Friday, January 23, 2026
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Maroc : secteur des médias, une réforme s’impose

Le projet de loi 25-26 sur le Conseil national de la presse (CNP) représente une opportunité sans précédent pour revitaliser un secteur médiatique marocain en crise. Face à une chute alarmante des ventes et à une domination du digital, cette réforme pourrait poser les bases d’une presse indépendante et crédible.

La crise qui touche le secteur médiatique marocain est sans précédent. Lors d’un débat organisé le 18 septembre 2025 à Casablanca par l’Association nationale des médias et des éditeurs (ANME), des chiffres inquiétants ont été présentés. En cinq ans, les ventes de presse écrite ont chuté de 58 %, tandis que 80 % des entreprises médiatiques sont désormais numériques. En 2024, la presse papier n’a capté que 7 % des investissements publicitaires, un chiffre révélateur de la précarité du secteur.

Mohammed Haitami, président-directeur général du groupe Le Matin, a dressé un portrait sans concession de la situation. En 2024, le Maroc comptait 554 entreprises de presse, dont 443 étaient exclusivement numériques. Les ventes quotidiennes de journaux sont passées de 4 399 exemplaires en 2019 à seulement 1 850 en 2024, avec des prévisions encore plus pessimistes pour 2025. De plus, 51 % des entreprises ne disposent pas du minimum de quatre journalistes, soulignant une précarisation généralisée.

Le Projet de Loi 25-26 : une Bouée de sauvetage ?
Face à ce tableau sombre, le projet de loi 25-26 est perçu par l’ANME comme une chance historique de redéfinir le paysage médiatique. Driss Chahtane a affirmé que cette réforme vise à redonner au CNP son autonomie et à protéger la profession. Toutefois, certains experts mettent en doute l’efficacité d’un simple cadre législatif pour résoudre des problèmes économiques et structurels profonds.

Abdelmounaïm Dilami, fondateur de l’ANME, a rappelé l’âge d’or de la presse marocaine dans les années 1990, où un marché publicitaire structuré favorisait une presse indépendante. Cependant, l’irruption du numérique a bouleversé ce modèle économique, détruisant la viabilité des médias traditionnels.

Une refonde stratégique du secteur s’impose
La crise actuelle ne se limite pas à l’économie ; elle touche aussi l’identité même du journalisme. Khalid El Hourri, directeur de publication d’« Assabah », a souligné la nécessité d’une action urgente pour bâtir une presse forte. Les statistiques révèlent une précarisation alarmante : 27,6 % des entreprises n’emploient qu’un seul journaliste, et les retours d’invendus dépassent 90 % pour certaines publications.

L’émergence de l’intelligence artificielle représente à la fois une menace et une opportunité. Les médias doivent se reconnecter aux valeurs fondamentales du journalisme et s’adapter à une consommation d’information de plus en plus visuelle. Ce changement nécessite des investissements et des compétences que beaucoup d’entreprises peinent à acquérir, d’où un appel à la mobilisation collective.

Les participants à la table-ronde ont lancé un appel à tous les acteurs du secteur pour une mobilisation collective. Driss Chahtane a insisté sur la responsabilité partagée des journalistes, chercheurs, éditeurs et organismes pour une refonte stratégique du secteur. Le projet de loi 25-26 est une occasion unique de revitaliser le secteur de la presse au Maroc. Si les acteurs du milieu parviennent à s’unir pour saisir cette opportunité, ils pourraient jeter les bases d’une presse indépendante, éthique et durable. Le temps presse, et la route vers la réforme est semée d’embûches, mais l’issue pourrait être porteuse d’espoir.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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