Friday, August 14, 2026
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Soudan : Reprendre le contrôle des dépenses publiques par le numérique

Alors que la guerre a profondément fragilisé les finances et les institutions soudanaises, Khartoum cherche à reconstruire ses capacités administratives. Le lancement de Nazaha, une plateforme numérique dédiée aux marchés publics, marque une nouvelle étape dans cette volonté de rendre les dépenses de l’État plus transparentes et mieux contrôlées.

Au Soudan, la modernisation de l’administration avance malgré un contexte économique et sécuritaire extrêmement difficile. Le gouvernement vient de lancer un nouvel outil numérique destiné à encadrer l’un des domaines les plus sensibles de la gestion publique : l’attribution des contrats de l’État.

Baptisé Nazaha, le Système national de marchés publics et de passation de contrats numériques a été présenté le 8 août par Mohamed Nour Abdeldaim, ministre d’État aux Finances. La plateforme doit permettre de dématérialiser les procédures de marchés publics et de renforcer la transparence dans l’utilisation des ressources publiques.

L’objectif affiché est également de garantir une concurrence plus équitable entre les entreprises souhaitant accéder aux contrats de l’État.

Le lancement de Nazaha intervient dans un contexte particulièrement contraint. Depuis le début du conflit armé en avril 2023, l’économie soudanaise a subi un choc majeur, tandis que les institutions publiques ont vu leurs capacités financières et opérationnelles fortement réduites.

Selon la Banque mondiale, le PIB réel s’est contracté de 29,4 % en 2023, avant de reculer encore d’environ 14 % en 2024.

Dans le même temps, les recettes publiques se sont fortement dégradées. Elles représentaient environ 10 % du PIB en 2022, mais sont tombées sous la barre des 5 % en 2024-2025.

Dans ces conditions, améliorer le contrôle des dépenses devient une nécessité autant qu’un objectif de gouvernance.

Nazaha n’est qu’un volet d’une réforme plus large

La plateforme Nazaha doit précisément intervenir sur ce terrain.

En numérisant les différentes étapes de la passation des marchés, les autorités veulent limiter les procédures manuelles, améliorer la traçabilité des contrats et renforcer la visibilité sur les dépenses publiques.

Pour le gouvernement, la technologie doit ainsi servir à réduire les zones d’opacité dans lesquelles peuvent apparaître des pratiques irrégulières ou des conflits d’intérêts.

Le ministre des Finances présente cette réforme comme une évolution majeure de la gestion des dépenses publiques, inspirée des pratiques internationales en matière de gouvernance et de gestion financière.

L’enjeu est aussi économique : une procédure plus transparente pourrait permettre à davantage d’entreprises de participer aux appels d’offres et améliorer les conditions de concurrence pour les marchés financés par l’État.

La digitalisation des marchés publics s’inscrit dans un programme plus vaste de modernisation de la gestion des finances publiques.

Les autorités travaillent également sur la réforme budgétaire, la mise en place d’un Compte unique du Trésor et la numérisation des processus de gestion financière.

L’ambition est de construire progressivement une administration capable de mieux suivre les ressources disponibles, les dépenses engagées et les flux financiers de l’État.

Cette transformation est particulièrement importante dans un pays où la guerre a fragmenté les capacités institutionnelles et réduit considérablement les ressources publiques.

Le numérique apparaît ainsi comme un moyen de reconstruire certaines fonctions administratives, même lorsque les capacités financières restent limitées.

Le lancement de Nazaha ne signifie toutefois pas que le Soudan est sorti de sa crise économique.

Après deux années de contraction extrêmement forte, une légère reprise a été enregistrée en 2025. Les estimations divergent néanmoins : la Banque africaine de développement évaluait la croissance à 1,2 %, tandis que la Banque mondiale avançait une progression de 3,1 %.

Le pays reste par ailleurs confronté à d’immenses besoins humanitaires. En février 2026, les Nations unies ont lancé un plan de réponse humanitaire de 2,87 milliards de dollars destiné à répondre aux besoins de la population.

La faiblesse des recettes publiques limite donc fortement la marge de manœuvre du gouvernement, alors même que les besoins en infrastructures, en services publics et en reconstruction sont considérables.

Dans ce contexte, la portée de Nazaha dépasse la simple informatisation d’une procédure administrative.

Pour les autorités soudanaises, l’enjeu consiste à rétablir progressivement des mécanismes de contrôle et de transparence susceptibles de renforcer la confiance dans la gestion des ressources publiques.

Le succès de la plateforme dépendra cependant de sa mise en œuvre concrète : accès des entreprises au système, fiabilité des données, contrôle des procédures, capacité des administrations à utiliser l’outil et maintien de mécanismes de supervision indépendants.

Si ces conditions sont réunies, la transformation numérique pourrait devenir l’un des instruments de la reconstruction institutionnelle du Soudan.

Dans un pays où la guerre a profondément bouleversé l’économie et l’appareil d’État, la réforme des marchés publics apparaît ainsi comme une première brique d’un chantier beaucoup plus vaste : reconstruire une administration capable de gérer des ressources rares avec davantage de transparence, de contrôle et d’efficacité. Cependant, tous ces efforts permettront−ils au Soudan de se refaire une économie digne de ce nom ?

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Couverture du magazine Ça Presse N011, Août 2025

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