Saturday, August 29, 2026
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Ghana : protection des terres de cacao -Les droits des agriculteurs en débat 

En voulant préserver son potentiel cacaoyer face à l’exploitation minière et à la conversion des plantations, le Ghana s’apprête à renforcer les pouvoirs de son régulateur. Mais les producteurs craignent qu’une protection trop stricte ne les prive de la possibilité d’adapter leurs exploitations lorsque le cacao ne permet plus de vivre de leur terre.

Au Ghana, la bataille autour du cacao ne porte plus seulement sur les volumes produits. Elle s’étend désormais à la manière dont les agriculteurs pourront utiliser leurs propres parcelles. Adopté fin juillet par le Parlement, le Ghana Cocoa Board Bill entend placer les plantations de cacao sous un régime de protection renforcé. Toute conversion d’une cacaoyère vers une autre activité nécessiterait l’autorisation du Ghana Cocoa Board (COCOBOD), l’organisme public chargé de superviser la filière.

L’objectif est de freiner la disparition progressive des terres consacrées au cacao, notamment sous la pression de l’exploitation aurifère et du développement d’autres cultures comme le caoutchouc. Mais cette volonté de préserver une filière stratégique provoque une réaction des producteurs. Plusieurs organisations demandent au président John Dramani Mahama de ne pas promulguer le texte dans sa forme actuelle et souhaitent la poursuite des discussions.

Entre protection et contrainte

Pour les autorités, l’enjeu est de préserver les terres nécessaires à une production nationale déjà fragilisée par les changements d’usage des sols. Le projet de loi prévoit donc un contrôle accru de COCOBOD. Une plantation ne pourrait être convertie sans l’accord du régulateur, à l’exception de certaines opérations de réhabilitation approuvées par celui-ci.

Les sanctions prévues sont particulièrement sévères. Elles peuvent aller jusqu’à des peines d’emprisonnement de 10 à 20 ans dans les cas liés à l’exploitation illégale de l’or, auxquelles s’ajoutent des amendes calculées notamment en fonction du nombre de cacaoyers concernés. C’est précisément cette logique qui inquiète les producteurs. Leur principale question est simple : que se passe-t-il lorsqu’une plantation n’est plus économiquement viable ?

Une exploitation vieillissante, touchée par des maladies ou devenue insuffisamment productive peut nécessiter une transformation profonde. Dans certains cas, l’agriculteur peut estimer préférable de remplacer le cacao par une autre culture.

La Ghana Coopérative Cocoa Farmers and Marketing Association Limited (GCCFA) ne remet pas en cause le principe de protection des terres cacaoyères. Elle demande toutefois que la loi établisse une distinction claire entre la destruction d’une plantation pour des activités telles que l’orpaillage et la décision d’un producteur cherchant à maintenir son exploitation à flot.

L′impérative protection contre la rentabilité

Derrière la contestation juridique se cache une question économique. Produire du cacao nécessite des investissements importants. Les agriculteurs doivent notamment supporter les coûts liés à la préparation des terres, à la plantation et à l’entretien des exploitations avant de pouvoir obtenir des revenus significatifs. Pour Moses Djan Asiedu, administrateur de la GCCFA, il serait difficile de demander aux producteurs de préserver indéfiniment une plantation qui ne leur assure plus un revenu suffisant, tout en les exposant à des sanctions s’ils cherchent ensuite une autre utilisation de leur parcelle.

Le débat renvoie ainsi à une équation plus large : la préservation du patrimoine cacaoyer du Ghana peut-elle être durable si les exploitations ne restent pas suffisamment rentables pour ceux qui les travaillent ? Les producteurs estiment notamment que si les plantations sont considérées comme un actif stratégique pour le pays, l’État devrait aussi davantage participer aux coûts nécessaires à leur maintien et à leur renouvellement.

Des prix régulièrement fluctuants

La question de la rentabilité est d’autant plus sensible que le cacao reste soumis à d’importantes fluctuations des cours mondiaux. Le mécanisme ghanéen de commercialisation permet aux producteurs de bénéficier d’un prix fixé par les autorités au début de chaque campagne, ce qui réduit leur exposition immédiate aux variations internationales. Mais cette protection ne supprime pas les effets des cycles mondiaux sur l’économie de la filière.

Les cours à terme avaient franchi la barre des 12 000 dollars la tonne en 2024, avant de revenir autour de 4 000 dollars lorsque l’offre a dépassé la demande.

Pour un agriculteur, ces variations rappellent que la décision de conserver une plantation ne dépend pas uniquement de son importance pour l’économie nationale. Elle dépend également de sa capacité à générer des revenus suffisants face aux coûts d’entretien, aux maladies et au vieillissement des arbres.

L′arbitrage attendu du Chef de l′Etat

Le texte adopté par le Parlement n’est pas encore entré en vigueur. Le président John Dramani Mahama doit encore décider de sa promulgation, alors qu’aucune date précise n’a été annoncée.

Cette période pourrait ouvrir un espace de négociation entre le gouvernement, COCOBOD et les organisations de producteurs.

Le régulateur défend déjà la réforme. Son responsable des relations publiques, Jerome Sam, rejette les critiques et considère que les oppositions au texte relèvent notamment de considérations politiques. Pour COCOBOD, le renforcement de la protection doit avant tout permettre de défendre les intérêts des producteurs et l’avenir de la filière.

Le gouvernement doit désormais trouver un équilibre entre deux impératifs qui peuvent sembler contradictoires : empêcher que les terres cacaoyères disparaissent au profit de l’exploitation minière ou d’autres activités, tout en laissant aux agriculteurs une marge de décision suffisante lorsque leurs plantations ne sont plus viables.

Un enjeu stratégique

Le cacao représente près de 15 % des recettes d’exportation du Ghana, ce qui donne à la protection des terres agricoles une dimension stratégique.

Mais la pérennité de cette ressource dépend aussi de ceux qui la produisent. Une réglementation capable de préserver les plantations contre les conversions incontrôlées pourrait renforcer la filière. À l’inverse, si elle empêche les exploitants de renouveler ou de réorienter les parcelles devenues improductives, elle risque d’alimenter de nouvelles frustrations.

Le débat autour du Ghana Cocoa Board Bill pose donc une question centrale : comment protéger une ressource nationale sans transformer les agriculteurs en simples gardiens de terres dont ils ne peuvent plus librement décider de l’avenir ?

La réponse du Président Mahama et les éventuelles modifications du texte pourraient déterminer l’équilibre entre protection du patrimoine cacaoyer et liberté de gestion des exploitations. En attendant, les agriculteurs sont dans l′incertitude.

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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