Friday, August 14, 2026
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ATIDIꓽ Financement de l′Afrique – Moins de risque, plus d’investissements

L’assureur africain du risque d’investissement prépare un changement d’échelle. ATIDI veut porter son capital à 2 milliards de dollars afin de multiplier ses capacités de garantie et d’attirer davantage de capitaux privés vers les infrastructures et les projets africains. Derrière cette opération se joue un enjeu plus vaste : convaincre les investisseurs que le risque africain peut être mieux mesuré, mieux assuré et donc mieux financé.

L’Afrique manque-t-elle réellement de capitaux ? La question revient régulièrement dans les débats sur le financement du développement. Pourtant, selon les institutions financières africaines, le problème est plus complexe : une partie des capitaux disponibles hésite à se diriger vers le continent en raison du niveau de risque perçu.

C’est précisément sur ce terrain qu’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI) veut changer de dimension. L’assureur panafricain prévoit de doubler son capital pour le porter à 2 milliards de dollars dans les deux prochaines années. L’objectif est ambitieux : cette recapitalisation permettrait à l’institution de multiplier fortement le volume de garanties qu’elle peut offrir aux investisseurs et aux entreprises.

Pour son directeur général Manuel Moses, le principal frein est aujourd’hui clairement identifié : le capital disponible pour soutenir davantage de garanties. Le modèle d’ATIDI repose sur une idée simple mais stratégique. Lorsqu’un investisseur envisage un projet dans un environnement qu’il considère comme risqué, il ne regarde pas seulement la rentabilité potentielle. Il évalue aussi le risque politique, le risque de non-paiement, les changements réglementaires ou encore la capacité d’un État ou d’une entreprise à respecter ses engagements. ATIDI intervient précisément à ce niveau.

L’institution assure certains risques afin de rendre des projets africains plus acceptables pour les banques, les investisseurs institutionnels et les entreprises internationales. Autrement dit, elle ne finance pas nécessairement le projet elle-même : elle contribue à rendre son financement possible. C’est ce mécanisme que la recapitalisation doit amplifier.

Avec 2 milliards de dollars de capital, ATIDI estime pouvoir porter son volume annuel de garanties à environ 20 milliards de dollars, contre une moyenne d’environ 3 milliards ces dernières années. Le changement d’échelle serait considérable.

La bataille pour de nouveaux actionnaires est lancée

Pour atteindre cet objectif, ATIDI cherche de nouveaux investisseurs institutionnels et de nouveaux États membres. Des discussions sont engagées avec la France, d’autres pays du G7 et une trentaine de pays africains qui ne sont pas encore membres de l’institution. L’enjeu est donc autant politique que financier. Plus ATIDI rassemble d’actionnaires solides, plus elle peut renforcer ses fonds propres, améliorer sa capacité de garantie et rassurer les investisseurs susceptibles d’utiliser ses mécanismes de couverture. La France a déjà annoncé son intention d’entrer au capital.

Paris a également indiqué son soutien à la création d’une garantie continentale dite de « première perte ». Ce mécanisme consiste à absorber les premières pertes éventuelles d’un portefeuille afin de réduire le risque supporté par les investisseurs privés. L’Allemagne a, pour sa part, déjà souscrit 32 millions de dollars, représentant 3,5 % du capital. Le changement de dimension d’ATIDI intervient alors que la Banque africaine de développement renforce considérablement son implication. La BAD a porté cette année sa participation de 3 % à 14 %, grâce à une injection de 125 millions de dollars. Cette opération s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large visant à développer les mécanismes de garantie en Afrique.

La banque ambitionne notamment de contribuer à porter la capacité de garantie d’ATIDI à 10 milliards de dollars par an. Pour les institutions financières africaines, l’enjeu est majeur : les garanties peuvent permettre de mobiliser plusieurs dollars d’investissement pour chaque dollar de capital engagé. Le capital devient ainsi un levier plutôt qu’une simple réserve financière.

Le vrai problème : le prix du risque africain

Le débat dépasse donc largement la situation d’ATIDI. Les institutions financières africaines considèrent de plus en plus que le continent souffre d’un problème de tarification du risque. Deux projets présentant des caractéristiques économiques similaires peuvent être financés à des conditions très différentes selon le pays où ils sont implantés. Cette perception du risque influence directement le coût des emprunts, les exigences de rendement des investisseurs et la capacité des entreprises à lever des capitaux.

La Banque africaine de développement estime ainsi que le principal problème n’est pas nécessairement l’absence de capitaux, mais la manière dont le risque africain est évalué et facturé. Si cette perception peut être réduite grâce aux garanties, alors davantage de capitaux privés peuvent être mobilisés.

C’est là que se trouve l’effet de levier recherché par ATIDI. ATIDI ne part pas de zéro. Créée en 2001 et basée à Nairobi, l’institution compte aujourd’hui 24 États africains et 13 actionnaires institutionnels. Elle couvre notamment les risques politiques et les risques de crédit. Son portefeuille comprend des projets importants, comme le chemin de fer moderne en Tanzanie ou l’expansion de Safaricom en Éthiopie. L’institution participe également à des opérations de restructuration de dette et à des mécanismes de financement liés à des objectifs de durabilité. Ses performances financières constituent un autre argument en faveur de son expansion.

En 2025, ATIDI a enregistré un bénéfice de 71,4 millions de dollars, en hausse de 20 % sur un an. L’institution affichait alors 1,06 milliard de dollars d’actifs et 883 millions de dollars de fonds propres, tandis que son exposition totale atteignait 9,2 milliards de dollars. Sa solidité financière est également reconnue par les agences de notation, qui lui attribuent une note A chez Standard & Poor’s et A2 chez Moody’s.

La stratégie de garantie ne répond toutefois qu’à une partie du problème. L’un des objectifs de la nouvelle architecture financière africaine est également de mobiliser davantage l’épargne générée à l’intérieur du continent. La Banque africaine de développement estime que l’Afrique dispose d’une importante épargne institutionnelle susceptible d’être orientée vers le financement du développement. La Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD) vise ainsi à mobiliser quelque 4 000 milliards de dollars d’épargne institutionnelle africaine, alors que les besoins de financement du continent sont estimés à environ 400 milliards de dollars par an. Le raisonnement est simple : plutôt que de dépendre principalement de capitaux venus de l’extérieur, l’Afrique doit aussi apprendre à transformer son épargne domestique en investissements productifs.

Cette ambition se heurte cependant à une faiblesse structurelle. Selon la Banque mondiale, le taux d’épargne de l’Afrique subsaharienne tourne autour de 18 %, soit moins de la moitié de la moyenne mondiale. Il ne suffit donc pas de créer des mécanismes sophistiqués de garantie. Il faut également développer les marchés financiers locaux, renforcer les fonds de pension, améliorer l’accès aux produits d’investissement et créer des instruments permettant aux épargnants africains d’investir dans les infrastructures et les entreprises du continent.

Créer l’épargne nécessaire

ATIDI peut réduire le risque. Mais elle ne peut pas, à elle seule, créer l’épargne nécessire au financement de tous les projets. Le directeur général d’ATIDI reconnaît lui-même un autre obstacle : les délais institutionnels. Pour que l’organisation atteigne rapidement son nouvel objectif de capitalisation, elle devra convaincre les États et partenaires potentiels d’accélérer leurs procédures d’adhésion et de souscription. Or, les besoins d’investissement du continent sont immédiats. Infrastructures de transport, énergie, numérique, industrie, agriculture ou logement nécessitent des financements considérables.

Chaque année supplémentaire de procédure représente donc potentiellement des projets retardés. Le projet de porter le capital d’ATIDI à 2 milliards de dollars doit finalement être lu comme une pièce d’une transformation plus vaste du système financier africain. L’objectif n’est pas seulement de disposer d’un assureur plus puissant. Il s’agit de construire un environnement dans lequel un investisseur accepte plus facilement de prendre un risque en Afrique parce que ce risque peut être mesuré, garanti et partagé.

Si ATIDI réussit son augmentation de capital, son rôle pourrait changer d’échelle : d’un assureur spécialisé, l’institution pourrait devenir l’un des principaux intermédiaires entre les projets africains et les grands pools de capitaux mondiaux. La réussite dépendra toutefois de plusieurs conditions : attirer de nouveaux actionnaires, accélérer les décisions, renforcer les marchés financiers locaux et surtout démontrer que chaque dollar supplémentaire de capital peut effectivement mobiliser plusieurs dollars d’investissement.

La bataille n’est donc pas seulement de trouver 2 milliards de dollars. Elle consiste à faire en sorte que ces 2 milliards puissent contribuer à débloquer des dizaines de milliards supplémentaires pour transformer les économies africaines.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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