoundé. Les chiffres cités par la ministre sont sans équivoque : « Le taux d’urbanisation est passé de 28,5 % en 1976 à 59,4 % en 2022 », entraînant une augmentation quasi-exponentielle de la production des déchets, notamment à Yaoundé où la ville « connaît une augmentation de la production des déchets de l’ordre de 20 000 tonnes par an ». Le plastique, en particulier, est devenu un fléau, obstruant les systèmes de drainage, exacerbant les inondations et menaçant la santé publique. Or, une part significative de ces déchets plastiques, peut être recyclée ou transformée.


Dans ce contexte, la pré-collecte et la valorisation artisanale, déjà pratiquées dans certaines localités, doivent être intégrées dans des circuits structurés, soutenus par des politiques incitatives. La phase consultative tenue du 15 au 30 avril 2025 dans les dix régions a permis de recueillir « de nombreuses propositions, des projets et des bonnes pratiques de la société civile, des acteurs économiques et des populations ». Ces apports doivent désormais nourrir une feuille de route ambitieuse et réaliste. Mais pour qu’un tel virage porte ses fruits, il faudra combler une autre lacune : l’absence de données fiables. « Sans données de base sur la production et la gestion des déchets solides municipaux, les décideurs… sont privés des informations nécessaires à une saine prise de décisions », rappelle la MINHDU. Il en découle une nécessité impérieuse de renforcer les capacités des communes à documenter, planifier et suivre les flux de déchets. L’économie circulaire, en intégrant la récupération, la transformation, et la réutilisation des matières, permettrait non seulement de désengorger les villes, mais aussi d’encourager des chaînes de valeur locales. Mais l’économie circulaire ne peut être une simple déclaration d’intention. Elle exige des investissements, une coordination intersectorielle rigoureuse, des instruments de financement novateurs, et surtout un engagement ferme à traduire les recommandations issues de ces États Généraux en actions concrètes à court, moyen et long terme.




