Friday, January 23, 2026
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Interview de de Mounia Laassiri 

Ces cinq lauréats incarnent une génération qui, par ses travaux, dépasse les frontières et place la science au cœur des réponses aux défis contemporains. Parmi eux, la distinction de Mounia Laassiri retient particulièrement l’attention.

Mounia Laassiri : « Malgré ses lacunes, notre système éducatif nous apprend à être débrouillards et compétitifs »

Le Matin : Que représente pour vous cette prestigieuse distinction attribuée par l’Unesco et la Fondation Al-Fozan ?

Mounia Laassiri : C’est un encouragement à poursuivre et à intensifier mes efforts pour apporter ma contribution, à travers la recherche et l’enseignement, au service des communautés scientifiques. C’est aussi une reconnaissance du soutien constant que j’ai reçu de ma famille, de mes encadrants et de mes collègues.

Vous avez mené l’essentiel de votre parcours académique au Maroc avant de rejoindre des laboratoires de renommée internationale. Qu’est ce qui a motivé votre choix vers cette spécialité de pointe qu’est la physique nucléaire et des particules ?
J’ai fait mes études jusqu’au doctorat au Maroc, avant de poursuivre mes recherches postdoctorales à l’étranger. Je travaille aujourd’hui au Brookhaven National Laboratory de New York dans le domaine de la physique des hautes énergies. Ce qui m’a orientée vers ce champ, c’est le désir de comprendre et d’expliquer les phénomènes naturels grâce aux outils mathématiques et à l’expérimentation. Au Maroc, et plus largement en Afrique, l’enseignement des sciences physiques est resté longtemps très théorique, faute d’équipements, ce qui limite réellement les possibilités d’aller plus loin dans les recherches.

Quels sont les obstacles que vous avez dû surmonter ?
L’absence d’outils expérimentaux durant ma formation a représenté un frein. Face aux étudiants étrangers qui bénéficiaient d’une préparation plus complète, nous avons dû redoubler d’efforts pour combler ce retard. Cela m’a appris la persévérance et la nécessité de travailler sans relâche pour m’imposer à l’international.

Votre parcours est un exemple de courage et de ténacité. Qu’avez-vous envie de dire aux jeunes chercheurs des pays émergents, en particulier les jeunes femmes ?
J’espère que mon cas leur servira de motivation et qu’ils comprennent que la constance et l’effort finissent toujours par payer, en dépit des difficultés. Malgré les lacunes dans nos systèmes éducatifs, notre formation nous apprend à être débrouillards et compétitifs. C’est ce qui nous permet de nous imposer sur la scène internationale, même dans les espaces où on est le moins attendu.

Pouvez-vous nous expliquer l’objet et l’importance de vos recherches ?
Je travaille sur l’amélioration des détecteurs d’ATLAS, l’une des principales expériences du CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire, installée près de Genève), qui étudie les particules produites par les collisions au grand collisionneur de hadrons. Cela permettra d’explorer de nouveaux phénomènes et de détecter de nouvelles particules, afin de mieux comprendre les lois fondamentales de la matière. Ces recherches touchent à des questions majeures comme l’existence de la matière noire ou l’asymétrie entre matière et antimatière. Les innovations technologiques nécessaires pour améliorer ces détecteurs ont aussi des retombées socio-économiques considérables, et forment des étudiants dont les compétences bénéficient à de nombreux autres secteurs, de la finance à la médecine.

Quels sont vos projets actuels et vos perspectives de recherche ?
Je mène également des recherches sur l’enchevêtrement quantique en utilisant le boson de Higgs (particule découverte en 2012 au CERN et considérée comme essentielle pour expliquer l’origine de la masse des particules élémentaires). Je consacre aussi une partie de mon activité à l’éducation scientifique en Afrique : motiver les lycéens à s’intéresser aux filières scientifiques, accompagner les enseignants dans l’amélioration de leurs méthodes et combler les lacunes universitaires. Enfin, je m’efforce de faciliter des collaborations entre équipes de recherche africaines et laboratoires internationaux.

Quels défis voyez-vous pour l’avenir de votre domaine, à l’échelle mondiale comme régionale ?
Les recherches en physique des hautes énergies nécessitent des instruments d’une sophistication extrême comme le grand collisionneur de hadrons du CERN. Ces projets ne sont possibles que grâce à la coopération internationale. Mais la participation des pays africains et arabes reste trop limitée. L’un des défis majeurs est donc d’élargir leur présence et leur visibilité. Un autre défi consiste à mieux faire percevoir au grand public l’importance de la recherche fondamentale et ses retombées socio-économiques, afin de garantir le soutien nécessaire à la poursuite de ces projets.

Quel est votre message aux jeunes chercheurs, et en particulier aux jeunes femmes ?
La physique nucléaire et des particules reste un domaine où les femmes, les Africains et les Arabes sont peu représentés. Cela peut être intimidant. Mais notre formation nous donne les moyens de surmonter ces obstacles. J’encourage les jeunes à persévérer, même lorsqu’ils sont minoritaires, et à rechercher des encadrants attentifs et bienveillants. J’ai moi-même bénéficié de tels soutiens, et je souhaite à mon tour être un modèle pour les générations à venir.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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